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Le Gwenn ha Du, cousin breton du Stars and Stripes

Lors de la parade de la Saint-Patrick, qui remonte chaque 17 mars la Cinquième Avenue de Manhattan, il n’est pas rare que les Bretons sortent leur drapeau noir et blanc. Une bannière inspirée de celle des Etats-Unis.

Les drapeaux français et américains partagent les mêmes couleurs mais c’est avec l’étendard d’une région, la Bretagne, que le Stars and Stripes est le plus intimement lié. Adoptée en 1777, la bannière américaine est née lors de la guerre pour l’indépendance des treize colonies britanniques, dont l’union est représentée par les treize bandes horizontales, cousues les unes aux autres. Le nombre d’étoiles a évolué avec le temps. Depuis le 4 juillet 1960, il comporte 50 étoiles correspondant aux 50 Etats fédérés.

Ce symbole de liberté a inspiré au début des années 1920 le militant français Morvan Marchal, qui dessina le premier Gwenn ha Du breton (« Blanc et Noir », en français). « Ces deux drapeaux incarnent la révolte et la souveraineté », explique l’historien Joël Cornette, auteur d’Histoire de la Bretagne et des Bretons. « Les peuples les érigeaient en pavillon de reconnaissance. »

Les bandes du drapeau breton évoquent les neuf évêchés disparus lors de la Révolution française : cinq rayures noires pour les provinces de Haute-Bretagne et quatre rayures blanches pour celles de Basse-Bretagne. Quant aux hermines, elles sont noires comme la queue de l’animal. Il s’agit de l’emblème des ducs de Bretagne, affirmé en rejet de la fleur de lys des rois de France. Le drapeau à onze hermines est l’un des plus répandus, bien que le nombre ne soit pas fixé.

Un drapeau américain en Bretagne

Le drapeau breton est désormais visible dans les concerts, festivals et manifestations du monde entier — le site Breizh Flag Trip Tour répertorie même les 168 pays dans lesquels il a flotté. De leur côté, 58% des Américains affirment exhiber régulièrement le Stars and Stripes. Les deux étendards se voient de loin et sont régulièrement déclinés en objets de marketing : T-shirts, posters ou couvre-lits. Mais l’histoire d’amour entre le drapeau américain et la Bretagne est pourtant plus ancienne que le Gwenn ha Du lui-même.

Edouard Moran, Première reconnaissance officielle du pavillon par un étranger, 1898. © U.S. Naval Academy Museum/National Archives

C’est dans la baie de Quiberon, dans le Morbihan, que le Stars and Stripes a été officiellement reconnu pour la première fois. Ce « baptême breton » eut lieu en février 1778. Le premier lieutenant John Paul Jones, figure de l’U.S. Navy, partait de Nantes à l’annonce de la signature d’un traité d’alliance entre les Etats-Unis et la France. Il devait récupérer en chemin des bateaux français à Quiberon.

Arrivant en vue des navires du comte de la Motte-Picquet, qui mouillaient dans la baie, il tire treize coups de canon en hommage à la flotte royale française. Les marins au pavillon tricolore répondent par une salve d’honneur de neuf coups réglementaires pour saluer une république indépendante. C’est la première fois que le drapeau américain est reconnu par une autre puissance, quelques 150 ans avant l’invention de son « négatif » breton qui, de son côté, n’a jamais obtenu de statut officiel.


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notre article sur l’histoire commune des drapeaux français et américains et découvrez pourquoi les deux emblèmes partagent les mêmes couleurs.

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