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Objet culte : la malle Louis Vuitton

Quel est le point commun entre le trophée en or 18 carats de la Coupe du Monde de football et le tableau La laitière de Johannes Vermeer ? Les deux œuvres ont voyagé dans un écrin spécialement conçu par la maison française Louis Vuitton. Redécouvrez l’histoire de la malle de voyage imaginée au XIXe siècle. En bois de peuplier, avec sa toile monogrammée aux initiales de son inventeur, elle a érigé le voyage en art de vivre.

L’histoire de cet objet mythique débute en 1835, à 400 kilomètres de Paris, dans un village du Jura où vit le père fondateur de la marque, Louis Vuitton. A 14 ans, ce fils de meunier décide de monter à la capitale… à pied. Pendant ce parcours initiatique de deux ans, il apprend à travailler le bois et devient apprenti chez un layetier [métier consistant à emballer à domicile les vêtements] et emballeur parisien, qui conçoit des coffres destinés aux effets personnels des voyageurs

En 1854, il s’installe à son compte à Paris : c’est la naissance de la maison Louis Vuitton Malletier. Très vite, le spécialiste perfectionne ses créations, les habillant de toile enduite, puis lançant un modèle en peuplier segmenté en casiers, plus facile à transporter, pourvu de coins de protection et de poignées en métal. La malle Vuitton voit ainsi le jour.

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Une malle ayant appartenu au photographe Nadar. © Louis Vuitton Malletier

Les transports — locomotive, bateau à vapeur, automobile, avion — sont alors en plein essor. Cette innovation va permettre à la maison d’accompagner l’avènement du voyage moderne. Pour éviter d’être copiés, Louis, puis son fils Georges, complexifient l’imprimé recouvrant ces grandes valises et y inscrivent les initiales LV.

Louis Vuitton en Amérique

Georges Vuitton part pour l’Amérique en 1893, pour participer à l’Exposition universelle de Chicago. Ce voyage renforce ses espoirs commerciaux : seul exposant français d’articles de voyages, il écoule tous les modèles exposés sur son stand malgré leur prix deux fois supérieurs à la concurrence en raison des droits de douane.

Sur place, il approche John Wanamaker, le propriétaire de l’un des premiers grands magasins. Cinq ans plus tard, les malles Louis Vuitton sont en vente à New York et à Philadelphie, bientôt suivis par Washington, Boston, Buffalo et San Francisco.

La famille du banquier J.P. Morgan est l’une des premières à acquérir un ensemble de bagages personnalisés, dont une partie fut léguée à la Morgan Library de New York. Les stars d’Hollywood ne sont pas en reste. L’actrice Mary Pickford, surnommée « America’s Sweetheart », ne se déplaçait jamais sans ses malles Vuitton. Lauren Bacall fit commande d’une collection de valises monogrammées et Greta Garbo fit fabriquer sur mesure une malle cabine, conçue spécialement pour pouvoir accueillir ses paires de Ferragamo. Du fait de cet attrait des célébrités américaines pour cet objet, on estime qu’il se trouve aux Etats-Unis plus de malles Vuitton que nulle part ailleurs.

L’invitation au voyage

Cent soixante ans après sa création, les ateliers Louis Vuitton, à Asnières, dans les Hauts-de-Seine, abritent toujours une manufacture qui réalise en moyenne 350 malles par an. Sur ce site historique, qui fait partie de la douzaine de manufactures que Louis Vuitton compte en France, les menuisiers utilisent encore du bois de peuplier, à la fois léger et résistant. Mais aussi de l’okoumé du Gabon, une essence qui supporte très bien les changements de température et l’humidité. Sans oublier des renforts en hêtre sur les malles plus volumineuses.

Elaboration d’une structure sur mesure en bois, encollage, entoilage, lozinage, pose des coins et des vis en métal, travail de découpe et d’assemblage des pièces en cuir et peaux : rien n’est laissé au hasard. De la malle-lit de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza (1868) à la malle-service à thé façonnée pour le bon plaisir du maharaja de Baroda, en passant par un modèle contemporain pour accueillir un iPad, les artisans de Louis Vuitton ont toujours exaucé les moindres désirs de leurs clients.

Le premier « porte-habits avion » fabriqué par Vuitton dès 1914 n’était fait que pour transporter « trois flacons, une boîte à savon, une boîte à poudre, un tube à brosses, une brosse à tête, une brosse à habits, une brosse à chapeaux, une glace, deux ciseaux, une lime, une pince à épiler et un peigne ». On en offrit une à Lindbergh pour son voyage de retour aux Etats- Unis après sa traversée de l’Atlantique en 1927.

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La malle-bibliothèque d’Ernest Hemingway. © Louis Vuitton Malletier

Aujourd’hui, les déclinaisons sont innombrables : malle à fleurs, malle-armoire, malle tea-case, malle à cigares, malle à caviar. Après la Deuxième Guerre mondiale, Vuitton s’internationalise et fusionne en 1987 avec Moët Hennessy pour former le groupe LVMH, leader français mondial du luxe. Ce n’est qu’en 1998, sous l’égide de l’Américain Marc Jacobs, que le maroquinier s’invitera dans le secteur de la mode. Mais la malle reste d’actualité. Une variante de la taille d’un sac à main, La Petite Malle, revisite ce classique.

Si Hemingway fit fabriquer une malle bibliothèque fonctionnelle pour sa machine à écrire Underwood, certaines commandes dépassent l’entendement. Comme cette mini malle commandée dans les années 1990 par un milliardaire écossais pour transporter… son canard de bain en plastique.

  • Tout à fait étonnant que le Jura ait fourni à un an d’intervalle deux grands personnages qui ont laissé leur marque dans le monde entier : Louis Vuitton en 1821 et Louis Pasteur en 1822 !

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