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Isabelle Adjani à la recherche de l’Amérique

Après plusieurs rôles plus que moyens à Hollywood dans les années 1980 et 1990, Isabelle Adjani est de retour aux Etats-Unis. Elle triomphe dans la pièce Opening Night, adaptée du film de John Cassavetes et donnée à Paris en mai, au FIAF de New York du 12 au 14 septembre.

Toute la vie d’Isabelle Adjani est contenue dans le rôle d’Agnès qu’elle interprète à 17 ans à la Comédie Française. « Le petit chat est mort » : l’archétype de la naïveté. Puis vient l’éveil du sentiment amoureux: « là-dedans remue, certain je ne sais quoi dont je suis toute émue ». En perdant cette innocence, l’héroïne de L’Ecole des femmes acquiert le pouvoir de faire souffrir les hommes. Cette femme sortie de la tempête, tantôt innocente et victime, tantôt impétueuse et maladroite, rarement manipulatrice et le plus souvent malheureuse, c’est aussi l’Ondine de Jean Giraudoux que mademoiselle Adjani incarnera l’année de ses 18 ans sur les planches du Français.

Elle était née pour jouer les classiques, pour s’illustrer dans le théâtre et le cinéma bourgeois. Et ce n’est pas La Gifle qu’elle recevra de Lino Ventura, qui interprétait son père dans le film qui la révéla au cinéma en 1974, qui l’a détournée de la consécration. Camille Claudel, La Reine Margot, L’Eté meurtrier firent d’Isabelle Adjani l’actrice la plus brillante, la plus demandée et la plus désirée des années 1980 et 1990. Mais voilà, cette jeune femme si française née à Paris voulut tenter une carrière américaine. Elle en rêva : ce fut son cauchemar. C’est là que commencèrent ses ennuis. Diabolique, avec Sharon Stone, Ishtar avec Warren Beatty et Dustin Hoffman, sont des films à oublier. Définitivement !

Sharon-Stone-Isabelle-Adjani-diabolique

Isabelle Adjani et Sharon Stone sur le tournage du film Diabolique en avril 1996.
© Gamma-Rapho

Après les déboires cinématographiques vinrent les embarras du cœur. Une brève liaison avec Beatty et une passion orageuse de six ans avec Daniel Day-Lewis. Un tumulte dont naîtra un fils, mais aussi du ressentiment, des cris, des pleurs et des grincements de dents. Vingt ans après leur séparation, Isabelle Adjani lâchera à propos du comédien anglo-irlandais cette conclusion tranchante : « Tout est pacifié, mais je suis convaincue que les grandes passions ne se transforment jamais en grandes amitiés ». Son errance amoureuse se poursuivra avec le musicien Jean-Michel Jarre, qui s’est fait un nom aux Etats-Unis, puis avec un neuro-chirurgien très people.

En dépit de ses médiocres rôles successifs, le feu américain ne s’est pas étouffé. En 2014, Isabelle Adjani monte sur les planches du théâtre de Paris avec l’adaptation de Kinship, une pièce de Carey Perloff, alors directrice artistique de l’American Conservatory Theatre de San Francisco. Rien ne fonctionnera comme prévu. Carmen Maura qui devait lui donner la réplique claque la porte pendant les répétitions. Mal dimensionné, le flamboyant décor n’a jamais été utilisé. Isabelle Adjani avait imposé son coach du moment comme metteur en scène : il fut débarqué avant la première qui dut être retardée de quinze jours. La costumière est virée ; l’attachée de presse est congédiée avant d’être rétablie dans ses droits par les producteurs. Les critiques furent désastreuses.

« Elle a tout de même été digne », se souvient l’un de ses partenaires. « Il n’y avait pas grand monde dans la salle, elle aurait pu tout arrêter, mais elle est allée jusqu’au bout. » La fille de Mohammed Chérif Adjani, Français d’origine algérienne engagé dès l’âge de 16 ans dans l’armée pendant la Deuxième Guerre mondiale, ne renonce pas sous la mitraille… et remonte au front pour continuer le combat.

Opening Night sera sa revanche. Elle y reprend le rôle de Gena Rowlands dans le film de John Cassavetes : Myrtle Gordon, une comédienne de théâtre reconnue qui est le témoin de la mort d’une admiratrice hystérique. Ce drame la plonge dans un profond désarroi et ravive ses angoisses, ses doutes et ses blessures. Pourtant, au pied du mur, elle obtiendra l’un des plus grands triomphes de sa carrière. Un scénario porte-bonheur et prémonitoire. Namur (en Belgique), Lyon, Paris, Marseille, Montpellier, Angers, partout où elle s’est produite Isabelle Adjani a arraché sanglots et applaudissements. Un triomphe et un soulagement : on a retrouvé la grande Isabelle. Et la voilà à nouveau prête à conquérir l’Amérique.

Dès le 12 septembre, elle prendra ses quartiers d’automne au FIAF à New York, où elle jouera une version d’Opening Night strictement identique à celle qui a enchanté la France au printemps dernier : même mise en scène, même casting et même langue. Jouer du John Cassavetes en français à New York, elle a osé ! Sans doute pour entendre une fois encore Frédéric Pierrot, son partenaire — il incarne Maurice — lui dire ses quatre vérités : « J’essaye de te dire que tu es une femme sensible, que je trouve très attirante au-delà de toute compréhension. Une femme dont le manque de confiance en elle me stupéfie. » Il faut parfois du temps pour s’accepter telle que l’on est, et pas telle que l’on s’imagine.


Opening Night

Du 12 au 14 septembre 2019
FIAF, New York


Article publié dans le numéro de septembre 2019 de France-Amérique

  • I’m amazed that her role as Hugo’s daughter in Truffaut’s L’Histoire d’Adèle H. was not even mentioned. Surely this is one of her finest portrayals.

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