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Jeep, une histoire d’amour franco-américaine

Emblème de la Deuxième Guerre mondiale et de la Libération de Paris en août 1944, ancêtre du 4×4 née aux Etats-Unis avant d’être acquis par le groupe Renault, Jeep est devenue un actif stratégique du secteur automobile.

Quand on l’interrogeait sur les outils de la victoire américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale, Dwight « Ike » Eisenhower, citait ces quatre inventions : l’avion Douglas C-47, la bombe atomique, le bazooka et la Jeep. Equipé généralement d’une mitrailleuse et d’une radio, ce véhicule accompagnait les soldats sur tous les théâtres d’opérations, transportant indifféremment (et sans aucun confort), hommes de troupe et généraux. Sur le front, les aumôniers militaires utilisaient même son capot comme un autel de messe improvisé !

A l’époque, jeep n’était pas une marque, mais un nom commun, issu sans doute de la contraction de « General Purpose » (« engin à tout faire »). Longtemps d’ailleurs, jeep s’écrira en lettres minuscules. En France, Jeep est le symbole du débarquement des alliés. Les images des Parisiennes applaudissant, en août 1944, les soldats américains défilant en Jeep sur les Champs-Elysées, suscitent encore émotion et nostalgie. Plus qu’aux Etats-Unis, la Jeep a gardé en France une image positive. En septembre 1944, un journaliste français décrivait même la Jeep comme la « huitième merveille du monde ».

Si l’on reparle aujourd’hui de la Jeep — conçue en juin 1940 à l’initiative du département de la Guerre en quête d’un véhicule tout terrain —, c’est qu’elle est devenue un actif industriel majeur dans le commerce international de l’automobile. Passant alternativement de mains américaines à des mains françaises et confortant ainsi son statut de star internationale.

Jeep-Cherokee

Equipée d’un moteur diesel Renault, la Jeep Cherokee est devenue le modèle le plus populaire aux Etats-Unis et a été massivement exportée en Europe dans les années 1980. © FCA US LLC

En 1979, Renault achète American Motors (AMC), quatrième constructeur automobile américain en déshérence mais détenteur de Jeep. Pépite oubliée ? En 1984, les équipes créatives de Renault sortent le Cherokee, un 4×4 compact, devenu l’un des modèles les plus prisés aux Etats-Unis, avec le rustique Wrangler. Equipé de diesels Renault, le Cherokee sera exporté vers l’Europe. C’est le début d’une carrière internationale.

Jeep-Wrangler

La Jeep Wrangler est la plus proche du style et de l’esprit des tout-terrains Willys militaires qui ont lancé la Jeep en 1941. Dans les années 1980, elle fut un temps équipée de moteurs Renault. © FCA US LLC

En 1987, Renault va mal. Raymond Lévy, son patron, revend AMC à Chrysler pour 1,5 milliard de dollars… au moment où le redressement porte ses fruits. Dans la transaction, la marque Jeep est valorisée à 1 dollar ! Furieux, le Français François Castaing, artisan du rebond, passe avec armes et bagages chez Chrysler. Lee Iacocca, son patron (décédé le mois dernier), s’empresse de déposer la marque Jeep — elle ne l’était pas ! — ainsi que la fameuse calandre, avec ses phares ronds et ses sept fentes verticales. Sept fentes qui valent de l’or et qu’a su faire fructifier… un autre Français, Christian Meunier, l’actuel dirigeant de l’enseigne. Pour faire de Jeep une marque mondiale, il a quitté Nissan cinq mois seulement après son embauche !

Aujourd’hui, « sans Jeep, Chrysler n’existe pas et sans Chrysler, Fiat ne pèse plus rien », résume un dirigeant de Renault, dubitatif face au projet avorté de fusion avec FCA (Fiat Chrysler Automobile), à ses yeux sur-valorisé. Pourtant, l’idée de récupérer Jeep, ancêtre des 4×4 et jadis filiale de Renault, l’excite au plus haut point. Logique : avec une progression de 17 % des ventes en 2018 (contre 2 % pour l’ensemble du groupe italo-américain), Jeep maintient sa croissance, alors que Chrysler ne représente plus que 1 % du marché aux Etats-Unis et que Fiat, tombé il y a dix ans en dessous du million de voitures vendues, ne cesse de reculer.

Avis aux acquéreurs : avec 1,6 millions de véhicules commercialisés l’an dernier, la voiture symbolique de la Libération de Paris pourrait bien devenir l’une des plus puissantes marques automobiles mondiales.


Article publié dans le numéro  d’août 2019 de France-Amérique

  • Jamais je n’achèterais un produit Jeep. La fiabilité est faible, le confort, il n’y en a pas, et la dépréciation est élevée. Les gens achètent une Jeep pour l’image et le nom… C’est tout ce qu’il leur reste. Si vous voulez un véhicule fiable, bien fait, qui garde sa valeur, optez pour une japonaise ou une coréenne. Quant à Peugeot et Renault, on ne les a plus en Amérique du Nord, donc je ne peux pas me prononcer.

  • J’ai acheté une Wrangler deux portes neuve en 2013 27 000$ que Jeep m’a reprise en 2019 17 000$ quand j’ai acheté une Wrangler 4 portes. Jamais depuis plus de 40 ans que j’achète des voitures neuves je n’ai aussi peu perdu sur une reprise. Par ailleurs je n’ai eu et n’ai qu’a me louer des deux modèles. Certes ce n’est pas le confort d’une Mercedes classe S, mais pour son objectif d’utilisation la Jeep est très fiable et agréable du moins pour mon expérience. Son look qui a évolué conserve avec talent, comme a su le faire Porsche, son caractère si légendaire.

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