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La Belgique menacée de « chaos politique »

Près de trois mois après les élections, la Belgique n’a toujours pas de gouvernement et les négociations entre Flamands et francophones, au bord de la rupture, buttent sur des questions de gros sous derrière lesquelles se profilent d’importants enjeux idéologiques.

Si un accord n’est pas possible entre formations francophones et néerlandophones, « les partis qui refusent un compromis équilibré vont plonger notre pays dans l’aventure, voire le chaos politique », a averti lundi le Premier ministre pressenti, le socialiste francophone Elio Di Rupo. Sa mise en garde s’adressait aux deux principaux partis de Flandre, la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), le parti indépendantiste qui a remporté les dernières élections législatives en juin dans la partie néerlandophone du royaume, et les chrétiens-démocrates flamands du CD&V. Ces deux formations ont refusé au cours du week-end une proposition de compromis sur l’avenir institutionnel et financier du pays, servant de fondement à la constitution d’un gouvernement entre les deux grandes communautés nationales.
L’offre verrait la région de Bruxelles, majoritairement francophone et lourdement déficitaire, bénéficier de transferts financiers supplémentaires de l’Etat fédéral, à hauteur de 500 millions d’euros par an. En échange, les francophones renonceraient à des droits linguistiques spécifiques dans la périphérie flamande de la capitale – sauf dans six communes où ils sont majoritaires – et accepteraient, plus généralement, un transfert accru de compétences de l’Etat fédéral vers les régions. Mais les deux grands partis flamands refusent de signer « un chèque en blanc » en faveur de Bruxelles.

M. Di Rupo, dont le parti avait remporté les élections en Wallonie francophone, a émis l’espoir lundi « que la raison finirait par l’emporter ». Il a également souligné qu’il y était urgent de doter le pays d’un gouvernement et d’assainir les comptes publics du pays. « C’est une obligation morale si l’on ne veut pas laisser le pays aux mains des spéculateurs, j’espère que tout le monde en est conscient », a-t-il lancé, en agitant le spectre d’une crise financière telle que celle qu’a connue la Grèce.

Depuis les élections du 13 juin, la Belgique est dirigée par le Premier ministre sortant, le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, aux prérogatives limitées alors que le pays assume jusqu’à la fin de l’année la présidence tournante de l’Union europénne. M. Di Rupo a accepté dimanche soir, sur l’insistance pressante du roi Albert II, de poursuivre les négociations sur la formation d’une nouvelle coalition, après avoir dans un premier temps voulu renoncer face au blocage. Engagés d’abord par le président de la N-VA Bart De Wever, puis à partir de juillet par Elio Di Rupo, les pourparlers entre sept partis –trois flamands et quatre francophones– ont enregistré des avancées dans le sens souhaité par les partis flamands, qui réclament plus d’autonomie au minimum.
Les francophones participant aux tractations ont ainsi accepté, outre des concessions linguistiques, un transfert de compétences supplémentaires de l’Etat fédéral vers les régions (emploi, allocations familiales, soins de santé, sécurité civile ou encore tourisme). Mais les partis flamands « n’auront rien si les négociations échouent, alors qu’ils ont promis une grande réforme de l’Etat à leurs électeurs », a relevé lundi le politologue Jean Faniel, évoquant une partie de « poker menteur ».

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