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La crise de confiance à France 24 prend une dimension politique

La crise au sein de France 24, secouée par une affaire d’espionnage et le désaveu de Christine Ockrent par ses directeurs, a pris mercredi une tournure politique avec la création d’une mission d’information sur les « dysfonctionnements » de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF).

Après l’appel au calme lancé aux patrons de l’AEF, Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent, par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, c’est au tour du Parlement de se pencher sur les « dysfonctionnements » de l’AEF, qui coiffe France 24, RFI et TV5 Monde. Officiellement, cette mission d’information aura pour objet de « faire un point d’étape » à partir de janvier sur la réforme de l’audiovisuel extérieur, a expliqué la présidente de la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée, Michèle Tabarot (UMP).

Même si les parlementaires se défendent de « rentrer dans le débat Pouzilhac-Ockrent », cette mission d’information permettra à l’Assemblée d’entendre les deux dirigeants de l’AEF, qui se livrent une lutte acharnée, sur fond d’affaire d’espionnage informatique. Le ministre de la Culture, qui a reçu mardi les deux protagonistes, a tenté en vain de jouer les « messieurs bons offices ».
Interrogée par l’AFP, Christine Ockrent a tenu à relativiser la création de cette mission d’information. « L’Assemblée et la tutelle sont dans leurs rôles », a-t-elle estimé. « Tout cela paraît légitime et peut apporter sérieux et sérénité », a-t-elle jugé.
Cela montre que « nous sommes dans un état suffisamment grave pour qu’il y ait une mission d’information », a estimé de son côté Sabine Mellet, déléguée du SNJ CGT de France 24. « Il sera aussi important que l’on entende les salariés ».

Cette intervention du politique coïncide avec le vote des salariés de France 24, réunis mercredi au cours de deux assemblées générales, sur leur confiance ou leur défiance à Christine Ockrent mais aussi à Alain de Pouzilhac. Le résultat du vote était attendu jeudi. L’issue de la consultation des salariés pèsera lourd dans ce conflit dont se mêlent maintenant les politiques.

Pour Gauthier Rybinski, spécialiste de politique internationale à France 24, « l’affaire de l’AEF était politique dès le début ». « La nomination même de Christine Ockrent (compagne de Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères) était une nomination éminemment politique ». Déjà désavouée par les directeurs de la chaîne, qui lui ont officiellement retiré sa confiance, Christine Ockrent, nommée il y a deux ans numéro deux de l’AEF, est de plus en plus fragilisée et isolée au sein même de France 24. Selon des journalistes de la rédaction parisienne interrogés par l’AFP, le vote pourrait se traduire par une motion de défiance à son encontre.
« Ce ne sont pas les assemblées générales qui décident de la marche de l’entreprise », a répondu la numéro deux de l’AEF. « Les motions de défiance sont des moments douloureux ou pénibles mais ne sont pas nécessairement déterminants », a-t-elle ajouté.
Au-delà de l’affaire d’espionnage, une partie de la rédaction reproche à Christine Ockrent son « mépris » des salariés et son « autoritarisme », selon des témoignages recueillis par l’AFP.
Le « combat des chefs » au sommet de l’audiovisuel extérieur a provoqué un clivage au sein des salariés, entre un clan Ockrent, de plus en plus minoritaire, et un clan Pouzilhac.

« Depuis l’arrivée de Christine Ockrent », résume Adel Gastel, délégué syndical CFDT, « France 24 a été transformée en un vaste échiquier, avec les blancs contre les noirs ».

 

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