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Le cri d’amour matricide de Nathan Miller

Avec Je suis heureux que ma mère soit vivante, Nathan Miller co-signe avec son père un drame psychologique sur l’amour meurtrier d’un jeune orphelin pour sa mère biologique. Un film catharsis tiré d’un fait-divers réel.

France-Amérique: Le scénario de Je suis heureux que ma mère soit vivante est tiré d’un article d’Emmanuel Carrère inspiré d’un fait divers. Qu’est-ce qui vous a touché dans cette histoire ?

Nathan Miller : Des histoires familiales horribles, il y en a des centaines tous les jours dans les journaux. Mais la dramaturgie que proposait ce fait divers était unique : un fils adopté assassine sa mère biologique qui survit, pour finalement lui pardonner devant tout le monde à son procès. C’est miraculeux. Emmanuel Carrère utilisait d’ailleurs le terme de « miracle médical » pour qualifier la survie de cette femme, massacrée de 26 coups de couteaux par son fils. On peut penser qu’elle n’a survécu que pour une seule chose : lui pardonner.

On trouve dans votre film un peu de l’encre d’Emmanuel Carrère…

Mon père, Claude Miller, avait déjà réalisé La Classe de neige d’après l’un de ses textes. Cet écrivain raconte toujours de belles histoires issues du réel et souvent dramatiques. Comme celle de ce prétendu médecin condamné à perpétuité pour le meurtre de sa femme, de ses enfants et de ses parents, qui lui a inspiré L’Adversaire. Notre scénario part aussi d’une histoire vraie qu’il a recomposé dans son article. Jacques Audiard voulait s’emparer de l’histoire et faire le film en premier ! Il a d’ailleurs laissé son nom sur l’affiche, comme une caution à la genèse de ce projet. Mais il était trop occupé par son film du moment – Un Prophète – pour s’investir davantage.

La jeunesse de Thomas est revisitée à la manière d’une quête d’identité antique.

La proposition quasi-grecque d’Emmanuel Carrère reposait là-dessus. Il y avait toute une progression. L’abandon de l’enfant, la quête, les retrouvailles puis le meurtre. Avec quelque chose de très étrange qui est la résolution finale inattendue au tribunal. C’est en quelque sorte une histoire grecque version voisin de palier ! C’est ça la mythologie grecque : des histoires de famille ou de voisins de palier. Mais pour que l’histoire soit plus belle, on ajoute des princes et des personnages de la haute société dans le décorum.

Je suis heureux que ma mère soit vivante lorgne souvent du côté de la psychanalyse…

Je ne suis pas un ardent défenseur des interprétations psychanalytiques au cinéma mais je ne renie pas non plus la résonance psychanalytique du film. Le fait que Thomas n’ait pas connu sa mère crée la possibilité d’une attirance amoureuse. A partir du moment où ils sont confrontés, ce sont une jeune femme et un jeune homme qui se retrouvent face à face. L’article d’Emmanuel Carrère offrait déjà cette relecture du mythe d’Œdipe que nous avons conservé à l’écran.

Dans cette relation ambiguë entre mère et  fils, impossible de ne pas songer à l’inceste !

Les faits parlent d’eux-mêmes ! Il y a beaucoup de moyens de tuer quelqu’un. Thomas aurait pu étrangler sa mère, la jeter par la fenêtre, lui taper dessus. Mais il a préféré la « pénétrer » à coups de couteau, pour reprendre le terme d’Emmanuel Carrère. On pourra dire que je fais de la psychologie de comptoir mais il est difficile de ne pas voir dans ce geste un acte d’amour désespéré. C’est par dépit que Thomas se transforme en Œdipe matricide.

« On ne naît pas femme, on le devient » disait Simone de Beauvoir. Cela résume bien la situation de la mère de Thomas…

Carrère a écrit dans son article que cette femme devenait mère en renaissant du geste peu banal de la volonté de meurtre de son fils. C’est le vrai miracle du film ! Dans la réalité, quelques secondes après avoir prononcé ces mots « Je suis heureux que ma mère soit vivante », Thomas sortait libre du tribunal. Les deux mères – d’adoption et biologique – attendaient leur fils dans le couloir. C’est un vrai happy-end tel qu’il en existe peu.

Thomas et sa mère sont finalement des monstres très humains ?

Les monstres sont toujours très humains, c’est bien ça le problème…

Bande-annonce

Infos pratiques:

« Je suis heureux que ma mère soit vivante » de Claude et Nathan Miller en salles sur les écrans américains à partir du 2 septembre 2011, à New York. Avec Vincent Rottiers, Sophie Cattani, Christine Citti. Durée : 1h30min.

 

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