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Lubin, le parfumeur de la conquête de l’Ouest

De Marie-Antoinette à Grace Kelly en passant par la ruée vers l’or, la maison de parfumerie française Lubin a marqué les époques et les générations. Produit par Sonia Medina et réalisé par Myriam Touzé, le documentaire Lubin, un parfumeur d’exception retrace l’histoire de ce créateur de génie et explore la renaissance de la marque à partir de 2004. Plongée au cœur de fragrances indémodables et sans cesse réinventées. Entretien avec la réalisatrice Myriam Touzé.


France-Amérique : Pourquoi avez-vous choisi de vous intéresser à Lubin ?

Myriam Touzé : Cette maison a une très belle histoire. Lorsque j’étais jeune, j’adorais me parfumer à l’Eau Neuve de Lubin, qui m’allait à merveille. La maison à soudainement disparu de la circulation, et je l’ai retrouvée en tombant par hasard sur leur boutique, à Paris, des dizaines d’années plus tard. Son nouveau directeur, Gilles Thévenin, m’a raconté le parcours de ce parfumeur et de ce nom, et j’ai été totalement séduite. J’aimais tellement mon parfum que je ne me voyais pas raconter une autre histoire que celle-là !

Tout commence avant la Révolution française…

Le père de Pierre-François Lubin était boucher. Il tenait une boutique sur l’une des plus belles avenues de Paris, en face de celle du parfumeur Fargeon, très en vogue à l’époque. Pierre-François passait tant de temps le nez collé à la vitrine du magasin qu’il finit par y être embauché pour faire « la patouille » et mélanger les « jus ». Il allait livrer le parfum de Marie-Antoinette, alors enfermée à la Tour du Temple, et fut durablement marqué par l’atmosphère de la Cour. A la veille de la Révolution, il fut envoyé à Grasse dans le sud de la France, où il termina son apprentissage auprès du maître italien Tombarelli. Lubin fut donc formé aux deux meilleures écoles de parfumerie. Sa première boutique, qu’il ouvrit à vingt-quatre ans, s’appelait Le bouquet de la Reine en hommage à Marie-Antoinette.

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Grisette (2015). © Courtesy of Lubin

Le nom de Lubin a-t-il dépassé les frontières de France ?

Lubin n’était pas seulement un créateur à la mode, c’était aussi un entrepreneur. Il fut le premier à exporter son parfum vers les cours d’Europe et aux Etats-Unis. Ses fragrances ont accompagné la ruée vers l’Ouest ! Dès 1825, son correspondant américain Theo Studley distribuait des flacons aux danseuses de saloon et petit à petit, toutes les villes de Californie se sont parfumées avec Lubin. Il ouvrit des succursales à La Nouvelle-Orléans et à Saint-Louis, pour que les Français qui tenaient des plantations puissent se parfumer « à la française ». Son succès fut immense ! Dans les années 1850 et 1860, il vendait davantage aux Etats-Unis qu’en France. La Nuit de Longchamp, créée en 1937 et célèbre pour son sillage, était apprécié par l’élite de la côte Est, dans l’Upper East Side et les Hamptons. Les publicités étaient adaptées, les noms anglicisés : Washington Bouquet, Californian Flowers, UpperTen…

Après avoir disparu pendant 30 ans, la maison Lubin a été relancée en 2004 par Gilles Thévenin, personnage phare de votre documentaire. Que lui a-t-il apporté ?

Gilles Thévenin a sauvé Lubin d’une disparition certaine. Il s’est battu pour récupérer cette marque et a obtenu le soutien des héritiers. C’est un passionné de parfum qui se bat pour que ce nom continue à exister. « J’essaie de faire vivre un idéal que je n’ai pas fait naître », a-t-il coutume de dire. « Je n’ai pas créé cette maison : pendant plus de 220 ans, des milliers de personnes m’ont précédé. » En tant que directeur, il décide des collections, trouve le parfumeur qui conviendra, donne l’avis final, dessine certains flacons… Tout est fabriqué en France, avec des maîtres verriers et des artisans. C’est aussi un conteur qui connaît l’histoire de France sur le bout des doigts. Il a retrouvé d’anciens flacons et possède également le carnet original des formules de Pierre-François Lubin. Sa première création, Idole, est inspirée d’une fragrance des années 1950 dont il a légèrement modifié la composition, s’inspirant de la route des épices et des bateaux de marchandises. Il ne cesse de voyager pour trouver de nouvelles idées.

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Upper Ten for Her (2016). © Courtesy of Lubin

Qu’avez-vous appris sur les métiers du parfum en réalisant ce documentaire ?

Tout ! J’ai voulu montrer comment se fabriquait le parfum et comment Lubin l’élève au rang d’art. Il travaille avec la maison Art et Parfum, à Grasse, qui utilise les meilleures essences naturelles et synthétiques. J’ai aussi découvert le métier de parfumeur, ou de « nez » : ils ne travaillent pas en mélangeant des extraits, comme on pourrait l’imaginer, mais avec un papier et un crayon. Ils créent des formules selon les commandes, puis procèdent à des tests. Ils ont des centaines d’odeurs en mémoire !

Aujourd’hui, qu’est-ce que Lubin ?

C’est une petite maison familiale qui se développe — se redéveloppe — et met l’accent sur la création. Elle ne travaille qu’avec deux ou trois parfumeurs indépendants et un petit nombre d’employés. Ce sont des parfums de niche, qui vont « aux duchesses comme aux grisettes », comme on le disait à l’époque. Et pour moi, c’est aussi cette Eau Neuve que j’aime tant. On est attachés à Lubin dès lors qu’on commence à en porter !


=> Le documentaire 
Lubin, un parfumeur d’excellence sera diffusé sur TV5MONDE USA le 25 septembre 2019 à 21h25 EST et le 28 septembre 2019 à 4h40 EST.

  • J’ai redécouvert mon parfum préféré Gin Fizz il y a quelques années et je me suis fait un plaisir immense en me l’achetant ! Depuis je le porte à nouveau comme du temps de mes 16 ans… mais lui, il n’a pas pris une ride !!!

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