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« La Douleur », une si longue attente

Adapté du récit de Marguerite Duras, La Douleur raconte l’interminable attente de la romancière alors que son mari, Robert Antelme, était interné à Buchenwald durant la Deuxième Guerre mondiale. Emmanuel Finkiel signe là un film bouleversant, en salles américaines le 17 août, qui conjugue littérature et cinéma.

Juin 1944, la France est toujours sous occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Son épouse Marguerite Duras, jeune écrivain encore peu connue à l’époque, est tiraillée par l’angoisse en l’absence de nouvelles de son mari, et de sa liaison secrète avec son camarade Dyonis Mascolo, un membre actif du réseau de résistance dirigé par François Mitterrand, alias Morland. Elle fait la connaissance d’un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, entretient une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des prisonniers des camps vont constituer pour Marguerite le début d’une insoutenable attente. Une agonie silencieuse alors que Paris fête sa Libération…

Emmanuel Finkiel a magistralement adapté le récit de Duras, à la fois journal intime et roman, qui a servi de base au scénario. Portrait intime d’une femme à la douleur profonde, doublée d’un sentiment de culpabilité qui explique peut-être pourquoi Marguerite Duras a attendu 1985 pour écrire cet ouvrage. Le film parvient à retranscrire à l’écran l’intériorité de l’écriture durassienne dans des scènes tantôt dialoguées, tantôt en voix off. « J’ai travaillé le scénario de façon simple, en relisant le livre, à l’affut des émotions qu’il créait en moi et de la musicalité des mots. Je consignais les phrases significatives tout en me réappropriant progressivement les choses », explique le cinéaste, rencontré pendant le festival Rendez-vous with French Cinema à New York. « La voix-off n’était pas aussi présente dans le projet initial. Elle est devenue un élément fondamental en cours de route et j’ai exploité ce sentiment d’hyper-subjectivité. On est très proche de ce que Marguerite Duras ressent. »

Après l’avoir dirigée dans Je ne suis pas un salaud, Emmanuel Finkiel retrouve ici Mélanie Thierry, remarquable dans le rôle de Duras. Le reste du casting est à la hauteur, à commencer par Benoît Magimel en Rabier et Benjamin Biolay dans le rôle de l’amant et ami Dionys.


Sortie américaine : 17 août (New York), 24 août (Los Angeles)
Durée : 127 min

Réalisateur : Emmanuel Finkiel
Avec : Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay
Distributeur américain : Music Box Films

=> Retrouvez toutes les séances aux Etats-Unis pour ce film sur le site FrenchFlicks.com


Article publié dans le numéro d’août 2018 de France-Amérique

  • J’ai eu la chance de voir ce film dans le cadre du Festival du Film Juif de San Francisco en juillet de cette année. En effet, c’était sublime à tout point de vue. Mon mari nous a souvent parlé de l’Occupation, de l’éxode sa famille à Royan pendant la guerre etc. Hélas il nous a quitté le 25 août 1995, 51e anniversation de la Libération de Paris et à peine 15 jours après son 66e anniversaire.

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