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Roman Polanski rattrapé par #MeToo

La France aura mis plus de temps que l’Amérique du Nord à s’attaquer aux délits sexuels de ses artistes. Cinéaste vénéré en France mais boycotté et poursuivi par la justice aux Etats-Unis pour un viol sur mineure commis en 1977, Roman Polanski n’avait jamais été inquiété dans son pays d’asile, la France. Ce n’est plus le cas.

Si son dernier film, J’accuse, sur l’affaire Dreyfus (qu’il relie à ses propres démêlés judiciaires), était en tête du box-office en France, des manifestations, des séances annulées et un débat houleux sur les réseaux sociaux éclairent des mutations profondes. Selon Raphaël Liogier, sociologue et philosophe à Paris, Aix-en-Provence et New York, auteur de Descente au cœur du mâle : De quoi #MeToo est-il le nom ?, ce changement d’attitude à l’égard du cinéaste annonce une prise de conscience collective.


France-Amérique : Longtemps protégé en france par les intellectuels et le milieu du cinéma qui le soutenaient contre l’Amérique puritaine, Roman Polanski est soudainement mis à l’index par les français. Qu’est-ce qui a changé ?

Raphaël Liogier : Il ne faut pas confondre deux choses. Le fait que certains Etats, comme la France ou la Pologne, refusent d’extrader Polanski malgré les poursuites pénales dont il fait l’objet aux Etats-Unis est une question juridico-diplomatique qui n’a rien de nouveau dans les relations internationales. La vraie nouveauté, c’est la prise de conscience collective, française comme américaine, qui fait suite au mouvement #MeToo : on ne peut plus croire qu’il est banal de faire usage de son statut, même si l’on a du talent, pour obtenir des faveurs sexuelles.

Le mouvement #MeToo, né aux Etats-Unis, a été contesté par des Français et Françaises au nom de l’amour courtois contre le puritanisme. Peut-on encore distinguer entre nos deux pays, ou bien la vague américaine a-t-elle conquis la France ?

Le sens de #MeToo dépasse nos différences culturelles, mais ces dernières servent de prétexte en Amérique comme en France pour détourner l’attention du vrai problème. Aux Etats-Unis, on l’interprète comme une demande de plus de contraintes formelles et de distance. En France on l’interprète comme un empêchement à la jouissance, à l’humour, au flirt. On est hors sujet des deux côtés de l’Atlantique. L’enjeu, c’est davantage de liberté, y compris sexuelle, mais dans la réciprocité.

Le terme de révolution féministe est-il excessif ? Si c’est une révolution, doit-on craindre les dénonciations calomnieuses et les victimes innocentes ?

C’est bien une révolution, pas seulement féministe mais l’accomplissement d’une promesse de modernité : le droit égal pour tous, en tant qu’humains, de jouir du monde. Les femmes ont été historiquement exclues des Droits de l’homme qui furent avant tout les droits du mâle  : il a fallu attendre
150 ans, après 1789, pour qu’elles puissent jouir du droit de vote. La jouissance pleine et entière de la propriété a pris plus de temps encore. L’égalité de revenu à compétence égale est en chemin. Il manquait le cœur du problème, la première des jouissances, celle de leur propre corps  ! C’est cela le vrai sens de #MeToo. Bien sûr il y a des dérapages mais ceux-ci n’ont rien à voir avec le mouvement lui-même. D’ailleurs, il y a très peu de dénonciations personnelles sur le hashtag contrairement à ce que l’on croit.

Cette révolution concerne-t-elle aussi les victimes exposées et moins notoires comme les ouvrières d’usine et employées de bureau ?

La révolution française a commencé par le soulèvement de la bourgeoisie. Il faut suffisamment de pouvoir, de la visibilité et des moyens matériels, pour avoir un impact, et il faut suffisamment de capital culturel pour avoir conscience d’être traité injustement. Marx parle de fraction dominée de la classe dominante. Dans notre cas, ce sont des stars (issues de la classe dominante) qui ne supportent plus de continuer à être discriminées en tant que femmes (fraction dominée). Ensuite toute la société est emportée à bas bruit. Aux Etats-Unis, il y a un déferlement de revendications d’ouvrières, de secrétaires, de personnels féminins qui ne peuvent plus être ignorées, comme dans les emblématiques usines Ford où plusieurs femmes poursuivent en justice le constructeur automobile pour harcèlement sexuel.


=> Raphaël Liogier,
Descente au cœur du mâle : De quoi #MeToo est-il le nom ?, Les liens qui libèrent, 2018. 144 pages, 12,50 euros.


Interview publié dans le numéro de janvier 2020 de France-Amérique

  • I found no sexual harassment suit by women employees of Ford. I found a suit by four former leadership-level employees saying that Ford Motor Co. deprived them of retirement benefits by firing them during a sweeping global restructuring in May based on their age and how close they are to obtaining full pensions. Aha. Now I find the 33 women who sued Ford Motor Company alleging they were victims of sexual harassment, including attempted rape, at two Chicago-area plants. In 1999, Ford paid $7.5 million to compensate female employees who were subjected to sexual harassment at its plants in Chicago.

  • But, what is your point? I don’t recall any sexual-harassment suits in France against large employers. Only in 1992 did France recognize sexual-harassment as an enforceable claim and the Ford suit here was stymied by a judge who ruled the suit could not proceed as a class-action lawsuit.

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