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Monet et Chicago, une histoire d’amour impressionniste

Claude Monet n’a jamais mis les pieds à Chicago — ni d’ailleurs aux Etats-Unis. Il y a pourtant connu un immense succès à partir des années 1890, grâce son marchand, Paul Durand-Ruel, l’homme qui a fait connaître l’impressionnisme, et à de nombreux collectionneurs locaux. Cette « passion collective » pour le peintre français fait l’objet d’une exposition à partir du 5 septembre à l’Art Institute de Chicago, qui avait accueilli la première exposition exclusivement consacrée à Monet dans un musée américain en 1895 et possède aujourd’hui la plus grande collection d’œuvres de l’artiste en dehors de France. Pour reprendre la formule de Gloria Groom, conservatrice de la peinture et de la sculpture européennes du musée, « Monet fait partie de notre ADN ».


France-Amérique : Dans le catalogue de l’exposition, vous écrivez que l’exposition universelle de 1893 a été « indirectement responsable du succès de Monet » à Chicago. Pourquoi ?

Gloria Groom : Chicago, à l’époque deuxième ville du pays, s’était reconstruite après le grand incendie de 1871 — en s’inspirant de l’architecture parisienne — et avait profité de l’exposition universelle de 1893 — 25 millions de visiteurs en six mois — pour mettre en avant sa puissance industrielle. Coïncidence, l’impressionnisme arrive sur la scène internationale tandis que la ville se remet de la catastrophe, s’enthousiasmant pour ce mouvement pictural synonyme de modernité. La galerie new-yorkaise de Paul Durand-Ruel accueillit la première exposition impressionniste aux Etats-Unis en 1886. Les collectionneurs de Chicago comme les Palmer et les Ryerson ont commencé à acquérir des toiles quelques années plus tard. Rien qu’en 1891, Bertha Honoré Palmer s’est offert pas moins de 20 Monet !

En quoi ces premiers amateurs ont-ils façonné l’intérêt de la ville pour Monet ?

Mme Palmer était ce que nous appelons aujourd’hui une influenceuse. Elle était intelligente, riche, célèbre et mariée à Potter Palmer, magnat de l’immobilier ayant fait construire le Palmer House, hôtel mythique de la ville. Très impliquée dans la vie mondaine de Chicago, tout ce qu’elle faisait devenait automatiquement populaire. En tant que présidente du Board of Lady Managers, elle a veillé à ce que Monet soit représenté à l’exposition universelle. Elle connaissait déjà Paul Durant-Ruel et avait vu la série Les Meules à Paris en mai 1891. Elle fait la connaissance de Monet lors d’une exposition consacrée à Renoir l’année suivante et lui rend visite à Giverny. Elle fit également construire une galerie dans son manoir sur North Lake Shore Drive où elle reçut chefs d’Etat, émissaires étrangers et autres éminents invités, leur faisant découvrir sa collection de Monet lors de l’exposition de 1893.

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Claude Monet, Pommiers en fleurs, 1872. © Union League Club of Chicago

Il semble que le talent de Monet ait été immédiatement saluée à Chicago et aux Etats-Unis, alors que les critiques français l’avaient dénigré lors de la première exposition impressionniste à Paris en 1874…

L’impressionnisme aux Etats-Unis n’a jamais connu le même genre de mésaventures qu’en France. Nous n’avons pas les mêmes traditions, l’Académie, le Salon, ces institutions qui fixent des règles strictes en matière d’art. Cependant, tout le monde ne comprenait pas l’impressionnisme à Chicago non plus. Lorsque en 1895 l’Union League Club a acheté les Pommiers en fleurs, le président du club aurait déclaré : « Qui paierait 500 dollars ce tas de peinture ? » Mais les Palmer et les Ryerson étaient influents et de nombreux collectionneurs de Chicago comme les Coburn, les Kimball, les Winterbotham et les Worcester ont suivi leur exemple et ont commencé à acquérir des Monet. L’effet d’entraînement. L’Art Institute a été le premier musée américain à acheter un tableau de Monet, Mauvais temps, Pourville, en 1903. [Il a été vendu en 1930 et appartient aujourd’hui à un collectionneur privé.]

Que savons-nous de la réaction de Monet face à son succès en Amérique ?

Son importance croissante sur le marché américain l’inquiétait. Certes, il gagnait de l’argent, mais il voulait aussi être reconnu en France. En janvier 1886, avant la première exposition impressionniste à New York, il écrit à son marchand : « Vous ne voyez plus que l’Amérique et l’on nous oublie ici, puisqu’au fur et à mesure que vous avez des tableaux nouveaux vous les faites disparaître. » D’un autre côté, il a dû être flatté lorsque Mme Palmer a acheté quatre ou cinq Meules en 1891 : elle comprenait l’aspect très novateur de son travail, l’idée que chaque tableau représente un moment particulier de la journée, une atmosphère différente.

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Claude Monet, Les Meules (Coucher du soleil, effet de neige), 1890-1891. © The Art Institute of Chicago

L’Art Institute of Chicago possède la plus grande collection de Monet en dehors de la France. D’où viennent ces peintures ?

Les premiers collectionneurs nous ont donné leurs tableaux. Nous n’avons acheté que deux de nos 33 Monet : une Meules (nous avons six des quelque 25 toiles qui composent la série) et Iris, laissé dans l’atelier de l’artiste après sa mort et que nous avons acheté en 1956. Pour cette exposition, 14 collectionneurs privés de la région de Chicago nous ont prêté 35 œuvres : certaines proviennent des familles mentionnées plus haut, mais la plupart d’amateurs locaux qui ont acquis des Monet au cours des dernières années. Il existe une sorte de familiarité avec Monet à Chicago et les gens l’apprécient. Il n’est ni subversif, ni avant-gardiste, mais il ne vieillit pas !


Monet and Chicago

Du 5 septembre 2020 au 18 janvier 2021
The Art Institute of Chicago


Monet and Chicago de Gloria Groom, préface d’Adam Gopnik, Yale University Press, 2020. 144 pages, 25 dollars.

  • I have always adored Monet and visited the Impressionist collection in Chicago many years ago. San Francisco’s De Young Museum had several Impressionists exhibits, as well as a Post-Impressionist exhibit. But to anyone visiting Paris, a long visit to l’Orangerie, if you love Monet’s work, is a must. A gallery was made especially for the Nympheas and they are finally shown the way Monet wanted when he gave those paintings to France and go to Giverny.

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