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Nicolas Mathieu : le roman d’une génération désenchantée

Prix Goncourt 2018, « Leurs enfants après eux » suit, entre 1992 et 1998, une poignée de jeunes gens dans une région française sinistrée par la désindustrialisation. Deuxième roman de Nicolas Mathieu, publié en anglais aux Etats-Unis le 7 avril, cette fresque sociale ample est un portrait magistral d’une France oubliée.

Dans la chaleur de l’été lorrain de 1992, les adolescents écoutent « Smells Like Teen Spirit » de  Nirvana. Anthony a quatorze ans. Fils unique d’un couple des classes populaires, il gagne quelques sous en aidant son père, alcoolique et brutal, à faire de petits travaux au noir. Quand il ne travaille pas, le jeune homme traîne et fume des joints avec son cousin plus âgé. Au cours d’un après-midi de désœu-vrement, il fait la connaissance de Steph, la fille d’un concessionnaire automobile aisé, pour qui il éprouve un violent désir. Dans la ZUP voisine, Hacine, le fils d’un ouvrier marocain, pointe au chômage et vit de petites rapines. Un soir, alors qu’Anthony a emprunté la vieille moto de son père, sans le lui dire, pour se rendre à une fête, Hacine vole l’engin. Un geste qui entraînera les garçons et leurs familles dans une spirale de violence.

Ancré dans une ville fictive de Lorraine, une ancienne région minière et sidérurgique de l’est de la France ravagée par le chômage, Leurs enfants après eux suit, de 1992 à 1998, juste avant la victoire de la France en finale de la Coupe du monde de football, la trajectoire d’un groupe d’adolescents devenus jeunes adultes. Une génération désenchantée en butte au déterminisme, aux barrières de classe, à la montée du Front national. Dans un paysage sinistré, où les hauts fourneaux désaffectés rappellent le temps de la fierté ouvrière, Anthony, Steph, Hacine et les autres tentent de bâtir une vie différente de celle leurs parents.

Né en 1978 à Epinal, en Lorraine, Nicolas Mathieu a publié un roman noir, Aux animaux la guerre, avant de se lancer dans cette fresque sociale ample, portée par une écriture précise, charnelle et un sens du récit époustouflant. Quand les fils narratifs se rejoignent dans une scène collective, où tous les personnages célèbrent la fête nationale au bord d’un lac, c’est le pays tout entier, dans sa diversité, qui se retrouve pour regarder le feu d’artifice du 14 juillet. « Ils étaient donc tous là  », écrit Nicolas Mathieu. « Peut-être pas tous, mais nombreux, les Français. Des vieux, des chômeurs, des huiles, des jeunes en mob, et les Arabes de la ZUP, les électeurs déçus et les familles monoparentales, les poussettes et les propriétaires de Renault Espace, les commerçants et les cadres en Lacoste, les derniers ouvriers, les vendeurs de frites, les bombasses en short, les gominés et venus de loin, les rustiques, les grosses têtes, et bien sûr quelques bidasses pour faire bonne mesure.  »

Portrait d’une France oubliée, sur laquelle le mouvement des gilets jaunes a jeté un brutal coup de projecteur, Leurs enfants après eux est un roman naturaliste qui s’achève sur un sentiment complexe et ambigu, « l’effroyable douceur d’appartenir . »


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Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, Actes Sud, 2018. 416 pages, 15,99 euros.

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