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A 90 ans, Tintin peine encore à conquérir l’Amérique

Le petit reporter belge inventé par Hergé est un personnage culte du XXe siècle pour la France et la Belgique. Mais, malgré l’album Tintin en Amérique qui emmène le journaliste à Chicago et au Far West, le personnage n’a pas trouvé son public au pays des Marvel.

« Au fond, vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin », s’amusait à dire le général de Gaulle. Vendus à plus de 230 millions d’exemplaires dans le monde et traduites dans 80 langues et dialectes, les Aventures de Tintin sont un classique de la bande dessinée européenne. Une famille sur deux en possèderait les albums en France. Pourtant, il n’est connu que d’une poignée d’amateurs aux Etats-Unis.

Né le 10 janvier 1929, sous la plume d’Hergé — pseudonyme de Georges Remi — Tintin parait d’abord sous la forme d’un feuilleton dans le supplément jeunesse du quotidien belge Vingtième Siècle. « En travaillant pour ce journal, le jeune Georges Remi avait accès à la presse internationale », explique Michael Farr, auteur de l’ouvrage Tintin: The Complete Companion. « Il pouvait donc consulter les journaux américains, qui publiaient déjà des bandes dessinées — un format alors peu répandu en Europe. Inspiré par ces dessins, il a créé ses propres planches. »

Journaliste et globe-trotter accompagné de son chien Milou, Tintin se rend sur tous les continents (Australie mise à part). « En tant que correspondant de presse à l’étranger, il avait le métier qu’Hergé lui-même aurait aimé avoir. » Après avoir visité le pays des Soviets, le personnage part pour le Congo belge, puis enquête sur les gangsters de Chicago. Paru en 1932, Tintin en Amérique est, à ce jour, l’album le plus vendu des 24 que compte la série.

Un journaliste en Amérique

Depuis sa jeunesse chez les scouts de Belgique, Hergé est passionné par les Amérindiens. Le troisième voyage de Tintin s’ouvre sur une scène d’Al Capone — rare personnage historique représenté par Hergé — à son bureau. « La situation est bien nette. On nous envoie le fameux reporter Tintin pour lutter contre nous », explique le mafieux à ses acolytes. Enlèvement dès la sortie du train, courses-poursuites en voiture et chevauchées au Far West rythment ses aventures.

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Couverture de l’édition française de Tintin en Amérique. © Casterman

Cet opus est le premier à être si bien documenté. Hergé met en scène la guerre des gangs, suggère la Prohibition et la corruption de la police. Il dessine la verticalité des gratte-ciel et caricature la naissance d’une ville-champignon, sortie de terre après la découverte d’un gisement de pétrole. En caricaturant l’usine Swift, surnommée « la charcuterie des Etats-Unis », il critique également la malbouffe et le mode de vie américain.

Le dessinateur s’est appuyé sur plusieurs ouvrages savants, dont Mœurs et histoires des Indiens d’Amérique du Nord de René Thévenin et Paul Coze, et Scènes de la vie future de Georges Duhamel, qui fait le procès d’un pays où la seule valeur est celle de « l’argent-roi ». Le numéro spécial Amérique du magazine Crapouillot lui fournit les photos nécessaires pour illustrer la ville de Chicago et la mafia. Hergé décide d’évoquer autant la spoliation des Amérindiens que le lynchage des Noirs.

« Tintin n’est pas un superhéros »

Malgré le succès de l’album, cette histoire ne popularise pas le personnage de Tintin aux Etats-Unis. « Il n’est pas un superhéros », rappelle Michael Farr. « C’est un jeune homme ordinaire, quoique très débrouillard, et toutes ses aventures sont ancrées dans la réalité. Hergé a fait prendre au comic strip une direction différente de celle qu’ont pris les bandes dessinées américaines. »

En 1945, l’album publié en noir et blanc est réédité en couleur, ce qui permet une première révision de l’histoire et en améliore la narration. Il faudra attendre le début des années 1970 pour une parution américaine. A cette occasion, Hergé se voit contraint de retoucher à nouveau ses images et de supprimer, dans au moins deux cases, des personnages noirs : l’éditeur souhaitant supprimer toute mixité raciale dans les livres à destination des enfants.

Si les traductions anglaises paraissent dès les années 1950, seuls six albums sont traduits par l’éditeur américain Golden Books. Les autres volumes de la série sont des rééditions de la version britannique. Le succès reste discret, « à cause d’un manque de familiarité en général avec Tintin ». En effet, même si Georges Remi tente, avant sa mort, de proposer son personnage à Hollywood, il faut attendre 2011 pour que sorte en salles le film de Steven Spielberg Tintin et le Secret de la Licorne.

Pour fêter les 90 ans du personnage à la houppette, la société Moulinsart a décidé de republier tous les deux ans un album digital recolorisé. Après Tintin au Congo cette année, Tintin en Amérique paraîtra en 2020, année des prochaines élections présidentielles américaines.

  • I published Tintin when at Little, Brown & Co., an old Boston firm, ironically, now Hachette. We were pleased with sales but totemic status did not come. But this Belgian wonder has a place in America.

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