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Notre-Dame de Paris : huit siècles d’histoire

De la genèse du projet aux dernières finitions, le documentaire Notre-Dame de Paris, l’épreuve des siècles revient sur l’histoire du joyau de l’Ile de la Cité en images animées, mêlant précision historique et touches de fiction. Entretien avec le réalisateur Emmanuel Blanchard.


France-Amérique : Vous racontez sept cent ans d’histoire en 90 minutes. Qu’est-ce qui vous a donné envie de relever ce défi ?

Emmanuel Blanchard : Le paradoxe des grands monuments est qu’ils sont entourés d’une mythologie, visités et adulés, mais qu’on connaît peu leur histoire. Qui a construit Notre-Dame ? Ce film montre les artisans anonymes d’un chantier commencé au Moyen Age, à une époque où on avait peu de moyens d’anticiper et de planifier la construction. J’ai pris la liberté de donner des visages à quelques figures historiques — l’évêque de Paris, Maurice de Sully, à l’origine du chantier, ou encore le chanoine de la cathédrale, Pierre le Chantre — et j’ai créé plusieurs personnages fictifs dont le parcours croise les grandes étapes de l’édification de la cathédrale. Mon but est de raconter cette épopée au grand public.

Le film était presque terminé quand l’incendie s’est produit. Qu’est-ce que ce drame a changé pour vous ?

Nous travaillions depuis trois ans sur le projet et la partie animation était déjà très avancée. Au-delà du choc affectif et de la stupéfaction, cet événement a changé la narration du documentaire. Notre-Dame s’exprime à la première personne, je la fais parler pour qu’elle raconte son histoire. Or, cette histoire n’était désormais plus la même. Elle, qui avait traversé les siècles, devenait une survivante. Le nouveau chantier qui commençait a aussi fait résonner le film différemment : de la révélation d’une histoire incroyable, il est devenu un hommage aux bâtisseurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Le documentaire a pris une nouvelle épaisseur : c’est un passage de flambeau.

Vous montrez avec beaucoup de précision les techniques utilisées à l’époque…

Les plans larges et les scènes de chantier sont réalisés en animation, ce qui permet d’avoir des vues incroyables de la cathédrale. Dès qu’on fait un plan serré sur un geste technique, nous utilisons des images filmées auprès d’artisans, qui font des tailles de pierres, forgent ou montent des charpentes comme au Moyen Age. Nous avons tourné au chantier d’architecture expérimental de Guédelon, en Bourgogne, où une équipe de bénévoles reconstruit un château avec les méthodes et les outils de l’époque. Alors qu’on utilise aujourd’hui une scie pour couper un bloc de pierre, ils le font au ciseau… Cette précision ajoute à la dimension documentaire du film.

Dans la version originale, Sophie Marceau assure la voix off. Pourquoi l’avoir choisie ?

C’était une évidence. En écrivant le texte, de nombreuses questions se sont posées. Quelle est la voix de Notre-Dame ? Parle-t-elle comme une femme âgée ? Pour moi, il fallait trouver une voix star — car c’est bien la star des cathédrales — mais qui ait également quelque chose de très direct. Elle apostrophe le spectateur ! Sophie Marceau inspire cette proximité et elle a tout de suite été enthousiasmée par le projet.

Quelle partie de l’histoire de la cathédrale vous a le plus surpris ?

Sa reconstruction au XIXe siècle m’a tout particulièrement intéressé. Je me suis battu pour qu’on prolonge l’histoire jusqu’à cet épisode, en passant par la Révolution française et la Commune. Tout tourne autour d’un personnage dont le nom a resurgi après l’incendie : Eugène Viollet-le-Duc. C’est un genre d’homme à la Léonard de Vinci, avec un savoir encyclopédique, grand connaisseur de l’architecture gothique. Il connaissait si bien le sujet qu’il était persuadé de suivre le projet initial de Maurice de Sully ; tout le contraire d’un geste mégalomaniaque ! On est tellement habitués à voir Notre-Dame qu’on en oublie que la stryge et les chimères sortent de son imagination. La cathédrale telle qu’on l’aime et qu’on la connaît n’est pas celle du XIIe siècle, mais sa réinvention au XIXe siècle. Non seulement elle raconte une histoire, mais elle est elle-même le produit de l’Histoire.

En effet, on constate que la cathédrale change de visage à multiples reprises !

Les bâtisseurs de tout temps ont voulu que Notre-Dame soit la plus belle possible. Ils n’ont eu de cesse de la transformer ! Après avoir construit la nef, ils décident de changer les fenêtres, détruisent et reconstruisent le transept pour y insérer des rosaces… Elle est constamment améliorée. Grâce aux images d’animation, on la voit se construire. Il y a quelque chose d’enfantin dans le plaisir de voir quarante ans de travaux résumés en trente secondes, comme s’il s’agissait de maquettes, et l’animation nous permet de montrer des chantiers colossaux. Il faut savoir que les bâtisseurs avaient déjà anticipé le danger d’un incendie, un des problèmes les plus communs pour ce genre de bâtiments. Les voûtes sont construites pour protéger des flammes. Preuve en est : elles ont tenu, et même les rosaces ont été préservées.


=> Le documentaire
Notre-Dame de Paris, l’épreuve des siècles sera diffusé sur TV5 Monde USA le 8 avril à 8:30 pm EST (5:30 pm PST).

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