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Retour sur l’épisode des « Freedom Fries » à Washington

Ancienne directrice de l’Ecole nationale d’administration et actuelle ministre chargée des Affaires européennes du gouvernement Macron, Nathalie Loiseau a passé cinq années aux Etats-Unis en tant que porte-parole de l’ambassade de France à Washington D.C. Une période difficile pour les relations entre la France et l’Amérique.

Entre 2002 et 2007, lorsque les autorités américaines à Washington avaient besoin de l’opinion des Français, c’est à Nathalie Loiseau qu’elles s’adressaient. Elle était la voix de la France aux Etats-Unis. Son mandat a notamment coïncidé avec l’invasion américaine de l’Irak et la guerre qui s’ensuivit, un événement qui a mis à rude épreuve les relations franco-américaines. La France était opposée à une invasion militaire et menaçait d’exercer son droit de veto contre toute proposition des Nations Unies allant dans ce sens. De nombreux Américains ont accueilli cette décision avec hostilité et au cours des années qui suivirent, d’éminents politiciens, hommes d’affaires et célébrités exprimèrent ouvertement leur sentiment anti-français. On versait du vin français dans les caniveaux, on évitait toute affiliation avec la France et en 2003, les frites (French fries) étaient surnommées « Freedom Fries » dans trois cafétérias de Washington. « Nous nous efforçons ces jours-ci de résoudre de très, très graves problèmes de guerre et de paix, de vie ou de mort. Nous ne nous préoccupons pas de patates », avait alors répondu Nathalie Loiseau au New York Times, ajoutant que les frites étaient originaires de Belgique.

« C’était une période aussi délicate qu’intéressante », se remémorait-elle récemment. « Les temps de paix peuvent être ennuyeux pour les personnes comme moi. Chaque matin, je savais pourquoi je me rendais au bureau. J’ai appris à dialoguer avec des gens qui n’étaient pas forcément d’accord avec moi ou qui ne comprenaient pas mon point de vue, et je devais faire un effort pour comprendre le leur. »

En cette période où les relations étaient teintées d’amertume, Nathalie Loiseau tentait de créer un pont entre les deux pays en usant de son influence. Avec pondération, elle a fait face aux accusations et aux insultes américaines dirigées contre la France. Son supérieur à cette époque, l’ambassadeur français à Washington Jean-David Levitte la décrivait comme une personne « calme » et « sereine ». Durant un entretien avec le journal français Libération, celui-ci a déclaré : « Bush, le Congrès et le troisième pouvoir [les médias] étaient contre nous. Et tout le monde nous disait d’être patients. Avec Nathalie, qui était chargée des communications, nous avons décidé de répondre. Et nous avons gagné. » Avec l’aide de sa porte-parole, Jean-David Levitte écrivit une lettre au Congrès américain, déplorant les déclarations inexactes sur la France dans les médias américains, citant plusieurs mensonges et leurs auteurs par leur nom.

Nouvelle « victoire », Nathalie Loiseau est récemment devenue ministre des Affaires européennes du cabinet d’Emmanuel Macron. Dans son nouveau rôle, Nathalie Loiseau collaborera avec Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères et européennes, pour gérer les relations de la France avec l’Union européenne et les représenter devant le reste du Conseil des ministres, le président et le premier ministre français. Elle sera aux premières lignes des questions internationales, comme la crise des migrants, l’économie européenne et la sécurité. A ce poste, elle pourra s’appuyer sur ses connaissances acquises à l’étranger, son talent à calmer les tensions et son rapport avec d’importants dirigeants français pour assister le nouveau gouvernement français.

« Au sein de l’Union européenne, il existe de nombreux sujets de convergence avec les Etats-Unis, mais aussi des désagréments et des différences culturelles, avec des questions comme le changement climatique ou les négociations avec le président Trump. Cela est aussi vrai pour la diplomatie », souligne-t-elle par rapport à sa nouvelle relation avec les Etats-Unis. « L’accueil fait aux troupes américaines en 1944 reste vivace dans la mémoire de la génération de mes parents. Il est absolument crucial que l’Europe et les Etats-Unis chérissent leur alliance parce que cette sorte de lien est inaltérable. »

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