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Se souvenir des Américains tombés en France

Installée en région parisienne, une agence gouvernementale américaine fondée en 1923 préserve la mémoire des 67 629 soldats américains tués pendant les deux guerres mondiales et enterrés en France.

Les cent cinquante élèves de l’école primaire de Charly-sur-Marne achèvent leur visite du cimetière américain du Bois Belleau. Le lieux retrouve son calme habituel. Dix-sept hectares d’herbe verte à mi-chemin entre Paris et Reims, ce cimetière militaire accueille près de deux mille visiteurs par mois de mai à novembre, principalement des groupes scolaires et quelques touristes de passage. Les visiteurs se font plus rares après le 11-Novembre. « Cimetières militaires et vacances en famille ne font pas très bon ménage », ironise Shane Williams, le surintendant américain. « C’est dommage ; il y a neuf beaux cimetières américains rien qu’entre Paris et Strasbourg ! »

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis ont reçu de la part des pays alliés des parcelles de terre pour enterrer leurs morts. Dix cimetières ont été créés : huit en France, un en Belgique et un en Angleterre. Propriétés perpétuelles du gouvernement américain et exempts d’impôt, ces lieux de mémoire ont été confiés aux soins de l’American Battle Monuments Commission (ABMC). Cette agence gouvernementale fondée en 1923 entretient aujourd’hui, toutes guerres confondues, vingt-six cimetières et trente-cinq monuments sur quatre continents. Soit 139 855 sépultures dont plus de quarante pour cent se trouvent sur le sol français.

« Nous sommes une agence franco-centrique », précise John Wessels, le responsable de l’ABMC en Europe. La Commission siège à Arlington, en Virginie, mais possède des bureaux à Garches, à l’ouest de Paris. Un part importante de son budget annuel est dédiée à l’entretien des douze cimetières et seize monuments français commémorant les deux guerres mondiales. Deux cent cinquante-cinq personnes sont employées par l’ABMC en France — et payées en dollars —, dont trente Américains.

3 349 soldats sous sa responsabilité

Shane Williams est originaire de l’Etat de Washington. Vétéran de l’U.S. Air Force, il a rejoint l’ABMC en 2009. Il a d’abord travaillé au cimetière américain de Colleville-sur-Mer en Normandie, puis au cimetière américain d’Epinal dans les Vosges, avant d’arriver dans l’Aisne en 2015. Il supervise aujourd’hui le cimetière du Bois Belleau et les deux monuments américains voisins : le mémorial des Marines et le monument de Château-Thierry.

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© ABMC

L’Américain honore la promesse faite aux familles il y a près d’un siècle. A la tête de treize employés français — dont la majorité sont des « cols verts », des horticulteurs et des jardiniers —, il entretient les stèles de marbre blanc, les parterres de fleurs, les pelouses et les bosquets. Il hisse les deux drapeaux américains à 9 heures et les descend à 17 heures. Il reçoit les visiteurs, préside aux cérémonies de commémoration aux côtés des officiels français et préserve le souvenir des 3 349 soldats sous sa responsabilité.

La majorité des Américains enterrés au cimetière de Bois Belleau sont morts pendant les combats de juillet et août 1918 pour la Champagne et la Marne. Ils avaient une vingtaine d’années, estime Shane Williams. Originaires de l’Etat de New York, de la Pennsylvanie, du Massachusetts, de l’Illinois, de l’Ohio, du Michigan ou du Wisconsin, la plupart d’entre eux n’avaient jamais quitté les Etats-Unis avant de s’engager dans l’armée.

« Egaux dans la mort »

Lorsqu’il accompagne un groupe de collégiens français ou de vétérans américains, le surintendant passionné d’histoire aime se rendre sur la tombe du brigadier général James McIndoe puis sur celle du soldat de seconde classe Willie Wise. Le premier est un officier blanc natif du Maryland, diplômé de West Point et décoré de la Légion d’honneur. Le second est un biffin noir originaire de Caroline du Sud, engagé dans un régiment ségrégé. Les deux soldats ont survécu à la guerre. Ils sont morts de la grippe espagnole dans les premiers mois de 1919 et reposent désormais à quelques pas l’un de l’autre.

« Nos cimetières militaires n’ont pas de carrés réservés aux officiers, aux Afro-Américains, aux femmes ou aux Juifs », commente Shane Williams. « Des raisons très variées ont conduit ces soldats à venir se battre en France, mais ils sont égaux dans la mort. »

  • The Dixon Collection at Princeton University’s Firestone Library is named after William Boulton Dixon, who died in France on October 17, 1918, and is buried in the Oise-Aisne cemetery. His friends donated money to Princeton to start a fund to buy books about foreign policy. The Dixon Collection is the crown jewel in a library that is one of the great wonders of the world.

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