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« Returning to Reims » : un essai de Didier Eribon sur scène à New York

En réaction à l’élection de Donald Trump, la célèbre actrice Nina Hoss (Homeland) a puisé dans l’essai du philosophe français Didier Eribon pour créer la pièce Returning to ReimsElle sera sur scène avec la compagnie de Thomas Ostermeier jusqu’au 25 février au St. Ann’s Warehouse de Brooklyn. 

A la mort de son père, Didier Eribon reprend contact avec sa famille et le monde ouvrier du nord de la France. Un univers qu’il avait mis à distance pendant trente ans, en raison notamment de son homosexualité. Tout en analysant la honte sociale que lui procurent ses origines, le professeur se rend compte que la classe ouvrière, autrefois fièrement communiste, s’est tournée vers l’extrême-droite.

France-Amérique : Votre essai Retour à Reims est sorti en 2009. Dix ans plus tard, il inspire une pièce de théâtre. Pourquoi ce texte est-il toujours d’actualité ?

Didier Eribon : Je n’ai pas écrit Retour à Reims comme un livre ancré dans une actualité particulière. Je voulais restituer l’histoire de ma famille et du milieu social dans lequel je suis né et dans lequel j’ai vécu mon enfance et mon adolescence : la classe ouvrière pauvre du nord de la France. Il s’agissait pour moi d’une contribution aux sciences sociales et à la théorie critique. Mais c’était aussi une tentative pour comprendre notre présent. En prenant l’exemple de ma famille, j’analyse la manière dont le vote des classes populaires françaises s’est déplacé de la gauche vers l’extrême-droite à partir du milieu des années 1980. Avec la montée des partis d’extrême-droite en France, en Allemagne, en Autriche, et avec le Brexit en Grande-Bretagne, Retour à Reims est entré en résonance avec l’actualité européenne. Mon livre a pris au fil des années une signification plus politique.

Vous évoquez la montée des partis d’extrême-droite en Europe. Or, après avoir été présentée à Berlin et à Manchester, la pièce Returning to Reims se joue désormais à New York. Votre histoire et la mise en scène de Thomas Ostermeier peuvent-elles toucher un public américain ?

J’ai voulu remettre la question des classes sociales au cœur de la perception politique et du débat intellectuel. Mon livre propose des analyses qui peuvent être utilisées pour parler d’un grand nombre de pays, et une grille d’interprétation qui a trouvé une grande résonnance ailleurs qu’en France. J’évoque les problèmes de la destitution économique, sociale et culturelle des classes populaires blanches, leur sentiment d’être les « laissées pour compte » des politiques néo-libérales, leur révolte contre le « système » et « l’establishment »… Bref, tout ce qui les amène à se tourner vers les populismes nationalistes et racistes. Cela vaut autant pour la France et l’Europe que pour les Etats-Unis. Dans quatre Etats de la Rust Belt, une région victime du chômage et de la précarisation, les électeurs se sont abstenus ou ont voté pour Trump parce qu’ils ne se reconnaissaient plus dans la candidate démocrate.


Sur scène, votre essai prend la forme d’un documentaire auquel vous avez véritablement participé. La pièce se déroule lors de l’enregistrement de la voix off par Nina Hoss. Que pensez-vous de cette adaptation ?

Returning to Reims est un spectacle que Thomas Ostermeier a créé avec Nina Hoss plutôt qu’une adaptation de mon livre au sens strict. J’ai trouvé que le résultat final était splendide. Nina Hoss est, comme l’ont dit plusieurs journaux, « magnetic ». L’accueil si chaleureux du public lors de la création à Manchester en juillet dernier puis lors de la première allemande à Berlin en septembre atteste que c’est une grande réussite.

« Returning to Reims »
Du 4 au 25 février
St. Ann’s Warehouse
45 Water Street
Brooklyn, NY 11201
www.stannswarehouse.org

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