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Stand-up comedy : « Les Français n’ont rien à envier aux New-Yorkais »

Discipline américaine par excellence, le stand-up est apparu il y a une quinzaine d’années en France, révolutionnant les codes de l’humour sur scène.

« Vous connaissez la blague du mec qui part aux Etats-Unis avec un dollar et travaille si dur qu’il acquiert une fortune ? Eh bien moi, je suis arrivé ici avec une fortune… » Les rires fusent. Sur la scène du Joe’s Pub à Manhattan, Gad Elmaleh se félicite du succès de sa blague.

L’humoriste franco-marocain est l’un des rares étrangers à connaître le succès aux Etats-Unis. Célèbre en France, où on le compare volontiers à Jerry Seinfeld, il n’a pourtant pas échappé à un passage obligatoire : repartir de zéro dans les comedy clubs américains, où des dizaines d’anonymes viennent chaque soir tester leurs dernières saillies. C’est l’école de l’humour américain.

Un laboratoire de talents à New York

Le terme « stand-up » est difficilement traduisible. Sans autre accessoire qu’un micro, les humoristes se succèdent sur la scène du Broadway Comedy Club, du Comedy Cellar ou du Gotham Comedy Club. Cette discipline, née à New York à la fin des années 1940, a lancé la carrière de Woody Allen et de Chris Rock. Mais aussi celle de Richard Pryor, Robin Williams, Ellen DeGeneres, Whoopi Goldberg, Eddie Murphy et Jim Carrey.

« Un an de stand-up à New York vaut dix ans dans une autre ville des Etats-Unis », a-t-on coutume de dire. Car malgré l’intimité de ces salles, le public est difficile et les concurrents nombreux. Chaque performance dure cinq à dix minutes et les blagues s’enchaînent sans interruption. La chute (ou « punchline ») doit faire mouche à chaque fois. Le « quatrième mur » n’existe pas : les comédiens interagissent directement avec le public.


« Ici, des stars comme Amy Schumer, Kevin Hart ou Sam Morril n’hésitent pas à monter sur scène pour cinq minutes », explique Anthony Winszman, expatrié français qui fait ses armes dans les clubs américains. « C’est moins le cas en France : si quelqu’un sort du lot, il devient professionnel et écrit rapidement son propre spectacle d’une heure et demie. »

L’effet « Jamel »

L’arrivée du stand-up en France est récente : il a fallu attendre l’humoriste franco-marocain Jamel Debbouze, le lancement en 2006 de son émission Jamel Comedy Club et l’ouverture en 2008 de son théâtre sur les Grands Boulevards à Paris. « On est tous des Américains », lance le maître de cérémonie lors du premier spectacle au Comedy Club. Son programme popularise en France le stand-up américain, moins écrit et moins structuré que le « one-man show » à la française.

Parmi les artistes lancés par l’émission : Thomas N’Gijol, Frédéric Chau, Khyan Khojandi ou encore Blanche Gardin, récompensée en 2018 d’un Molière de l’humour. Dans le microcosme français comme dans la tradition américaine, le stand-up est une affaire de minorités. L’équipe de Debbouze favorise l’émergence de talents venus des banlieues, les New-Yorkais se moquent de leur origine ethnique.

Ce format novateur plaît au pays de la comédie. Depuis 2008, les écoles de stand-up et les comedy clubs se multiplient dans la capitale. On peut désormais se produire tous les soirs à Paris et au-delà : des clubs ont été créés à Nantes, à Bordeaux, à Lille et à Strasbourg.

Des codes différents

Pour se faire un nom à Paris, le New-Yorkais Sebastian Marx a dû reprendre des cours de théâtre. « Aux Etats-Unis, on se forme à l’écriture des blagues ; en France, on travaille principalement son jeu de scène », se souvient-il. Si le stand-up américain est un exercice principalement mental, les spectacles d’humour en français requièrent plus de physique. Le modèle du « one-man show » est davantage basé sur l’interprétation de personnages, l’imitation, le comique de situation et des sketchs longs de plusieurs minutes.


« Aux Etats-Unis, le texte est très important », explique Anhony Wiszman. « Il faut être efficace et rapide. On n’a pas le temps de structurer une blague, il faut aller droit au but. La langue impose un sens de l’efficacité. » L’approche reste différente : les Français usent davantage du sarcasme et du second degré, les Américains adorent les clichés et l’autodérision. Rares sont ceux qui montent sur scène sans se dénigrer dès les premières phrases.

Selon le comédien français Michaël Sehn, fondateur en 2016 du French Comedy Festival à New York, « il y a de moins en moins de différences entre le stand-up des Américains, qui sont les maîtres en la matière, et celui des Français, qui n’ont plus rien à leur envier. L’écart se réduit et les sujets commencent à se ressembler. » Son conseil aux Français qui veulent percer aux Etats-Unis ? « Jouer de son accent sans s’enfermer dans le rôle de l’outsider. C’est le piège de jouer le rôle de l’expatrié ! »

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