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Les 177 Français du Jour J

Le 6 juin 1944 à l’aube débarquèrent sur les plages normandes 57 500 soldats américains, 58 815 Britanniques, 21 400 Canadiens… et 177 Français ! Un petit commando d’élite longtemps oublié par la grande histoire.

« Quatre heures trente, branle-bas, café, le dernier avant la France. La nuit se dissipe lentement, nous avons le souffle coupé par ce qui nous entoure. A perte de vue, l’armada se déploie, des milliers de bâtiments, de toutes les formes, de tous les tonnages. Tous ces navires dansent, tanguent, roulent, selon leur tenue en mer. Nous ne devons plus être loin de la côte. »

Ce sont les mots du matelot René Goujon, consignés dans son carnet et publiés à titre posthume en 2004. Au matin du 6 juin 1944, il s’apprête à rentrer en France avec 176 de ses compatriotes. Ils ont quitté leur pays pour échapper à l’occupation allemande et ont rejoint l’Angleterre, certains ont fait de la prison en Allemagne ou en Espagne, la plupart ont tout juste vingt ans. Ils forment le 1er bataillon de fusiliers marins commandos, placé sous commandement anglais. Leur objectif pour le Jour J : s’emparer de la petite ville de Ouistreham, sur le flanc est de l’invasion alliée.

Kieffer, le banquier devenu soldat

L’idée d’unités étrangères dans l’armée britannique remonte à 1942 : des pays envahis par l’Allemagne — France, Belgique, Pays-Bas, Norvège, Danemark, Pologne, Yougoslavie — affluent des centaines de soldats déterminés à poursuivre le combat. Philippe Kieffer, ancien banquier à Haïti et officier de la Marine nationale, arrive en Angleterre après l’évacuation de Dunkerque en juin 1940 et obtiendra de créer une unité de commandos français.

Une trentaine de volontaires arrivent au château d’Achnacarry, dans les Highlands écossaises, en avril 1942. Le cadre est austère, la vie spartiate et la formation exigeante : course à pied, maniement des armes et des explosifs, combat au corps à corps et assaut à balles réelles, mais aussi escalade et exercices de débarquement à bord de petites embarcations. La remise du béret vert, qui se porte « à l’anglaise », incliné sur l’oreille gauche, couronne douze semaines d’entraînement.

Les premiers volontaires du commando Kieffer, 1942.

Les commandos français en Ecosse. © Imperial War Museum

Les commandos français, que salue le général de Gaulle à Londres le 14 juillet 1942, prendront part à plusieurs raids de reconnaissance sur les côtes normandes avant le Débarquement. Quelques semaines avant le Jour J, les 177 Français reçoivent leur insigne : un écu de bronze sur lequel figurent la dague des commandos, un voilier à deux mâts, symbole de l’aventure, et l’emblème des Forces françaises libres, la croix de Lorraine.

Les premiers sur « Sword Beach »

Les Français sont affectés à la plage de Colleville-sur-Orne, dans le Calvados. A 7h32, ils sont parmi les premiers soldats alliés à débarquer à « Sword Beach ». Une trentaine de soldats seront tués ou blessés sur la plage. « Le sable paraît bouillonner sous les balles et les éclats », se souviendra René Goujon. « Un char Churchill des pionniers du East Yorkshire débarqués quelques minutes avant nous et qui devaient nous pratiquer une brèche dans les défenses rapprochées, a été touché d’un coup direct et, de sa tourelle en flammes, un homme, en flammes lui aussi, s’extrait en hurlant. »

Puis c’est l’avancée vers le port de Ouistreham, où les Français doivent s’emparer de l’ancien casino et neutraliser une batterie allemande qui pilonne les troupes alliées débarquées plus à l’ouest. Une bataille immortalisée en noir et blanc dans le film américain Le jour le plus long en 1962. Philippe Kieffer servira de conseiller militaire sur le tournage et l’acteur français Christian Marquand, qui donnait la réplique à Brigitte Bardot dans Et Dieu… créa la femme, jouera son rôle.

Cérémonie le 6 juin 2019

Au soir du Débarquement, les commandos français ont fait la jonction avec les troupes britanniques et occupent le village d’Amfreville, sur la rive droite de l’Orne. Le groupe a perdu 25 % de son effectif — 10 morts, 36 blessés — mais restera au front jusqu’au 27 août 1944. Après la bataille de Normandie, les Français prendront part à la libération du port d’Anvers en Belgique et accompliront plusieurs missions de reconnaissance en Allemagne.

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Le matelot Jean Priez à Amfreville le 10 juin 1944. © Musée des fusiliers marins

Soixante-quinze ans après ses faits d’armes, le « commando Kieffer », comme on le surnomme aujourd’hui, ne compte plus que trois survivants : Jean Morel, Hubert Faurel et Léon Gautier. Emmanuel Macron leur rendra hommage au cours d’une cérémonie à Colleville-sur-Orne (aujourd’hui Colleville-Montgomery) le 6 juin 2019 à 16h30 (heure locale). « Nous souhaitons honorer les vétérans français », a indiqué la secrétaire d’Etat aux Armées, « le commando Kieffer en particulier mais également les résistants locaux, et tous ceux qui ont participé ou subi la bataille de Normandie ».

  • I remember this day well and will never forget it. I was 8 1/2 years old. My mother was sitting on the porch shelling peas, tears running down her cheek. I asked her why she was crying and she said, « the Americans have landed. » I did not know what she was talking about and did not want to ask. I just sat next to her and helped her shell the peas.

  • Merci beaucoup pour ces informations que trop de gens ignorent, y compris moi. A l’époque, j’habitiais dans le Lyonnais. J’avais 8 ans et demi et je me rappellerai toujours ce matin-là. Ma mère écossait des petits pois sur le perron et de grosses larmes coulaient le long de ses joues. Je lui ai demandé pourquoi elle pleurait. Elle m’a dit : « Les Américains ont débarqué ». Je ne savais pas de quoi elle parlait et ne lui ai pas posé la question. Tout simplement, je l’ai aidée à écosser les petits pois. 75 ans plus tard, je revis cette journée. Et je suis à la fois heureuse et en colère que l’on vienne seulement d’apprendre que des Français ont débarqué avec les troupes britanniques et américaines. Je suis furieuse que la télé américaine n’a pas communiqué cette information.

  • Poutine n’a pas été invité, alors que factuellement la Russie est le pays ayant le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie. On ne parle pas non plus des milliers de viols et assassinats commis par des GI’s en France. L’armée d’Afrique du géneral Juin a d’ailleurs commis des atrocités similaires en Italie. Une Italienne m’en avait parlé, et effectivement, c’est une réalité historique. C’est pourquoi ces commémorations me dérangent : la guerre y est présentée comme une sorte de balade romantique. Au lieu d’honorer la guerre, ne vaudrait-il pas mieux honorer les victimes civiles de la guerre, toutes nationalités confondues ?

  • Merci pour cet article intéressant dont le contenu devrait absolument être enseigné dans les écoles. Un rappel précis de l’histoire est particulièrement utile en ce moment. Effectivement, on parle principalement du débarquement des soldats américains sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. On oublie trop souvent les soldats britanniques, plus nombreux, le nombre important de soldats canadiens et le commando français repris de cet article. J’adresse, à tous, mon respect et ma gratitude, ainsi que ma tristesse pour tous les civils qui ont perdu la vie, notamment ceux de ma famille. Aucune guerre n’est propre, je préférerais célébrer les héros de la paix. Espérons.

  • I am grateful to all the brave souls who fought and died on D-Day! Giving thanks does not seem much compared to their sacrifice. God bless them all!

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