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L’alliance des universités françaises et américaines

Le programme Alliance, une association entre Columbia University à New York et trois institutions françaises — l’École Polytechnique, Sciences Po et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne —, a permis de remettre 700 doubles diplômes au cours des dix dernières années. Chacun de ces diplômés a effectué la moitié de ses études à Paris et l’autre moitié à New York, et leur formation est, à part égale, le fruit de l’éducation des deux pays.

Le programme Alliance est né en 2002 lorsque les quatre universités ont établi un partenariat mettant en place des échanges universitaires et des double cursus. En 2007, le gouvernement français a participé à la création d’un fonds qui a fourni à ce partenariat les ressources supplémentaires pour financer des chaires de professeurs invités et des subventions conjointes de recherche. En 2013, ce fonds comptait plus de trois millions de dollars. Alessia Lefébure, directrice du programme Alliance pendant six ans, s’est récemment entretenue avec nous à New York, juste après avoir quitté son poste pour prendre la direction des affaires académiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Paris et à Rennes.

L’ancienne directrice du programme Alliance, Alessia Lefébure.

France-Amérique : pouvez-vous brièvement nous expliquer en quoi consiste ce programme ?

Alessia Lefébure : Le partenariat inclut tout ce que deux universités peuvent organiser en commun : échanges, doubles diplômes, recherche, professeurs invités, encadrement conjoint de doctorants et même échange entre les membres du personnel. Par exemple, la division de communication de Sciences Po s’est rendue à New York pour observer le fonctionnement de l’équipe de communication de Columbia University, la façon dont elle gérait la presse, communiquait avec les étudiants et faisait usage de la vidéo.

En quoi la relation entre la France et les États-Unis rend-elle cette collaboration possible ?

Tout d’abord, dans le milieu académique, la France a un poids historique qui fait défaut à d’autres pays. Dans les années 1950, 1960 et 1970, les Français exerçaient une grande influence culturelle sur les Américains. Nombre de professeurs chevronnés sont encore influencés par les textes qu’ils ont lus sur la France par le passé. La deuxième raison est que traditionnellement, le gouvernement français favorise une approche verticale descendante. Le gouvernement français a co-fondé ce programme pour maintenir un soft power en Amérique. Si le système d’enseignement supérieur français est visible aux Etats-Unis, cela favorisera la collaboration militaire, économique, etc.

Pourquoi ces quatre universités collaborent-elles si bien les unes avec les autres ?

Tout en étant très différentes, Columbia University, l’École Polytechnique, Sciences Po et l’Université Paris 1 partagent un souci d’excellence. Chacune essaie d’attirer les meilleurs étudiants et professeurs. Elles se veulent avant-gardistes et toujours à la pointe. Et bien sûr, toutes les quatre attachent une grande importance à leur programme international.

Columbia-Alliance-Program

Le campus de Sciences Po à Paris.

Ces universités fonctionnent-elles de façon différente ?

Le rôle du système public est plus important en France qu’aux Etats-Unis. La plupart des universités françaises sont financées par l’Etat et le gouvernement participe à leur gouvernance. Au contraire de la France, les Etats-Unis n’ont pas de ministre de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, la plupart des établissements français ne sont pas libres de fixer leurs frais de scolarité ni de choisir les critères de sélection de leurs étudiants. Ils sont forcés d’accepter presque tous les étudiants qui se présentent. Leurs professeurs sont des fonctionnaires et en tant que tels, ils ne peuvent pas négocier leur contrat. Il s’agit là d’un obstacle de taille, qui empêche les universités françaises d’intervenir sur le marché international de l’éducation supérieure. En raison de leurs réglementations nationales, les Français ne réussissent pas toujours à répondre aux attentes d’une population estudiantine qui compare services, renommées et professeurs dans le monde entier. Par exemple, ils ne peuvent pas offrir de salaires supérieurs pour attirer des professeurs de renom. D’où l’importance d’un partenariat comme le nôtre.

Que retirent les étudiants de ces deux systèmes différents ?

De nombreuses universités américaines estiment offrir une ouverture internationale parce que leurs professeurs viennent d’autres pays, leurs programmes et leurs étudiants sont internationaux. Par conséquent, elles n’encouragent pas les études à l’étranger. Toutefois, si vous ne fréquentez pas d’autres systèmes, vous ne comprendrez pas vraiment que le monde peut être différent de celui que vous connaissez dans votre propre pays. La seule façon d’appréhender la différence et d’apprendre à poser un regard critique sur les cours enseignés dans votre pays, vos parents et les personnes qui vous entourent est de se rendre à l’étranger. Les étudiants peuvent alors réévaluer leurs croyances ou les renforcer, mais ils le font en connaissance de cause. Il existe aussi des raisons tout à fait pratiques d’encourager les études à l’étranger comme l’acquisition de langues étrangères, particulièrement pour les étudiants qui envisagent une carrière internationale.

Comment voyez-vous le futur de ce partenariat ? Pensez-vous qu’il va se développer ou est-ce préférable qu’il reste l’apanage d’un petit nombre ?

Nous avons été sollicités par des universités en Asie et en Europe pour élargir notre programme. Mais peut-être que le futur n’est pas que ce partenariat se développe, mais plutôt que d’autres universités s’inspirent de cet exemple pour créer d’autres partenariats avec d’autres écoles. Il peut constituer un modèle pour les autres établissements.

 

 

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