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L’essor des filières bilingues à New York (1/3) : L’histoire de Giselle McGee

Dans cette série de trois articles consacrés au bilinguisme, Fabrice Jaumont, pédagogue et auteur de l’ouvrage La révolution bilingue : Le futur de l’éducation s’écrit en deux langues, revient sur la création des premières classes d’immersion anglais-français à New York.

En avril 2006, trois mères déterminées firent irruption dans le bureau de Giselle Gault-McGee, directrice de l’école primaire P.S. 58 dans le quartier de Carroll Gardens à Brooklyn. Leur objectif : la persuader qu’un programme extra-scolaire en français méritait d’être ajouté à son établissement. A l’instar de Catherine Poisson, Anne-Laure Fayard et Mary-Powel Thomas, beaucoup de parents d’élèves du quartier cherchaient alors un moyen d’entretenir le français de leurs enfants en dehors du cadre familial. Ils étaient loin de se douter que leur discussion conduirait à la création, en 2007, de la première filière bilingue anglais-français dans une école publique new-yorkaise.

On compte aujourd’hui dix programmes publics d’immersion anglais-français à New York et une vingtaine d’écoles privées qui accompagnent les élèves de la crèche à la terminale. Mais le bilinguisme n’a pas toujours séduit les écoles et les familles.

Giselle Gault-McGee parlait parfaitement français jusqu’à l’âge de cinq ans. Originaire de Staten Island, sa mère est née à Toulouse et ses grands-parents sont issus du nord de la France. En maternelle, elle annonça à sa mère qu’elle ne parlerait plus le français puisqu’aucun de ses camarades ne connaissait la langue. C’était en 1960. Les immigrants récemment installés cherchaient à s’intégrer plutôt qu’à préserver leur culture. Les écoles primaires ne proposaient pas encore de filières bilingues. Les enfants d’immigrés faisaient souvent le choix d’abandonner leur langue maternelle au profit de l’anglais. C’est ainsi que Giselle Gault-McGee cessa de parler français. Une histoire courante aux Etats-Unis à cette époque.

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Giselle Gault-McGee en 2010. © Jonas Cuénin

S’inspirant de cette expérience, Giselle Gault-McGee, devenue entre-temps directrice de l’école primaire de Carroll Gardens, a créé une filière bilingue francophone dans son établissement. Sa décision a ouvert la voie à d’autres initiatives similaires. A Brooklyn et dans d’autres quartiers de la ville, d’autres parents d’élèves se sont organisés. Ils ont contacté l’école de leurs enfants et ont proposé de créer une classe bilingue à l’échelle de leur communauté. Les médias francophones ont relayé leurs efforts. D’autres acteurs ont apporté leur soutien au mouvement : des fondations philanthropiques comme la FACE Foundation, les Services culturels de l’ambassade de France, ou encore Education en Français à New York (EFNY), une association de bénévoles dont la mission est d’offrir des activités extra-scolaires et des programmes bilingues dans les écoles publiques de la ville. En un laps de temps très court, les classes bilingues se sont multipliées à New York et ont essaimé dans d’autres villes américaines.

A ce jour, on compte des filières bilingues dans les écoles publiques de New York à la Californie en passant par le Kentucky, le Texas, l’Arizona et l’Utah. Educateurs et chercheurs voient le programme créé à l’école P.S. 58 de Brooklyn comme un modèle pour l’éducation bilingue au XXIe siècle : une filière de qualité et accessible à tous les élèves quelle que soit leur origine, leur milieu linguistique ou socio-économique.

Pour son engagement en faveur du bilinguisme, Giselle Gault-McGee a été décorée de l’insigne des Palmes académiques. La directrice d’école est décédée la veille de Noël en 2017, mais il ne fait aucun doute que grâce à son travail, des milliers d’enfants aux Etats-Unis grandiront en parlant français !


=> Une conférence sur le plurilinguisme aura lieu le samedi 6 octobre 2018, de 9 à 13 heures, à l’Assemblée nationale à Paris. Fabrice Jaumont interviendra sur le rôle des parents dans la création de filières bilingues.

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