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Le peintre Martial Raysse de retour aux Etats-Unis

Cinquante ans après avoir quitté la scène pop art américaine, le peintre français Martial Raysse expose ses « Visages » à la galerie Lévy Gorvy de New York.

« Revenir ici, c’est comme rendre visite à un vieil ami. » A 82 ans, le peintre figuratif Martial Raysse est de retour en Amérique. Figure fondatrice du nouveau réalisme, il aurait pu être l’Andy Warhol français, si l’histoire de l’art ne l’avait pas injustement oublié.

Né dans le Sud de la France en 1936, Martial Raysse est le fils de deux Résistants et grandit pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans les Sixties, comme de nombreux artistes des deux côtés de l’Atlantique, il s’inspire de la culture de consommation de masse pour créer.

America, America Martial Raysse Palazzo Grassi

« America, America » (1964)

Avec Yves Klein et Armand, cet autodidacte fonde l’Ecole de Nice, dont le seul manifeste est le rejet de tout académisme. « J’ai fait des œuvres pop art plusieurs années avant que le pop art n’existe », aime-t-il rappeler. Ses portraits de femmes affublées de lunettes en néon, ou sa sculpture lumineuse « America, America » (1964), s’exposent à côté de toiles signées Roy Lichtenstein ou Andy Warhol. Dès 1963, il part s’immerger dans cette scène naissante à New York puis à Los Angeles. Les révoltes étudiantes de mai 1968 le rappelleront à Paris.

Du pop art à l’art figuratif

En dépit de son succès aux Etats-Unis, Martial Raysse délaisse le pop art, qu’il juge « trop facile ». De retour en France, il étudie les œuvres des grands maîtres classiques, réalistes et romantiques. Pour la critique et auteur américaine Jane Livingston, ce choix illustre la division entre « l’optimisme et l’énergie » des artistes américains qui utilisaient l’abstraction de la consommation de masse, face à « l’anxiété » des Français, qui lui préfèrent l’art figuratif.

« Made in Japan » (1964)

Martial Raysse développe un style qui dénote avec les tendances du marché de l’art. Sous ses pinceaux, « La Grande Odalisque » d’Ingres devient une figure lascive, verte et moqueuse (« Made in Japan »). S’il représente la France lors de la biennale de Venise de 1966, son nom tombe dans l’oubli jusqu’à ce que le milliardaire François Pinault s’intéresse à lui et achète plusieurs de ses œuvres. Les années 2000 sont celles de la réhabilitation, avec des rétrospectives au Palazzo Grassi de Venise, au Centre Pompidou et à la Luxembourg & Diana Gallery de New York.

L’exposition « Visages » de la galerie Lévy Gorvy regroupe une vingtaine de toiles récentes. Avec sa palette pop caractéristique, le peintre décompose la lumière et fait de ses personnages bleus ou roses des figures atemporelles, loin de l’exercice traditionnel du portrait. Ici, il ajoute un insecte sur les cheveux, « car chaque coléoptère a une symbolique particulière » ; là, c’est une fleur sur la bouche. Les titres oniriques de ses toiles — « Belle du ciel », « Ah ! D’accord l’extrême », « Songeuse Roxane » — sont à l’image de l’artiste qui se veut aussi poète. « C’est le métier du peintre que de faire rêver. »

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« Le Jour où Gilbert s’est noyé » (2012)

« Visages »
Du 28 février au 14 avril
Lévy Gorvy Gallery
909 Madison Avenue
New York, NY 10021
www.levygorvy.com

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