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La Révolution française fait son show sur Netflix

Epique, graphique, fantastique et résolument moderne, la série La Révolution, qui arrive sur Netflix en France et aux Etats-Unis le 16 octobre, offre une relecture tarantinesque de l’histoire de France et de la naissance de la démocratie.

L’inscription « Ni roi ni maître » est peinte sur les murs du château en flammes. Dans la cour d’honneur, les pavés sont couverts de neige et de cadavres, les grilles de fer forgé hérissées de têtes coupées. Un gentilhomme en habit vert tente de s’enfuir ; au rythme crescendo des clavecins électroniques, il est rattrapé par un mystérieux cavalier et décapité. Son sang, de couleur bleu marine, jaillit sur la neige. Un concentré d’ultraviolence tourné dans un studio hollywoodien ? Non, aux portes de Paris, au château de Fontainebleau.

Cette séquence sort de l’imagination d’un auteur de romans policiers né à Tarbes, dans le sud-ouest de la France. « Le film de Christophe Gans sur la Bête du Gévaudan, Le Pacte des Loups, m’a beaucoup marqué avec ses tricornes et son désir de faire quelque chose d’extrêmement graphique tout en s’inscrivant dans le registre du film de cape et d’épée », explique Aurélien Molas, 35 ans. « Le travail de Quentin Tarantino et la liberté qu’il prend avec l’Histoire, notamment dans Inglourious Basterds, m’a aussi beaucoup influencé. « 

Parce que La Révolution est une uchronie, comme les deux autres influences d’Aurélien Molas : Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro et la série coréenne Kingdom. A partir d’un contexte historique précis (le peuple français est oppressé par la noblesse), la série fait une embardée dans le domaine de la fiction fantastique pour raconter l’histoire d’un mystérieux virus qui contamine les puissants et d’une confrérie secrète en lutte contre la société de privilèges. « Je n’avais pas envie de commencer l’intrigue avec les évènements que l’on connaît tous, comme la prise de la Bastille. J’ai préféré créer un univers nouveau puis rapprocher la petite histoire romanesque de la grande histoire, de manière progressive. »

De la Bastille à Occupy Wall Street

La série, pensée en trois saisons chronologiques, commence donc en 1787. « Ce ne sont pas encore les prémices de la Révolution, mais il y a déjà une diffusion des idées des Lumières et des mouvements de contestation rurale », rappelle le scénariste. Dans le comté fictif de Montargis, les paysans et les ouvriers scandent les slogans anarchistes (et anachroniques) du XIXe siècle et citent « L’Internationale », chant révolutionnaire écrite pendant la Commune de Paris de 1871, presque un siècle après la prise de la Bastille. Une fusion des mouvements de révolte qui participe de l’uchronie.

 

« Les héros de la série portent des idéaux qui font la base de notre démocratie — les hommes naissent libres et égaux en droits — et leur combat, celui de la Révolution française, continue de résonner aujourd’hui », se défend Aurélien Molas. « Je voulais écrire une série qui adopte le point de vue de cette jeunesse qui s’attaque au plus gros plafond de verre qui soit : la monarchie et les privilèges. » C’est ainsi qu’un personnage en haillons anticipe le mouvement Occupy Wall Street, né à Manhattan en 2001, lorsqu’il déclare : « Les nobles ne sont que 1% et pourtant, ils déteignent 99 % des richesses ».

Que les puristes se rassurent : la grande histoire n’a pas pour autant été sacrifiée. L’un des personnages principaux, un médecin, porte le nom de Joseph Guillotin, le député qui popularisera l’utilisation de la guillotine pendant la Révolution. Il évoque dans un épisode la vaccine, ou « variole de la vache », qui a donné son nom au vaccin moderne, et utilise un microscope similaire à celui développé par l’Anglais John Cuff en 1760. Et pour expliquer sa longue absence, un autre personnage déclare avoir participé à la guerre d’indépendance américaine aux côtés du marquis de La Fayette avant de passer plusieurs années en Louisiane.

Côté décors, La Révolution a été tournée dans plusieurs sites historiques de la région parisienne : le château de Vaux-le-Vicomte, le château de Fontainebleau ou encore l’abbaye cistercienne de Chaalis, dans l’Oise, propriété de la Fondation Jacquemart-André qui a prêté sa collection d’œuvres d’art. Les tableaux qui ornent les murs de la demeure des Montargis, l’inquiétante famille noble de l’intrigue, sont d’époque. « Un spectateur qui a envie de se laisser emporter par un univers, par une histoire, par des personnages et du spectaculaire sera heureux de voir la série », estime Aurélien Molas. « Mais encore une fois, c’est une uchronie. Si l’on veut l’histoire de la Révolution française, autant regarder un documentaire. Il en existe de très beaux. »

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