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En bande dessinée, l’envers de la Silicon Valley

En 2013, la dessinatrice française Laureline Duermael, son mari et sa fille quittent Metz et déménagent à San Francisco leur société de développement de jeux vidéo. L’expérience tourne rapidement au cauchemar. La Française commence à dessiner ses mésaventures sur un blog puis dans un premier album, Comme convenu, publiée en 2015. Une campagne pour financer un second album a récemment commencé en ligne.

France-Amérique : Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis pour développer votre start-up ?

Laureline Duermael : Nous avions fait un premier voyage aux Etats-Unis en 2010. Notre premier jeu, Doodle Grub, rencontrait alors ses premiers succès. Le pays nous avait fasciné par sa diversité et son dynamisme. Pour être visible des groupes meneurs dans le secteur des nouvelles technologies comme Facebook et Google, il nous fallait être présents dans la Silicon Valley. Nous nous sommes installés à Burlingame, entre Palo Alto et San Francisco, et nous sommes mis au travail sur notre deuxième jeu. Nos deux associés étaient en charge de lever des fonds. Mon mari s’occupait du codage avec deux stagiaires et je planchais sur le graphisme. Notre second jeu, Greedy Grub, est sorti en juin 2013 et nos problèmes ont commencé.

Moins de deux ans après votre arrivée en Californie, vous et votre mari étiez contraints d’abandonner votre société. Que s’est-il passé ?

Nous avons été naïfs. Nos deux associés sont devenus actionnaires majoritaires et ont pris le contrôle de notre start-up. Ils donnaient leur avis sur tout. Ils ont promis de nous rembourser les frais de déménagement et les achats de matériel. Ils ont promis de recruter un attaché de presse pour promouvoir la société. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. « Il faut nous serrer la ceinture en attendant le lancement du prochain jeu », nous répétaient nos associés en s’octroyant de confortables salaires. Sous-payés, nous partagions une maison avec les stagiaires. Nos visas E-2 d’investisseurs n’étaient valides que dans le cadre de l’entreprise. Empêchés de travailler ailleurs et sans le sou, mon mari et moi étions pieds et poings liés. Le succès de mon blog et de ma première bande dessinée, financée par les internautes, nous a permis de nous en sortir puis de demander une carte verte.

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Comme Convenu, 2015

Avez-vous rencontré d’autres familles françaises dans la même situation ?

Notre histoire est loin d’être un cas isolé. Lorsque j’ai commencé à illustrer nos déboires sur mon blog, les internautes ont été de plus en plus nombreux à partager leurs récits d’expériences similaires. Aux Etats-Unis, la législation est différente. Il est bien plus facile de licencier quelqu’un. Je me souviens de ce Français muté en Californie : il avait quitté la France avec sa femme et ses enfants et a été licencié quelques semaines après son arrivée. Ses employeurs ne lui ont donné aucun préavis. J’ai été licenciée par email : « Comme convenu, tu arrêtes de bosser ». C’est cette ligne qui a inspiré le titre de ma bande dessinée, Comme convenu.

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