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Une voiture, dernier refuge d’un Français aux États-Unis

Victimes collatérales de la crise profonde qui touche les États-Unis depuis quelques mois, les ressortissants français expatriés ne sont pas épargnés. Parmi eux, Roger Istrou, ancien capitaine de la marine de 71 ans a tout perdu et vit dans sa voiture, à New York.

La plaque d’immatriculation aux couleurs de la Floride affiche the sunshine state (« l’État ensoleillé ») : à New York, l’hiver se termine, le petit coupé Mazda vert foncé sans freins, dans lequel dort Roger Istrou depuis quelques mois, est garé dans une rue près de Harlem. Il y a entassé ses affaires, des cartons et des magazines : il dort assis, « recroquevillé », car il n’y a pas la place de s’allonger.

Ce Parisien a d’abord immigré à Montréal pour travailler dans une société pharmaceutique avant d’accomplir deux traversées de l’Atlantique à la voile en solitaire. Ces dernières années, il était installé sur son bateau, dans la marina de Miami, où il promenait PDG et touristes aisés sur son yacht de luxe, pour 1 000 à 4 000 dollars la journée, en leur faisant la cuisine. Une affaire qui roulait.

L’ouragan Andrew en 1992 a changé la donne en détruisant entièrement son bateau : il a ainsi dû contracter un prêt et des hypothèques auprès de l’État, qu’il n’a jamais pu rembourser. S’ajoutent à cela de graves problèmes de santé et plusieurs hospitalisations en 5 ans : après avoir vécu des années sans assurance, il est désabusé par l’exorbitant système de santé américain. « Aujourd’hui, je ne veux plus être hospitalisé, » explique t-il. Ayant accumulé plus de 200 000 dollars de dettes, le 3 octobre 2006, son bateau est saisi à Key West. « Ils m’ont tout pris », explique-t-il encore bouleversé.

Grâce à des petits boulots et une aide financière du consulat de Miami, il quitte la Floride, passe par Baltimore et Montréal et arrive finalement à New York en octobre 2008. Depuis, il y vit avec 700 dollars environ d’allocation par mois, avec une aide du consulat mais, remarque t-il, « ce n’est pas avec quelques centaines de dollars que l’on peut vivre à New York ». Une somme qui va être réévaluée par le consulat, mais insuffisante pour acheter les médicaments coûteux dont il a besoin et trouver un logement abordable.

Il passe ses journées à travailler sur un livre de mémoires et à prospecter, à la bibliothèque de l’université de Columbia, sous l’œil bienveillant des gardiens. « Sans eux, je serais mort depuis longtemps. » Une nuit par semaine il dort à Clifton, dans le New Jersey pour 46 dollars : « Le dimanche soir, c’est moins cher ». Une parenthèse nécessaire pour recharger ses batteries : « Après cinq jours dans la voiture, je n’en peux plus ». Il en profite pour rester 24 heures dans la chambre, « ils me connaissent et me donnent la meilleure du motel ». Pourtant, raconte t-il, « L’hiver a été dur ».

Roger Istrou dit qu’il a aujourd’hui besoin d’un « coup de pouce » pour se refaire, et réaliser son rêve, un tour du monde à la voile. En attendant, il a été interprète quelques jours et cherche un emploi dans la restauration ou la navigation.

C’est l’Entraide Française, une association new-yorkaise qui fonctionne avec le service social du consulat de France, qui a aidé Roger Istrou et d’autres Français en situation de crise. Michèle Altier, sa présidente, a récemment dû faire face à une « recrudescence » des demandes d’aides financières, « au moins 20 cas sérieux » depuis décembre 2008, liés à une perte d’emploi ou une baisse de revenus. Dans des périodes de crise, comme aujourd’hui, des recours, certes limités, existent pour les expatriés : il est possible de cumuler des bourses françaises et américaines, des aides au logement, des tickets repas et de bénéficier de prêts. « Tout le monde est pauvre dans cette crise, mais certains sont plus pauvres que d’autres, » soupire- t-elle.

Pour venir en aide à Roger Istrou :

Captain Roger H. Istrou
P.O. Box 250450
New York, NY 10025
Telephone: +1-954-263-2925
E-mail: FrenchSail@aol.com


Retrouvez nos portraits de Français dans la crise américaine

Envoyez-nous vos témoignages à : cgallot@francetoday.com

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