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La réalité virtuelle, le nouvel âge de l’image

Vivre un bombardement sur le marché d’Alep, purger une peine de prison dans une cellule d’isolement ou assister à la fonte de la calotte glacière au Groenland. Autant d’expériences déconcertantes que permet aujourd’hui la réalité virtuelle. Le Français Cédric Gamelin, originaire d’Angers, produit les films de Nonny de la Peña, pionnière de la réalité virtuelle et du journalisme immersif, fondatrice de la société Emblematic Group à Santa Monica en Californie.

France-Amérique : Qu’est-ce que la réalité virtuelle ?

Cédric Gamelin : La réalité virtuelle est une expérience immersive où l’utilisateur, équipé d’un casque vidéo et audio et d’une paire de manettes, évolue à sa guise au sein d’un environnement virtuel. Plongé dans un « jeu vidéo » convaincant, l’utilisateur a une expérience extrêmement proche du réel. La vidéo en réalité virtuelle se différencie de la vidéo à 360 degrés, qui permet uniquement à l’utilisateur d’observer ce qu’il y a autour de lui.

Comment une vidéo en réalité virtuelle est-elle créée ?

Il existe deux méthodes pour créer un film en réalité virtuelle. La première, la CGI [Computer-Generated Imagery] animation, consiste à générer l’ensemble de l’environnement virtuel — les décors et les personnages — à l’aide d’outils de modélisation 3D. Afin de donner un aspect réaliste aux personnages virtuels, les mouvements d’acteurs sont enregistrés grâce à des électrodes. La seconde technique, la vidéo volumétrique [volumetric video], utilise la photogrammétrie — une technique qui consiste à prendre en photo un espace de manière à reproduire cet espace en 3D en assemblant les photos — et la capture volumétrique [volumetric capture] — un système de 52 caméras filme une personne sous tous les angles, permettant de créer un hologramme qui est ensuite importé dans l’environnement virtuel.

Nonny de la Peña est l’une des pionnières du journalisme immersif. En quoi est-ce différent de la réalité virtuelle ? 

Le journalisme immersif se sert de la réalité virtuelle pour diffuser un contenu journalistique comme une enquête ou un reportage. Pour être le plus fidèle possible aux faits, ce type de réalité virtuelle requiert un important travail d’investigation préliminaire. A partir d’enregistrements de la police de Sanford en Floride, de témoignages et de plans du cadastre, par exemple, le film One Dark Night reconstitue la nuit de l’assassinat de Trayvon Martin en 2012. Le travail d’enquête a permis de recréer la chronologie des évènements.

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Sur le tournage du film en réalité virtuelle sur Mary Katherine Goddard.
©Emblematic Group

Parlez-moi de vos derniers projets.

Nous venons de terminer un film historique en réalité virtuelle sur Mary Katherine Goddard. Editrice et receveuse des postes à Baltimore au XVIIIe siècle, elle est la première à avoir imprimé la Déclaration d’indépendance américaine. Le film a été commandé par une commission du Congrès pour encourager l’ouverture de l’American Museum of Women’s History à Washington D.C. La réalité virtuelle est un excellent outil pédagogique ! Un autre de nos projets plongera l’utilisateur dans les six mètres carrés d’une cellule d’isolement reproduite à l’identique. Un ancien détenu de la prison de la Prison d’Etat du Maine, à l’isolement pendant cinq ans et demi, nous a aidé à recréer les conditions de détention. Dans le film, prévu pour 2017, il raconte son expérience en prison puis sa libération et sa réinsertion.

Pourquoi avoir choisi la réalité virtuelle pour traiter de ces sujets ? Qu’est-ce que la réalité virtuelle apporte à la vidéo classique ? 

Le cinéma attirant de moins en moins de spectateurs, la réalité virtuelle est un bon moyen de captiver l’attention du public. Comparable à l’apparition de la couleur dans les années 1930, la réalité virtuelle redonne de la magie à la vidéo et offre une expérience complète. Dans le cas d’un film classique, le spectateur est maintenu à distance, l’impact est moindre. La réalité virtuelle, par contre, abolit la barrière entre le sujet et le public. L’utilisateur est davantage touché. Lors de levée de fonds, par exemple, les dons sont généralement plus importants lorsque le public assiste à une projection en réalité virtuelle. La réalité virtuelle permet de ressentir ce que l’on ne pouvait que voir auparavant. C’est une révolution dans la perception de l’image et de l’information.

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