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Gel des visas : menace sur les écoles d’immersion en Louisiane

Le gel des visas J-1, décrété par Donald Trump le 22 juin dernier, menace les écoles d’immersion français-anglais de Louisiane, qui dépendent de ces permis de travail temporaires pour faire venir des enseignants francophones.

A Bâton-Rouge, la capitale de l’Etat de la Louisiane, l’inquiétude est palpable. Deux mille deux cents élèves pourraient être privés de cours si les 73 enseignants du programme Foreign Associate Teacher ne peuvent entrer aux Etats-Unis d’ici le mois d’août. La Louisiane dépend de ces professeurs étrangers. Dans les classes d’immersion française et espagnole, ils enseignent les sciences et les mathématiques dans leur langue maternelle et travaillent en binôme avec un enseignant anglophone. Depuis 1972, ils parent au manque d’enseignants d’immersion en Louisiane.

Cinquante-et-un instituteurs francophones devaient arriver à Bâton-Rouge le 1er août cette année : 38 Français, 9 Belges, deux Ivoiriens, une Nigérienne et un Camerounais. Ils devaient suivre une formation de quelques jours au siège du CODOFIL, le Conseil pour le développement du Français en Louisiane, avant de rejoindre l’une des 34 écoles bilingues français-anglais de l’Etat. C’était sans compter la proclamation présidentielle nº10052.

Sur ordre de Donald Trump, l’émission de certains visas de travail — dont le J-1, utilisé pour faire venir aux Etats-Unis des enseignants étrangers — est suspendue jusqu’au 31 décembre 2020. Une décision censée protéger les travailleurs américains, sévèrement touchés par la pandémie de Covid-19, qui met en péril l’avenir des programmes d’immersion en Louisiane.

L’angoisse de la rentrée

« Tout est en suspens », nous dit-on à l’école primaire de Mamou, une petite ville située à 80 kilomètres au nord-ouest de Lafayette. Le programme bilingue créé en 2017 attend cinq enseignants francophones. « Tous nos professeurs sont arrivés au terme de leur visa de deux ans et doivent être remplacés cet été », explique Michael Lombas, l’assistant superintendant du School Board de la paroisse d’Evangeline. « Cette suspension de visas porte un coup dévastateur à notre programme bilingue. » Au Lycée Français de La Nouvelle-Orléans, c’est 17 enseignants qui risquent de manquer à l’appel, soit un tiers de l’équipe éducative. « C’est catastrophique s’ils ne viennent pas », lance Peggy Feehan, la directrice exécutive du CODOFIL, l’agence en charge du recrutement.

Depuis plus de cinquante ans, enseignants, activistes, parents d’élèves et politiciens se serrent les coudes pour assurer la renaissance du français en Louisiane. Ce sont eux qui ont créé la première classe d’immersion bilingue de l’Etat, en 1983, dans une école primaire de Lake Charles. Et qui se battent aujourd’hui pour sauver le programme d’échange d’enseignants. « On ne nous a pas encore fermé la porte au nez », lance Peggy Feehan. « On a le pied dans la porte et on continue de pousser. »

Une lueur d’espoir : la proclamation présidentielle prévoit certaines exceptions. Selon le paragraphe 3.b.iv, les personnes « dont l’entrée aux Etats-Unis relève de l’intérêt national » ne seraient pas concernées par la suspension des visas. Une mesure qui concerne vraisemblablement les scientifiques engagés dans la lutte contre le coronavirus, mais qui pourrait aussi favoriser les enseignants d’immersion. L’interprétation est laissée au Secrétaire d’Etat et au Secrétaire à la sécurité intérieure.

Pour intervenir auprès de ces agences, le CODOFIL a fait appel à l’ambassade de France à Washington et au ministère français des Affaires étrangères. Le gouverneur et le lieutenant-gouverneur de la Louisiane ont écrit à Donald Trump. Et le 29 juin dernier, les députés de l’Etat ont signé une résolution enjoignant la délégation louisianaise au Congrès de « travailler » avec Donald Trump pour trouver une solution au problème des visas. Des démarches similaires sont en cours dans l’Utah, où les classes bilingues sont aussi très populaires : 12 enseignants francophones y sont attendus cette année. Environ 200 enseignants français seraient touchés par la proclamation présidentielle aux Etats-Unis.

L’immersion, « pilier » du système éducatif louisianais

A l’échelle locale, une pétition circule sur les réseaux sociaux, demandant aux signataires de solliciter leurs élus. Près de 5 000 personnes ont déjà apporté leur soutien. « Notre objectif est de montrer à nos élus locaux et fédéraux qu’il y a un consensus des Louisianais et de nos alliés autour de la défense de l’immersion comme pilier fondamental de notre système éducatif, de notre culture et de notre économie », explique Will McGrew, le fondateur de la société de production à l’origine de la pétition, Télé-Louisiane.

En attendant, les écoles d’immersion française préparent comme elles peuvent la rentrée. (Dix-sept sont concernées sur les 34 que compte l’Etat.) Certaines envisagent de réduire la durée des cours de manière à partager un enseignant entre plusieurs classes. Des Français déjà sur place pourraient être embauchés comme assistants de langue. On parle aussi de cours en ligne, assurés depuis la France. « Ce serait notre dernier recours », soupire Peggy Feehan.

Le temps d’obtenir un rendez-vous à l’ambassade, de recevoir leur visa par courrier recommandé et d’organiser leur départ pour les Etats-Unis, les enseignants français manqueront probablement la rentrée des classes. Sans oublier, une fois sur place, un confinement obligatoire de 14 jours. « Une rentrée en septembre nous semble réaliste », selon la directrice du CODOFIL. « On refuse la défaite ; on continue d’avancer comme si de rien n’était ! »

  • On se demande bien pourquoi cet article ne parle que de la Louisiane, alors que le problème dû au blocage des visas (J-1 et H-1B entre autres) touche bien évidemment tous les établissements d’enseignement français sur la totalité du territoire des Etats-Unis à partir de la rentrée de septembre, en admettant qu’elle puisse même avoir lieu.

  • Education should be separated from any politically driven issues. Please let the teachers come to the USA, to do what they supposed to do: teaching!

  • Ça touche aussi les écoles et universités qui attirent des étudiants étrangers de partout dans le monde. A Hawaï, les étudiants asiatiques sont très nombreux.

  • Bonjour,
    Je suis franco-américaine ayant vécu à Miami et bien connu le programme des écoles de Sunset et Carver. Prof. de FLE à la retraite, je vis à Nice et suis partante pour aider les écoles en difficulté pour les cours de français.

  • Oui, la French immersion c’est magnifique que ce soit aux États-Unis où dans d’autres pays du monde. De même que toute forme d’immersion linguistique constitue un bagage formidable pour les élèves ou les étudiants qui en sont bénéficiaires. Quant aux French teachers, qui enseignent leur langue maternelle en Louisiane, ils partagent leur culture tout en apprenant à découvrir celle de leurs « apprenants ». Autant d’échanges, autant de ponts construits, autant de de liens puissants tissés entre les habitants de régions distantes. C’est du gagnant/gagnant. C’est aussi l’antidote ou l’anti-thèse à l’érection de murs. J’ai enseigné le français à Katherine Drexel Elementary School (Broussard) il y a un certain nombre d’années. J’y ai découvert la culture cajun, j’y ai découvert le peuple américain et je suis imprégnée à vie par cette expérience. Je soutiens donc avec vigueur le programme d’immersion en Louisiane et espère qu’une dérogation puisse être obtenue pour le préserver.

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