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Wax Tailor : le DJ français prend la route

Pensé comme la bande originale d’un road movie américain, le dernier album du DJ français Wax Tailor, By Any Beats Necessary, mélange les influences : jazz, rap, hip hop, blues, rock’n’roll. Enregistré à New York en collaboration avec une pléthore d’artistes (Lee Fields, Tricky, ou encore Ghostface Killah du Wu-Tang Clan), l’album saisit un pays entre clichés de carte postale et tensions raciales. En tournée aux Etats-Unis jusqu’au 18 février, Jean-Christophe Le Saoût répond aux questions de France-Amérique.

France-Amérique : La culture américaine est omniprésente dans votre album. D’où vous vient cette influence ?

Wax Tailor : Je trouve mon inspiration dans le cinéma américain. Stanley Kubrick est une référence absolue. Je me sens aussi très proche du cinéma de Quentin Tarantino, d’Alfred Hitchcock et de Martin Scorsese. Je me décris souvent comme un « réalisateur d’album ». Comme un archéologue, j’aime remonter le temps et puiser dans les genres cinématographiques et musicaux anciens. J’ai conçu cet album comme la bande originale d’un voyage aux Etats-Unis : New York et le jazz des années 1920, Detroit et la techno des années 1990, le delta du Mississippi et le blues des années 1940, San Francisco et le rock’n’roll des années 1960.

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N’est-ce pas une vision un peu réductrice du paysage musical américain ?

Je vois deux Amériques : l’Amérique fantasmée, un peu clichée bien sûr, qu’on façonne grâce aux films, aux séries télévisées et aux publicités, et l’Amérique réelle, que j’ai découvert au fil de mes voyages. Je pense qu’il faut savoir faire cohabiter les deux : apprécier l’image lissée et idyllique de l’Amérique des cartes postales tout en restant conscient de la violence de l’histoire et de la culture américaine. La couverture de l’album illustre cette dualité : le désert, la route, le panneau publicitaire rouillé et la pompe à eau, comme tirés d’un western moderne, et la clôture de fil de fer barbelé, rappel des problèmes d’immigration.

Est-ce cette dualité qu’illustre le titre « The Road Is Ruff » ?

J’ai enregistré cette chanson en avril 2016 avec Lee Fields [l’un des premiers membres du groupe funk Kool & The Gang, surnommé « Little JB » en hommage à James Brown]. Dès le premier couplet, les paroles sont lourdes de sens. « Hey to all of you newcomers […], get up off your knees, and be the star you want to be. » Lee Fields évoque l’arrivée de jeunes migrants aux Etats-Unis et leur dédie un message de soutien. Après quarante-trois ans de carrière, Lee Fields passe le flambeau et encourage la nouvelle génération d’artistes à se faire entendre. « With a lot of hard work and a lot of tenacity, you can do it », continue-t-il. « But the road is rough. »

Vous mentionnez les tensions raciales aux Etats-Unis. Le titre de votre album fait référence à Jean-Paul Sartre, mais aussi à Malcolm X. Faut-il y voir un message politique ?

On quitte l’Amérique fantasmée pour revenir à l’Amérique réelle. Il y a cinquante-quatre ans, Martin Luther King prononçait son discours « I Have a Dream » lors de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté. Lorsque l’on voit que des mouvements comme Black Lives Matter sont plus que jamais d’actualité en 2017, on est en droit de se demander ce qui a changé aux Etats-Unis.

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