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Qui sont les consuls honoraires de France aux Etats-Unis ?

Ils sont agent immobilier, banquier, professeur de français, décorateur, boulanger, bloggeur ou chapelier. Aux Etats-Unis, 56 consuls honoraires servent d’intermédiaires entre l’ambassade de France à Washington D.C., les dix consulats généraux et les ressortissants français des Etats et territoires américains. Français ou américains, ils accomplissent leur mission bénévolement.

Lorsqu’un Français est arrêté pour conduite en état d’ivresse à Reno, la ville des casinos dans l’Ouest américain, puis incarcéré pour la nuit, c’est Pascal Baboulin qui en informe le consulat de San Francisco et fait venir un avocat. « La police locale a mon numéro de téléphone portable », précise le consul honoraire de France pour le nord du Nevada. « Je les aide souvent pour des questions de traduction. » Il est l’un des 56 consuls honoraires français aux Etats-Unis, chargés de faire l’intermédiaire entre les ressortissants français de leur région et le consulat général de leur circonscription.

Pour administrer un pays grand comme quinze fois la France, l’ambassade de Washington D.C. et les dix consulats généraux font appel à des intermédiaires bénévoles sur le terrain. Chaque consul honoraire est recommandé à l’ambassadeur par le consulat local, puis approuvé par le ministère des Affaires étrangères pour une période de cinq ans renouvelable. Pascal Baboulin, originaire de Chambéry en Savoie, vit à Virginia City, une ville de 855 habitants située à quarante kilomètres au sud de Reno, dans le Nevada. Il a été nommé consul honoraire en 2008 par le consul général de San Francisco pour superviser une communauté d’environ mille Français s’étendant de Reno au Lac Tahoe. « C’est une petite circonscription », s’excuse le consul honoraire. Mais avec 750 000 visiteurs par an à Virginia City — une ancienne ville minière inchangée depuis la Ruée vers l’or — et trois millions de visiteurs annuels autour du Lac Tahoe, dans les montagnes de la Sierra Nevada, les occasions d’assister un touriste français en difficulté administrative ne manquent pas.

« Un meneur parmi la communauté française locale »

Les voyageurs français qui perdent leur passeport sont fréquents à l’aéroport de Charlotte, en Caroline du Nord, l’un des plus importants aux Etats-Unis. Consule honoraire depuis 2011, Laura Meyer Wellman se souvient d’avoir aidé à loger un étudiant en attendant qu’un laisser-passer temporaire lui soit délivré. Comme Laura Meyer Wellman, née dans l’Etat de New York, près de la moitié des consuls honoraires de France aux Etats-Unis sont américains, selectionnés pour leur influence et leur connaissance de la culture franco-américaine. « Le consul à Atlanta cherchait un meneur parmi la communauté française locale, un entrepreneur ou un enseignant », explique-t-elle. Francophile de longue date, membre de l’Alliance Française et de la Chambre de Commerce Franco-Américaine, la chef d’entreprise était toute désignée. En juin, le consulat d’Atlanta a renouvelé son mandat de consule honoraire pour une nouvelle période de cinq ans.

Tout citoyen âgé de 25 à 70 ans peut être nommé consul honoraire, à condition qu’il ne soit pas élu au suffrage universel, fonctionnaire ou agent de l’Etat français, magistrat ou professeur d’université à temps plein, précise le ministère des Affaires étrangères. Les consuls honoraires sont bénévoles et mènent leur mission en parallèle de leur propre carrière. En Caroline du Nord, Laura Meyer Wellman est présidente d’une caisse d’assurances. A Austin, au Texas, Liz Wiley est avocate et bloggeuse culinaire et à San Antonio, Damien Watel cuisine dans son bistro « le meilleur foie gras de ce côté-ci de l’Atlantique ». A Nashville, dans le Tennessee, Amélie de Gaulle est décoratrice d’intérieur. A Omaha, dans le Nebraska, Cédric Fichepain dirige un restaurant et deux boulangeries. A Manchester, dans le New Hampshire, Adèle Boufford Baker est vice-présidente du salon funéraire fondé par son arrière-grand-père et à Virginia City, dans le Nevada, Pascal Baboulin fabrique des chapeaux sur mesure.

Un rôle « avant tout social »

« J’ai un bureau chez moi, ouvert tous les jours de 17h à 20h », sourit Anne de Broca-Hoppenot, consule honoraire, professeure de français et responsable des échanges internationaux dans une école catholique pour filles à Princeton, dans le New Jersey. En leur qualité de relais des consulats généraux, les consuls honoraires délivrent passeports, cartes d’identité, certificats de vie et autres actes notariés. Les années d’élections présidentielles, ils réceptionnent aussi les procurations et mettent en place un bureau de vote local. Mais à Princeton comme dans les autres circonscriptions américaines, le rôle des consuls honoraires est « avant tout social », précise Anne de Broca-Hoppenot. « Je mets les gens en relation avec les interlocuteurs concernés au consulat ou à l’ambassade. »

Les consuls honoraires ne se substituent pas aux consuls. Intermédiaires disponibles dans leur région, ils ne remplissent aucune fonction diplomatique ni politique mais viennent en aide aux Français comme aux Américains. Ils aiguillent les étudiants américains désireux de partir étudier en France. Ils répondent aux questions des retraités binationaux sur leurs impôts. Ils assistent l’écrivain américain en quête d’un éditeur à Paris. Ils aident les familles à faire rapatrier un corps en France ou, après une inondation ou un incendie, à trouver un nouveau logement. Ils rassurent les parents américains inquiets au sujet d’un fils à Paris ou d’une fille à Nice au lendemain des attentats, et mettent les nouveaux arrivants en relation avec les cercles francophones locaux.

Représentants de la France dans les cinquante Etats américains, les consuls honoraires sont également chargés d’accueillir les dignitaires de passage et d’accompagner les visites officielles : un ambassadeur en visite dans une école bilingue à Salt Lake City, un député en déplacement dans une usine Nissan-Renault du Mississippi, un groupe d’entrepreneurs à la recherche de nouveaux marchés dans le New Jersey, ou encore les marins d’une frégate de la Marine nationale faisant escale à San Diego. En l’absence du consul général, les consuls honoraires président, enfin, aux cérémonies de remise de la Légion d’honneur aux vétérans américains de la Seconde Guerre mondiale. « J’officie en tant que délégué du Consulat général de Miami », précise Jean-Charles Faust qui, depuis sa nomination au poste de consul honoraire à Tampa, en Floride, a participé à nombre de ces cérémonies. « Mais ma tâche principale consiste à travailler au rapprochement franco-américain. »

  • Fascinating to read about the many professions represented by the honorary French consular corps! Wish I had known about this great variety before my consular handbook was published (Foreign Consuls Among Us: Local Bridges to Globalism) as it would help users such as government and civic leaders – and honorary consuls themselves – better understand why some consuls wear dual hats. Thanks again for a great story!

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