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Quand New York s’appelait Angoulême

Avant d’être colonisée par les Hollandais qui la renommèrent New Amsterdam en 1624, New York s’est appelée Angoulême. Un hommage, oublié des livres d’histoire, au roi François Ier, comte d’Angoulême, que révélait en 1950 dans sa thèse l’historien Jacques Habert. Un film documentaire revient sous la forme d’une enquête sur cette odyssée française en Amérique.

En 1950, un ancien officier des Forces Françaises Libres devenu professeur d’histoire au Lycée Français de New York créait l’événement à Columbia University. Dans sa thèse intitulée When New York Was Called Angoulême, Jacques Habert — futur sénateur des Français d’Amérique du Nord et directeur de France-Amérique de 1953 à 1972 — soutient que la baie de New York n’a pas été découverte en 1609 par l’Anglais Henry Hudson, comme il était alors accepté, mais quatre-vingt-cinq ans auparavant, par un navigateur florentin envoyé du roi de France.

Au XVIe siècle, les couronnes européennes rivalisent pour découvrir le passage vers les Indes ; Jean de Verrazzane (Giovanni da Verrazzano en italien) propose ses services au roi François Ier. Avec quatre navires, il quitte le port du Havre en juin 1523, longe les côtes espagnoles et portugaises jusqu’à l’île de Madère et met le cap à l’ouest. Seule la caravelle La Dauphine atteint l’actuelle Caroline du Nord, en mars 1524. Verrazzane baptise « Francescane » cette « terre nouvelle que nul antique ou moderne n’avait jamais vue », selon son rapport, et poursuit son voyage vers le nord.

Un lac qui deviendra la baie de New York

Le 17 avril 1524, les navigateurs parviennent en vue d’un « endroit fort agréable en deçà de deux petites collines, au milieu desquelles coule une très grande rivière ». En s’engageant dans la passe, La Dauphine découvre un « fleuve impressionnant de majesté » et un « très beau lac » sur lequel « allaient et venaient sans cesse de tous côtés une trentaine de petites barques montées par une foule de gens passant des deux rives pour nous voir ».

Le « lac » n’est autre que la baie de New York et les « petites collines » les reliefs de Brooklyn et de Staten Island. En hommage à François Ier, comte d’Angoulême, Verrazane baptisera l’endroit « Nouvelle- Angoulême ». Mais le roi, prisonnier en Espagne, ne lira jamais le rapport du navigateur : toutes ré- férences à la « Nouvelle France » disparaîtront des cartes marines. Seront ainsi oubliés le « Cap de la Peur » (Cape Fear, en Caroline du Nord), le fleuve « Vendôme » (Delaware), la « Côte de Lorraine » (New Jersey) ou encore le « Port Real » (Newport Bay, dans le Rhode Island).

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Le nom des régions reconnues par Jean de Verrazzane le long de la Côte Est apparaissent sur cette carte de la « Nouvelle France » de 1556. © Alamy

Un manuscrit découvert à New York

La thèse de Jacques Habert corrige l’histoire en 1950. Le rapport adressé à François Ier a disparu, mais l’historien découvre l’existence d’une copie envoyée par Verrazzane à un banquier romain et acquise en 1911 par le financier et collectionneur J.P. Morgan. Avec l’autorisation de la Morgan Library de New York, où le document est toujours conservé, Habert traduit le manuscrit : la preuve irréfutable des origines françaises de New York.

La nouvelle captive la communauté française, la découverte de Verrazzane étant jusqu’alors célébrée comme une victoire italienne. Dès 1909, année du tricentenaire du voyage de l’Anglais Henry Hudson, les Italiens de New York font ériger un buste de bronze à l’effigie de leur compatriote dans un parc du sud de Manhattan mais négligent de préciser qu’il était commandité par le roi de France ! Une inscription mentionnant Angoulême et François Ier sera finalement ajoutée en 1952.

Une histoire oubliée

Le pont Verrazano, imaginé par Robert Moses et inauguré en 1964 entre Staten Island et Brooklyn, porte le nom du navigateur et plusieurs stèles marquant les étapes de son voyage ont été installées le long de la Côte Est. Mais les hommages restent discrets. A Angoulême, le cours arboré qui mène vers l’ancien château de la famille Valois a été rebaptisé Place New York mais la plaque est juchée… sur un panneau sens interdit !

C’est cette histoire que la documentariste Marie-France Brière, accompagnée de l’historien Florent Gaillard, irecteur des archives municipales d’Angoulême, a souhaité retracer sous la forme d’une enquête historico-policière menée entre la France et les Etats-Unis. « Verrazzane ne cherchait pas à conquérir le Nouveau Monde ; il voulait trouver un raccourci vers la Chine », explique Michael Ryan, vice-président de la New York Historical Society, interviewé dans le documentaire. « S’il avait planté un dra- peau sur l’île de Manhattan, l’avait appelé Angoulême et en avait pris possession au nom de sa majesté François Ier, l’histoire aurait été différente. »


Et si New York s’appelait Angoulême…, réalisé par Marie-France Brière et narré par Florent Gaillard, diffusion sur TV5 Monde USA le 12 novembre à 18h30 EST, projection au FIAF de New York le 12 novembre à 16h dans la cadre du festival French Cinema Week.

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