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L’affiche s’en va-t’en guerre

Lorsque les Etats-Unis s’engagent auprès des alliés en avril 1917, publicitaires et artistes s’unissent pour « vendre la guerre » aux Américains. Vingt millions d’affiches de propagande sont produites entre le printemps 1917 et l’armistice de 1918. Soixante illustrations originales sont à découvrir jusqu’au 9 octobre au Musée de la ville de New York.

Le 6 avril 1917, le Congrès américain déclare la guerre à l’empire allemand. Le vote est unanime — 455 voix pour, 56 contre — mais le pays n’est pas prêt. A 6 000 kilomètres des premières tranchées, les Etats-Unis pansent encore les blessures de la Guerre de Sécession. Les fonds manquent et les forces armées comptent moins de 200 000 soldats. Le pays est un agrégat de peuples divisés par le conflit : les Irlandais refusent de se battre aux côtés des Britanniques, les Juifs refusent de défendre la Russie tsariste. Pour rassembler les Américains dans l’effort de guerre, un formidable appareil de propagande est mis en place.

Un Comité d’information publique, créé par Washington, est chargé de produire un flot continu d’affiches, prospectus, couvertures de magazines et partitions de musique. Forte de trois cent peintres, illustrateurs et publicitaires, la Division de publicité visuelle prend ses quartiers à New York. « Avec ses agences de publicité, écoles d’art et sociétés d’artistes, la ville est le lieu idéal pour accueillir une telle entreprise », commente Steven Jaffe, conservateur au Musée de la ville de New York. Pendant les vingt mois que dure l’engagement américain, un « déluge de publicité » tombe sur le pays : deux mille cinq cent illustrations sont conçues, reproduites et placardées dans les cinquante Etats.

Une image romantique de la guerre

Nombre de ces affiches ont été collectionnées par le millionnaire new-yorkais John W. Campbell puis offertes au Musée de la ville de New York en 1943. L’exposition Posters and Patriotism: Selling World War I in New York, organisée en partenariat avec les services culturels de l’ambassade de France à Washington, puise dans cette importante collection. L’exposition est organisée par thèmes : l’armée, la haine de l’ennemi allemand, la mobilisation des femmes, la victoire et le retour au pays.

Pour inciter les jeunes Américains à rejoindre l’armée américaine, l’illustrateur James Montgomery Flagg se plante devant le miroir et tend un index menaçant devant lui. L’autoportrait, flanqué d’une barbichette blanche et du chapeau haut-de-forme de l’Oncle Sam, devient I WANT YOU FOR U.S. ARMY, « la plus célèbre affiche de l’histoire ». Toutes les illustrations ne sont pas l’initiative du gouvernement. Certaines sont des commandes d’associations ou d’entreprises. C’est le cas de ce poster encourageant l’achat de bons du Trésor financé par le parfumeur français Edouard Pinaud, qui possédait alors des bureaux à Paris et à New York.

Les premières affiches de l’exposition, réalisées au printemps 1917, traduisent l’élan patriotique et la liesse du départ. « A ce stade, les Américains n’ont pas encore vécu la guerre, ils n’ont encore assisté au retour des cercueils », observe Steven Jaffe. « L’image qu’ils ont de la guerre est innocente et romantique. » Un jeune matelot à l’uniforme fraîchement repassé rejoint son navire dans le soleil couchant. Dans ces illustrations, le champ de bataille est absent. La guerre est présentée comme une aventure virile et exotique.

New York à l’heure de la guerre

Pour mobiliser l’opinion publique, « New York est devenu un théâtre de guerre », ajoute le conservateur. Les illustrations de couleurs vives couvrent les kiosques à journaux, les couloirs des stations de métro et les panneaux d’affichages de la ville. Les grands magasins Macy’s et Lord & Taylor organisent des mises en scène guerrières dans leurs vitrines. En face de la bibliothèque centrale, les badauds assistent à la création de fresques patriotiques, qui sont ensuite installées le long de la Cinquième Avenue, surnommée « l’avenue des Alliés ».

Les premières troupes américaines débarquent dans le port de Saint-Nazaire le 26 juin 1917 et sont envoyées à l’automne sur le front lorrain. En septembre 1918, 550 000 doughboys prennent part à la bataille de Saint-Mihiel, dans le département de la Meuse. Mais la guerre se prolonge et au retour des premières victimes, le message s’assombrit. Une affiche de 1918 montre un soldat empêtré dans les barbelés du no man’s land. « Pensez aux bons du Trésor », martèle l’affiche.

Lorsque l’armistice est signée le 11 novembre 1918, New York entre de plain-pied dans les Années Folles. Epargnée par les combats, la ville s’est muée en capitale économique, les publicitaires de Madison Avenue ont gagné en légitimité. Les artistes délaissent la propagande pour le mouvement dada et dans les clubs de Harlem retentit une musique nouvelle, rapportée de Paris par les soldats noirs américains. Le jazz est né.

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James Montgomery Flagg, I Want You for U.S. Army, 1917.

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Charles Edwin Ruttan, A Wonderful Opportunity for You – United States Navy,
c.1917.

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Edward Penfield, Will you help the Women of France? Save Wheat, 1918.

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F.A. Crépaux, An Echo From France – Buy Liberty Bonds, 1918.

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Oscar Edward Cesare, Remember the Bond, 1917-1919.

Posters and Patriotism: Selling World War I in New York
Du 5 avril au 9 octobre
Museum of the City of New York
1220 Fifth Avenue
New York, NY 10029

  • Two comments:
    *The author states, « 2,500 illustrations were designed, reproduced and posted over all fifty States. » There were 48, not 50, states at the time of the Great War. Alaska and Hawaii were territories and became states in 1959.
    *Also, « …and in Harlem clubs a new sound rang out, one brought over from Paris by African-American soldiers. And so, jazz was born. » The African Americans brought jazz TO Paris. They did not acquire it from Paris.

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