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France, “je t’aime, moi non plus”

Le thème des droits de l’Homme abordé avec la venue de Kadhafi à Paris met le doigt sur un malaise très français. Mercredi, l’International Herald Tribune publiait un témoignage intéressant "La discrimination cachée de la France".

Vue de l’extérieur, la France fait souvent rêver. Nation bohème, où l’enseignement et la médecine sont pratiquement gratuits, pays qui reflète un prestige historique, un passé colonialiste ou une pluralité culturelle comme le rappelait Don Morrison dans son article du Time. Pays qui pourtant durcit sa politique d’immigration. "Avant de parler des droits de l’Homme, il faut vérifier que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits", déclarait Kadhafi en réponse à la volonté de Sarkozy de faire respecter ces valeurs universelles en Libye, faisant référence sans doute au traitement des immigrés sans papiers placés dans des centres de rétention. "Nous sommes l’objet d’injustices. Notre continent a été colonisé, nous avons été réduits en esclavage, déplacés dans des navires comme du bétail. Aujourd’hui nous travaillons dans le bâtiment, dans la construction de routes (…). Après tout cela, nous sommes envoyés dans les banlieues et nos droits sont violés par les forces de police", ajoutait le "guide" lors de son intervention le 11 décembre devant les membres de la communauté africaine. Au même moment, l’International Herald Tribune publie le témoignage d’Hamid Senni.

Dans l’article "La discrimination cachée de la France", celui qui est aujourd’hui à la tête d’une entreprise conseillant les plus grandes sociétés à Paris et à Londres, raconte sa jeunesse en banlieue française. "Il faut regarder la réalité des choses qui se passent entre ces tours de béton que l’on voit en périphérie. Là-bas, il y a trois manières de gagner sa vie : (…) "le fruit de son labeur" (…), les aides sociales ; ou l’économie parallèle de la drogue et du crime", écrit celui qui autrefois habitait la cité. "Le véritable problème survient quand travailler dur et avoir les qualifications requises ne permettent pas de gagner décemment sa vie", ajoute-t-il avec amertume. Et le texte de retracer le parcours d’Hamid Senni, ses diplômes en économie et les portes qui se ferment ou bien celles qui s’ouvrent mais pour lui proposer un "petit boulot", loin d’être à la hauteur de sa formation. Et un jour, la Suède puis l’Angleterre lui tendent les bras avec des propositions dignes de ses espérances. "La décision de faire ses valises et partir est de plus en plus courante chez les jeunes français, qu’ils soient issus de la seconde génération d’immigrants ou Français depuis des générations", constate l’homme d’affaires. L’expatrié remarque aussi : "Ce qui est frappant à propos du nouvel exode français, c’est de voir la description que font ces nouveaux émigrants de la France qu’ils laissent derrière eux : un pays où il est difficile et quelques fois pénible d’être ambitieux, et où trouver un travail stimulant dépend bien souvent des relations que l’on a et non de son talent. Un pays où la bureaucratie intimide et la discrimination est endémique. Une France, en d’autres termes, bien ancrée dans ses principes et qui frustre en ne répondant pas aux espoirs, projets et rêves de ses jeunes". À l’instar du modèle américain, "la diversité n’est plus une option, mais la seule option", constate-t-il.

Surtout après le durcissement des lois sur l’immigration et son amendement sur les tests ADN. Surtout après les émeutes de l’automne.

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