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France ou Etats-Unis, qui a les meilleurs ambassadeurs?

EDITO.Contrairement aux ambassadeurs français à l’étranger, les diplomates américains comptent parmi eux de nombreux amateurs non-qualifiés pour le poste, nommés uniquement pour leur générosité financière envers le parti au pouvoir. Des erreurs de casting qui peuvent coûter cher dans les relations internationales.

Les diplomates français, parfois, ont, aux Etats-Unis, la réputation d’être arrogants mais nul ne conteste leur compétence. Parvenir au poste d’ambassadeur de France exige un long parcours, de la sélection par l’Ecole Nationale d’Administration ou le Concours d’Orient en passant par divers postes de responsabilité à Paris ou sur le terrain. Les affinités politiques peuvent accélérer les carrières, mais on brûle rarement les étapes.

Le consul général de France à New York, Bertrand Lortholary, nommé par Nicolas Sarkozy ambassadeur en Indonésie, dut y renoncer à la suite d’un recours du syndicat des diplomates (en France, cela existe), parce qu’il n’avait pas occupé au préalable un poste à responsabilité. Cette sélection explique que les diplomates français sont souvent recherchés par l’ONU ou les institutions européennes (Hervé Ladsous qui fut ambassadeur de France en Chine, est maintenant Secrétaire général adjoint des Nations Unies, en charge des opérations de maintien de la paix).

Les ambassadeurs américains  eux aussi, sont souvent des professionnels, mais dans les postes les plus importants, on trouve nombre d’amateurs sans qualification. Il est en effet de tradition que le Président des Etats-Unis affecte 30% des postes d’ambassadeurs à des personnalités qualifiées, chefs d’entreprise, leaders d’opinion et, avant tout, à ceux qui ont financé sa campagne électorale. Certaines de ces récompenses ont bénéficié à des personnalités d’exception qui ont exercé, sans expérience préalable, avec brio la fonction d’ambassadeur.

On se souviendra de Pamela Harriman qui fut nommée par Bill Clinton, ambassadeur à Paris et y laissa un souvenir mémorable. Mais Caroline Kennedy, fille du Président John Kennedy, nommée ambassadeur au Japon par Barack Obama, a jusqu’à présent multiplié les gaffes, illustrant une remarquable ignorance de la culture et de la sensibilité japonaises. Les bourdes de Madame Kennedy sont fâcheuses, alors que le Japon est le principal allié des Etats-Unis en Asie et paraît, à ce jour, le seul rempart contre les ambitions impériales de la Chine.

Ce précédent regrettable ne dissuade pas le président Obama de récompenser encore plus les incompétents. La moitié de ses nominations pour son second mandat, dépasse de beaucoup la tradition des 30% : Obama sans etat d’âme, persiste a affecter des amateurs plus ou moins éclairés à des postes essentiels. Le sénateur John McCain s’indigne particulièrement de trois nominations désastreuses, en Norvège, Hongrie et Argentine. George Tsunis, un directeur d’hôtel dont le principal mérite est d’avoir collecté 1,3 million de dollars pour le parti démocrate en 2012, a été désigné pour la Norvège.

Interrogé par le Sénat qui doit approuver ou non sa nomination, le candidat a été incapable de dire si la Norvège était une république ou une monarchie. Pour mémoire, la Norvège est un des rares pays de l’OTAN à déployer des troupes en Libye et en Afghanistan. L’opinion publique norvégienne, qui a suivi les auditions au Sénat, est consternée : George Tsunis, s’il est confirmé, ne sera pas le bienvenu. Pour la Hongrie, Barack Obama a choisi Colleen Bell, producteur de feuilletons télévisés, qui a collecté 2 millions de dollars pour la campagne de 2012. Interrogée par le Sénat, elle s’est avérée incapable de définir les relations entre les Etats-Unis et la Hongrie : la Hongrie, alliée stratégique, à la frontière de l’Ukraine et des Balkans. Noah Mamet, un “consultant” politique qui a collecté 2 millions de dollars pour la campagne d’Obama, a été désigné pour l’Argentine : il a admis devant le Sénat qu’il ignorait tout de ce pays, alors même que la démocratie y est menacée et que sa présidente a noué des relations privilégiées avec l’Iran.

Sans juger cette tradition américaine en soi , le système dit des dépouilles (spoil system) où le vainqueur récompense ses partisans, on s’étonnera qu’un président démocrate agisse avec une telle légèreté dans un monde dangereux, qu’il privilégie l’argent à ce point et que ses candidats futiles ne soient pas au moins préparés à affronter les sénateurs. Une légèreté inquiétante au moment où la Chine, la Russie, l’Iran sont résolus à profiter de cette légèreté du Président Obama. Quant à la France, Barack Obama n’a toujours pas cru bon de lui trouver un ambassadeur, près de quatre mois après le départ de Charles Rivkin.

On regrettera  aussi que la France ne désigne plus des experts non fonctionnaires comme ambassadeurs, ce que fit François Mitterrand en son temps : un président de Renault, Bernard Vernier-Palliez, fut ainsi ambassadeur de France aux Etats-Unis. Mais à tout prendre, la rigidité quelque peu bureaucratique du ministère français des Affaires étrangères nous évite le ridicule : mieux vaut un diplomate français “arrogant” qu’un américain incompétent.

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