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Franck Barrat (président du Modem aux Etats-Unis) : ” Transformer l’AFE en une réelle force de proposition “

A 41 ans, Franck Barrat est le président du Mouvement Démocrate aux Etats-Unis et conseiller élu sans étiquette à l’Assemblée des Français de l’étranger depuis 2009. Avant d’annoncer en janvier prochain, le nom du candidat qui défendra les couleurs du parti de François Bayrou, il s’inquiète de la perte de pouvoir de l’Assemblée des Français de l’étranger dans cette nouvelle configuration législative.

Comment êtes-vous rentré en politique ?
Je me suis toujours intéressé à la politique. Je fais partie de ces gens qui peuvent en parler toute la nuit lors d’un dîner, et qu’on arrête en les mettant dehors. Mais je n’avais jamais réussi à m’associer à un parti.

Pourtant vous avez rejoint le MoDem en 2008.
Oui, en 2007, il y a eu une nouvelle génération du mouvement démocrate qui a suivi François Bayrou. Ce qui m’a plu, c’était la volonté d’essayer de réfléchir en dehors d’une idéologie préétablie où un certain nombre de dogmes devaient être respectés.
Entre 2007 et 2008, le mouvement a essayé de se restructurer et j’ai été élu président du Modem pour les USA. En 2009, je me suis lancé dans l’élection de l’AFE.

Cependant vous êtes identifié comme un élu sans étiquette politique à l’AFE.
J’ai en effet rejoint à l’AFE le groupe des indépendants. Los de l’élection, notre liste mélangeait des personnes avec des expériences différentes. Il y avait beaucoup de professionnels, mais aussi des mères de familles plus sensibles aux questions concernant l’éducation et les associations.

Etes-vous content de votre élection ?
Oui. J’ai réussi et ce fut une vraie surprise. A l’AFE, il y a deux grandes tendances qui sont tenues par l’UFE et l’ADFE. Avec mes amis indépendants, nous avons créé l’Union des conseillers indépendants (UCI) dont j’ai été élu le porte-parole en mars dernier. Je suis un scientifique, et je reste très constructif vis-à-vis des questions qui touchent nos compatriotes. J’essaie d’approcher les problèmes d’un point de vue pragmatique, afin d’être créatif et d’innover. Le dut de l’UCI est aujourd’hui de transformer l’AFE en une réelle force de proposition.

C’est-à-dire ?
Nous dépendons toujours du ministère des Affaire étrangères. Nos interlocuteurs sont des haut fonctionnaires qui nous informent des décisions prises, et cela s’arrête là. Au sein de l’AFE aujourd’hui, tout le monde recherche le consensus, ce qui n’est pas l’essence d’une assemblée politique. En tant que membre de la commission enseignement et culture, je prends l’exemple de la gratuité dans les lycées français, une question qui divise sévèrement les élus. Il n’y a jamais eu de vote en assemblée plénière, donc nous ne pouvons pas donner une position claire de l’AFE sur ce sujet. C’est quand même un problème !

Que préconisez-vous ?
L’Assemblée des Français de l’étranger est incroyable: dans la salle, on parle 50 langues différentes, il y a un vrai mélange des cultures et des gens qui ne font qu’enrichir le débat. Mais l’AFE n’est pas encore une vraie assemblée politique car nous sommes sous le contrôle du ministère des Affaires étrangères. Il faut que les élus sortent de cela.

Ce n’est justement pas le but des sénateurs élus en septembre dernier et des premiers députés de l’étranger qui le seront en juin prochain?
Avec les députés de l’étranger, il est évident que le rôle des conseillers élus à l’AFE va changer, mais le mandat de député implique de représenter la nation entière, pas une seule circonscription. Et de toute façon, les députés élus pour chaque circonscriptions, étant donné leur taille, seront obligés de s’appuyer sur les conseillers de l’AFE, en tout cas j’espère qu’ils sauront le faire. Les élus AFE vont rester des relais locaux essentiels. Le seul problème, c’est qu’avec 23 sénateurs et 11 députés pour les Français de l’étranger, il va être plus compliqué à l’AFE de faire entendre sa voix.

Allez-vous être le candidat du MoDem pour ce scrutin législatif en Amérique du Nord?
Nous aurons un candidat, mais il est encore un peu tôt pour annoncer son nom. Ce sera fait en janvier prochain. Nous n’avons pas le même problème que l’UMP qui ne sait pas trop qui mettre, mais nous attendons le bon moment, certainement en début d’année. De toutes façons, l’élection présidentielle va rythmer l’élection législative. Partir en septembre ou en octobre n’avait aucun intérêt pour nous.

Vous n’avez pas peur de prendre du retard par rapport à Corinne Narassiguin, la candidate du parti socialiste, qui a débuté en juin dernier ?
Le PS est sur sa stratégie. Je connais Corinne, et je lui souhaite bonne chance dans sa campagne. J’attends de voir comment elle va gérer les contradictions du programme du PS avec la réalité ici. Il y a tellement de propositions qui paraissent inadéquates avec ce que l’on vit ici.

Le MoDem en a-t-il de meilleures?
J’ai pu rencontrer François Bayrou lors d’un dîner: il reste accessible aux Français de l’étranger. Mais pour être franc, si les Français de l’étranger ne sont pas négligés, ils ne sont pas non plus au centre des préoccupations des partis politiques.

Combien y a-t-il de sympathisants et militants MoDem en Amérique du Nord ?
Je ne peux pas donner un chiffre, mais on est plus qu’au parti socialiste.

Comment sera désigné le candidat MoDem pour la circonscription législative qui rassemble les Etats-Unis et le Canada ?
Il sera désigné en fonction de ses compétences, de son expérience politique et sur le terrain, ainsi que de sa compréhension du tissu associatif. Une recommandation sera faite par les présidents et vice-présidents du MoDem au Canada et aux Etats-Unis et sera approuvé par le bureau politique en France. Ce n’est pas forcément satisfaisant, mais c’est la méthode la plus légitime vu le contexte de cette immense circonsciption.

Que pensez-vous de la nomination d’Edouard Courtial, à la place de David Douillet, au poste de secrétaire d’Etat des Français de l’étranger?
La méthode de Sarkozy, c’est un pas un avant, deux pas en arrière. Il est absurde de nier qu’un secrétaire d’Etat pour la communauté expatriée est une avancée. J’avais cependant été surpris par la nomination de David Douillet parce que je pensais qu’il n’avait pas l’expérience nécessaire pour ce poste-là.  La nomination d’Edouard Courtial me pose beaucoup plus de problèmes. Il n’a pas d’expérience auprès des Français de l’étranger, mais en plus le président de la République a pris quelqu’un qui a signé un projet de loi qui demandait que les Français ne payant pas leurs impôts en France soient déchus de leur nationalité.  Je prend acte de ses excuses concernant ce projet de loi, mais je n’imagine pas que ce soit l’homme de la situation. C’est encore une opportunité ratée de la part du gouvernement. J’ai même contacté tous les présidents de groupe de l’Assemblée des Français de l’étranger, en leur demandant de co-signer un courrier commun pour demander la démission d’Edouard Courtial.

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