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Francophonie : “Les Louisianais sont toujours prêts à se mobiliser”

Comme chaque année depuis 1968, le Conseil pour le développement du français en Louisiane (Codofil) vient d’accueillir en ce début du mois d’août le nouveau contingent de professeurs francophones qui enseigneront dans les différentes classes d’immersion des écoles louisianaises. Malgré de sévères coupes budgétaires imposées au début de l’été par le gouverneur républicain, Bobby Jindal, le moral des troupes reste au beau fixe, notamment grâce à la multiplication des messages et des initiatives de soutien envers le programme, et de la mobilisation des communautés francophones et francophiles de l’Etat au pélican. Le point sur cette année scolaire qui s’annonce un peu particulière, avec Joseph Dunn, Directeur du Codofil.

France-Amérique : Suite à la décision du gouverneur d’amputer de 2 millions de dollars le prochain budget du département d’État de la Culture, le Codofil devra composer avec la perte de près de la moitié de ses ressources à partir de l’exercice 2013/2014. Quelles ont été les grandes lignes dégagées suite aux réunions avec les parlementaires francophones et l’Ambassadeur de France afin de sauver le programme ?

Joseph Dunn : Tout d’abord, je ne pense pas qu’il s’agit de sauver le programme mais plutôt de le repositionner. La visite avec M. Delattre a été très positive. Ce fut sa deuxième visite en Louisiane, la première dans l’Acadiana, où il a pu constater que les langues françaises et créoles continuent à vivre et à se développer. Le Codofil lui a préparé une rencontre avec les principaux acteurs de la franco-créolophonie du coin. Les grands axes de la discussion furent l’éducation du et en français, l’économie culturelle en français, et la professionnalisation en français. Je pense qu’il a vu que le fait français tient au cœur de beaucoup de gens et qu’ils apprécient énormément l’implication et la présence de la France.

Quel est l’impact des coupes budgétaires sur le dispositif et les effectifs pour cette rentrée?

La perte budgétaire ne sera pas forcément ressentie ni par les professeurs ni par les élèves dans les salles de classe. Ce que cela impacte, par contre, c’est notre capacité opérationnelle et nos efforts de recrutement, de promotion et de programmation.

Vous attendiez-vous à ce que le sentiment de révolte et la mobilisation des francophones louisianais soient aussi prononcés ?

C’est ce que nous espérions, au moins ! Les Louisianais sont toujours prêts à se mobiliser derrière “une cause”, et nous pensons que celle-ci mérite justement cette action. De nos jours, même si l’on ne “parle” pas français, nous vivons dans une “culture francophone”, énormément de gens se sentent donc personnellement touchés par un tel acte politique.

Vous avez lancé cet été le groupe “100 000 Cadiens et Créoles”, très actif sur les réseaux sociaux, afin de trouver 100 000 dollars et d’ainsi compenser la perte de vos ressources. Où en est cette initiative?

Permettez-moi de clarifier que cette levée de fonds n’est pas une initiative du Codofil. C’est un effort mené par les FrancoJeunes, un groupe de jeunes professionnels franco-louisianais qui se sont mobilisés pour lancer cette campagne qui jusqu’à présent a levé près de $30,000.

Certains détracteurs du programme affirment que l’enseignement du français en immersion aux Etats-Unis ne revêt désormais plus qu’une dimension folklorique ? Quelle est aujourd’hui la portée du français en dehors de l’école ?

Les détracteurs prévoient la disparition du français en Louisiane depuis 1803 ! Mais votre question est juste… il faut se rappeler que le français fut désinstitutionnalisé et désofficialisé en Louisiane en 1921, il y a de ça plus de 90 ans. Cela veut dire que très peu de gens de langue maternelle française ou créole aujourd’hui ont connu une vie sociale ou une vie professionnelle en français, et que la majorité, pas tous, mais la majorité des parlants français étaient analphabètes. Actuellement, on estime qu’il y a plus de 20 000 jeunes Louisianais qui ont fini leurs études après avoir été éduqués en immersion. C’est donc la première génération de Louisianais scolarisée en français depuis un siècle ! Vous rendez-vous compte de ce potentiel, de ce revers d’assimilation ? C’est vrai que nous avons beaucoup de travail à faire pour sortir la langue des écoles, mais cela commence.

Diriez-vous que les programmes d’immersion continuent d’être attractifs aux yeux des parents d’élèves américains, et si oui pour quelles raisons ?

Soyons précis. L’immersion, ce n’est pas un programme. C’est un environnement éducatif et une passerelle. Un “programme”, aux yeux d’un administrateur ou d’un élu, est un rajout qui représente un coût supplémentaire. Nous essayons donc de repositionner la pensée de nos différents publics vis-à-vis de l’éducation en immersion en l’appelant justement ainsi. L’enfant suit les mêmes cours, apprend les mêmes choses, etc. mais il le fait en français. L’intérêt chez les familles dépend vraiment de beaucoup de choses… l’héritage familial, le développement intellectuel, les possibilités de réussite scolaire. Je pense que pour la plupart c’est exactement ce que veulent tous les parents pour leurs enfants… l’accès aux opportunités.

A votre niveau, vous avez souhaitez que le français ne soit pas simplement présent dans la sphère éducative et déclarez vouloir créer plus de passerelles avec notamment le monde de l’entreprise, de la culture et des loisirs. Selon vous, par quoi cela passera-t-il ?

C’est effectivement mon rêve. Aussi faut-il que je dise que le Codofil n’est pas une agence à mission uniquement éducative, c’est une agence des affaires francophones avec tout ce que cela entend. Et oui, le Codofil a des mandats qui touchent au tourisme, au développement économique, à l’éducation, à la culture, à l’affichage en français, et à la diplomatie. Je suis le premier directeur du Codofil qui n’est pas éducateur. J’ai fait tout mon parcours professionnel dans les domaines touristiques, culturels, relations publiques et internationales grâce à mon français. Si l’on souhaite que les langues françaises et créoles continuent à être parlées en Louisiane, il faut que les locuteurs soient socialement et économiquement valorisés afin de les ancrer dans leur identité linguistique et culturelle. Il est évident que ce genre d’opportunité réside dans les secteurs culturels et touristiques. A nous de créer les environnements où les parlants français et créole sont recrutés et rémunérés parce qu’ils possèdent cet outil professionnel qu’est leur langue.

Que peut-on vous souhaiter pour cette année scolaire ?

Tout simplement que les Louisianais valorisent, affichent et vivent leur francophonie.

 

L’immersion en quelques chiffres…

Elèves en immersion française en Louisiane : près de 4 000

Professeurs Codofil (sous Visa J-1) : aux alentours de 100

Professeurs internationaux en Louisiane (incluant les titulaires d’un J-1 et anciens du Codofil) : aux alentours de 200

Nombre de Paroisses immersion : 9

Nombre d’Ecoles immersion : 28

Elèves en écoles publiques en FLE (profs américains pour la plupart) : 45 000

Ecoles publiques offrant le français en seconde langue : 313

Paroisses ayant le français en seconde langue : 52

 

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