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Gainsbourg sur Vanity Fair

Dans le numéro de novembre 2007, le célèbre magazine américain Vanity Fair consacrait une dizaine de pages au génie français Serge Gainsbourg. À travers le témoignage des femmes qui ont marqué sa vie, Lisa Robinson rentre dans l’univers et présente l’artiste de manière inédite. Une rencontre émouvante à l’image du fragile révolté.

La journaliste se fait très discrète alors qu’elle pénètre doucement dans le passé de Serge Gainsbourg. Le lecteur la suit dans la maison de l’artiste, dont les portes sont ouvertes par une autre personnalité insondable : la fille du disparu, Charlotte. Peut être est-ce le fait de la différence de langue ou de la personnalité de la journaliste américaine, mais en plus de faire découvrir les pièces de la maison rue de Verneuil, dans le 7e arrondissement de Paris, l’actrice, après 16 ans de silence, se livre. « C’était un poète. Ce qu’il a fait était réellement en avance par rapport à son temps. […] Il était juste tellement authentique. Il était si timide, si sensible ». Et le lecteur de se glisser dans le sanctuaire aux murs sombres, de découvrir la demeure chaotique et soigneusement façonnée par celui qui choquait la France avec ses textes et son attitude déliquescents. « Il a été décrit comme un débauché, un irrévérencieux, un misanthrope, un grossier personnage, un homme à la vie dissolue, un provocateur, un génie, un alcoolique, un poète, un trésor national, un romantique qui utilisait le langage avec un humour cynique, un Baudelaire ou un Rimbaud des temps modernes », écrit Lisa Robinson. L’homme public, cette personnalité si puissante encore aujourd’hui, faisait preuve d’une impudeur qui pourtant n’était pas lui. « Je ne l’ai jamais vu prendre un bain. C’était l’homme le plus propre que je n’ai jamais connu, il savait comment laver minutieusement chaque partie de son corps, mais en treize ans je ne l’ai jamais vu prendre un bain, je ne l’ai jamais vu aller aux toilettes, je ne l’ai jamais vu complètement nu. Les enfants – Charlotte et Kate, la première fille de Jane avec le compositeur John Barry – non plus ne l’ont jamais vu nu, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. » Ce portrait dressé en grande partie par les deux femmes de sa vie – Charlotte, sa fille, et Jane Birkin, sa compagne et égérie pendant tant d’années – le présente intimement. Homme de paradoxe, d’ivresses en tout genre, voix et ami du peuple, et avant tout artiste bohème énigmatique, Serge Gainsbourg transcende toujours.

Lors de son voyage à Paris, la journaliste de Vanity Fair est allée au bout de l’expérience en rencontrant les personnalités qui ont le privilège de pénétrer dans son monde. Brigitte Bardot, Françoise Hardi, Jeanne Moreau, Anna Karina, Bambou – sa compagne des dernières années à qui il ne donnera pourtant jamais la clé de cette maison près du Boulevard Saint Germain – et bien d’autres icônes du charme qui ont fait partie de sa vie, se rappellent avec émotion celui qui s’était lui-même surnommé « l’homme à la tête de chou ». « Quand il n’était pas sous l’emprise de l’alcool, il était vraiment charmant, presque comme un petit garçon… Et quand il était saoûl, il pouvait être tellement désagréable… méchant même. […] vraiment destructeur », raconte Françoise Hardi en mentionnant l’épisode où Gainsbourg lui avait demandé comment elle faisait pour supporter toutes les infidélités de son mari.

Les dernières années, Gainsbourg, cet homme d’esprit jadis si raffiné devient Gainsbarre dans toute sa splendeur. Il boit sans cesse, continue de fumer alors même qu’il est hospitalisé pour sa troisième crise cardiaque, devient de plus en plus distant et immaîtrisable. Phénomène sublime, lorsqu’une personne chère disparait, les mauvais souvenirs s’évanouissent avec. Les témoins de son temps, sa fille Charlotte, sa sœur Jacqueline, ses compagnes, mais aussi son compagnon d’ivresse François Ravard se dévoilent dans ce très bel article avec toute la sensibilité et le respect qui reviennent de droit à l’amant, au père, au génie. Est-ce parce qu’elle a le recul suffisant pour comprendre l’artiste complexe que l’Amérique nous donne cette occasion toute particulière de redécouvrir le symbole français ?

Retrouvez l’article The Secret World of Serge Gainsbourg sur : http://www.vanityfair.com/culture/features/2007/11/gainsbourg200711

 

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