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Gérard Araud : “L’ambassadeur est un facilitateur des relations entre les deux pays”

Entretien avec Gérard Araud, nouvel ambassadeur de France aux Etats-Unis, sur son rôle diplomatique, les objectifs de son mandat, son célèbre franc-parler, et son compte Twitter.

France-Amérique : Comment s’est faite votre nomination ? Vous êtes-vous proposé pour le poste ?

Gérard Araud : Chaque année est publiée une liste des postes d’ambassadeurs qui vont se libérer, puisqu’au bout de trois ans, en général, un poste est supposé être ouvert. Automatiquement, on envoie aux ambassadeurs la liste des postes et vous devez faire une lettre de candidature. J’en ai fait une pour Washington. Ensuite, un comité de sélection au ministère des Affaires étrangères, à Paris, propose au ministre un ou plusieurs candidats par poste. Et c’est la présidence de la République qui choisit l’ambassadeur.

Selon vous, quel est le rôle de l’ambassadeur de France ?

Aux Etats-Unis, l’obstacle, si j’ose dire, c’est la taille du pays et le fait que les relations entre la France et les Etats-Unis sont particulièrement intenses. Vous avez sans doute plusieurs centaines de milliers de Français, des milliers d’entreprises françaises qui ont des relations avec les Etats-Unis, vous avez le tourisme, les relations politiques entre les deux pays. Il faut couvrir tout ça. C’est-à-dire représenter la France aux Etats-Unis, une tâche immense. Il faut donc avoir des priorités. J’en ai deux : la première, l’économie. Etant donné la situation économique en Europe, je crois qu’il faut tout faire pour favoriser les investissements américains en France, et inversement. Je compte beaucoup travailler avec les chefs d’entreprises américains et français. Pour surmonter d’éventuels obstacles réglementaires ou les incompréhensions. Ensuite, il y a un aspect politique. Je vais beaucoup m’investir dans la relation avec le Congrès. J’ai découvert qu’il y a un French Caucus, un groupe d’amitié France-Etats-Unis. On m’a dit que c’était le groupe d’amitié le plus important du Congrès. Avant les élections (les Midterm de novembre, ndlr), il compte 103 parlementaires sur 535. Je commence à les rencontrer.

Le pouvoir diplomatique de l’ambassadeur est-il réel ou symbolique ?

Ça dépend des sujets. Lorsqu’il y a un problème entre les deux pays, vous prenez votre téléphone, vous appelez Paris, vous attirez l’attention des autorités et leur demandez s’ils ne peuvent pas le régler. Vous avez le rôle de celui qui pousse, qui fait avancer les dossiers à Paris. Lorsqu’un dossier est enterré ou perdu dans l’administration ou lorsqu’en France on ne voit pas l’importance du sujet, vous êtes là, vous êtes un facilitateur. Un facilitateur des relations entre les deux pays. Vous avez beaucoup de moyennes entreprises françaises qui n’ont pas accès au marché américain, et on est là pour les aider. Mais je ne suis pas seul. Il y a un service d’actions économiques régionales, il y a neuf consulats généraux. Je suis le chef d’équipe, je donne l’impulsion. Il y a tout l’appareil français qui est derrière.

Vous étiez connu à l’ONU pour votre franc-parler. Allez-vous le conserver, ou votre rôle d’ambassadeur vous impose une certaine réserve ?

Je pense qu’on ne peut pas changer une personnalité. Etre ambassadeur, c’est aussi la projection d’une personnalité. C’est énormément de relations personnelles et publiques. Donc ce franc-parler en fait partie. Cela étant, je suis un ambassadeur, donc il est évident que ce franc parler a des limites et que je ne vais pas critiquer le pays de résidence, ni publiquement, ni en privé.

Vous êtes aussi très actif et très libre dans vos échanges sur Twitter, est-ce que cela va continuer ?

Je me suis engagé sur Twitter seulement en avril, à la demande insistante du quai d’Orsay. L’ambassade a aussi un compte Twitter institutionnel, c’est tout à fait normal. J’ai essayé de me créer un compte qui reflète une personnalité. Il y a mon travail d’ambassadeur, mais aussi mes goûts, mon sens de l’humour. C’est un peu une expérience. Les jeunes n’utilisent plus que Facebook et Twitter, donc c’est indispensable de passer par là. La diplomatie, c’est parler avec des vrais mots avec des vrais gens. On ne va pas utiliser le langage imposé du XIXe siècle. Lorsque vous choisissez ce métier, vous êtes obligé de vous dire ‘quelles sont mes qualités, quels sont mes défauts, et comment je vais mettre en valeurs les uns et contenir les autres’. Il peut y avoir deux ambassadeurs très différents qui se succèdent et qui sont bons l’un et l’autre. Mais qui seront bon l’un et l’autre de manière très différente.

Quelles sont les différences et les similitudes dans la vie quotidienne à Washington en tant qu’ambassadeur de France et celle à New York de représentant permanent à l’ONU ?

Ce sont deux métiers totalement différents. A New York, vous négociez dans votre bulle, aux Nations unies. Vous arrivez le matin, vous avez des séances de négociations. D’une certaine manière, votre emploi du temps ne vous appartient pas totalement parce qu’il y a beaucoup de réunions fixées. Le conseil de sécurité se réunit parfois deux fois par jour et au minimum trois, quatre fois par semaine. Alors qu’à Washington, je suis maître de mon emploi du temps. C’est moi qui décide si je veux aller au consulat général à Miami, qui je veux rencontrer à Washington. C’est un métier plus varié aussi. Vous faites de l’économie, du culturel, du politique, vous rencontrez des Français de l’étranger. C’est un métier où la partie relationnelle, la partie réception, est sans doute plus lourde qu’aux Nations unies.

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