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H-Burns : “Le plus important serait d’exister aux États-Unis”

Avec sa folk aux sonorités rock et sa voix aux accents de country américaine, H-Burns est bien en train de marcher sur les traces de son prédécesseur Herman Dune. Avec ses premières dates aux États-Unis cet été, l’auteur-compositeur Français à l’allure de bûcheron sensible Ardéchois a su conquérir New York.

Quelle est la signification de votre nom H-Burns ?
Je voulais avoir un pseudonyme en anglais composé d’un prénom et d’un nom, sauf que je souhaitais n’avoir qu’une initiale en guise de prénom. Le concept “burn” revenait souvent dans mes textes alors je me sui dit qu’il fallait que je l’exploite jusqu’au bout en en faisant mon nom. J’ai ajouté un H devant, plus pour la sonorité qu’autre chose, et j’ai trouvé que ça sonnait aussi bien en français qu’en anglais. Ce n’est pas très sexy comme explication, mais c’est vrai.

H-Burns, c’est un groupe ?
A la base, c’est moi qui ai écrit et composé tous les morceaux des deux albums. Sur le premier, j’étais vraiment tout seul avec ma guitare, mais sur le second, je me suis entouré de musiciens talentueux. L’un d’entre eux, Jonathan, qui joue avec le groupe Syd Matters, m’a aidé à produire le disque. L’autre musicien joue avec le groupe folk Thousand and Bramier, un nom très franco-américain pour le coup. Ces mecs-là ont joué sur le disque et désormais, je considère beaucoup plus H-Burns comme un groupe. J’ai l’impression d’avoir trouvé mes musiciens.

Comment avez-vous rencontré Jonathan de Syd Matters ?
Avant, j’organisais des concerts à Valence, là où je vis dans le Sud de la France. Un jour, j’ai fait venir Syd Matters pour un concert. J’ai trouvé des points communs et des similitudes artistiques à ce que l’on faisait, le fait de chanter en anglais en France et d’avoir tous deux des influences plutôt folk par exemple. J’aimais ce qu’ils faisaient, alors je les ai rencontrés et nous sommes devenus amis. Chacun appréciait la musique de l’autre, c’est donc naturellement que nous avons décidé de travailler ensemble.

Comment s’est passée votre collaboration ?
C’était excellent. Je lui ai demandé de m’aider car je trouve qu’il possède une vraie science de l’arrangement discret et riche, sans être pompeux. J’ai apporté mes compositions à la guitare et ensemble, nous nous sommes demandé quel type de disque nous avions envie de faire et quels instruments il fallait sur chaque morceau. A partir de là, nous avons travaillé chez lui à Paris pour créer les maquettes avant de partir enregistrer dans ma maison en Ardèche, avec d’autres musiciens.

Comptez-vous poursuivre la collaboration ?
Oui car aujourd’hui, Jonathan fait vraiment partie du groupe. Il m’apporte un point de vue différent de ma vision folk et amène une toute autre culture. Il me fait me remettre en question et essayer de nouvelles choses. J’ai tellement l’habitude de composer mes morceaux seul chez moi que cela me fait du bien. Par contre, même s’il aime ce que l’on fait ensemble, Syd Matters reste son principal projet. Quand je joue sur scène, je suis souvent en solo “acoustique et voix” à l’ancienne, à l’américaine des années 60. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai tourné aux États-Unis cet été.

“J’avais besoin de faire le disque des racines”

D’où est venue votre inspiration pour cet album ?
C’est un patchwork d’images des voyages que j’ai pu faire en tournée. Il y a des morceaux qui parlent de Toronto puisque j’y ai joué l’an dernier, en particulier la chanson Hopetown. Cette ville m’a énormément inspiré car c’était ma première expérience de grande ville étrangère. J’ai alors pu confronter les images que j’avais à l’esprit à la réalité de cette ville. D’autres morceaux parlent de Paris et de Romans-sur-Isère en Ardèche, la petite ville où j’ai grandi. Il y a également des morceaux plus personnels sur les relations humaines en général. J’essaye de trouver des thèmes qui peuvent toucher tout le monde.

Etait-ce important pour vous de parler de vos racines ardéchoises ?
Oui et c’est d’ailleurs pour ça que nous avons enregistré le disque dans ma maison familiale en Ardèche, là où mon père est né. J’avais besoin de faire le disque des racines, de réunir les gens que je voulais à l’endroit que je souhaitais. D’un point de vue technique, enregistrer dans cette maison a apporté un son particulier car nous avons enregistré dans de très vieilles pièces, avec du parquet et la réverbération naturelle. Nous cherchions un son vivant qui ne soit pas parfait et qui ne sonne pas studio. Cela ajoute une âme au projet.

Est-ce une façon d’exporter un peu la France aux États-Unis et ailleurs à travers la musique ?
Non parce qu’avec mon premier album, je ne m’attendais absolument à rien. Même si je n’ai pas vendu 10000 disques en France, cela a suffit pour que je m’exporte. Aujourd’hui, je trouve extraordinaire de pouvoir faire 15 jours de tournée au Canada et aux États-Unis. Je commence seulement à réaliser que ce que je fais peut intéresser les gens d’ailleurs. Au début, je pensais que personne n’aurait rien à faire d’un Français qui vient chanter en anglais ici. Pourtant, des gens écoutent ce que je fais et j’adore ça.

Chanter en anglais tout en essayant de garder ses racines françaises, n’est-ce pas un peu paradoxal ?
La folk est une musique universelle. Partout dans le monde, des gens prennent une guitare et chantent. Ensuite, tu associes cela à ta propre histoire et si ton histoire est française, pourquoi pas. Si j’ai envie de parler du picodon, le fromage de chèvre, dans une de mes chansons, je ne vois pas pourquoi m’en priver (rires).

Il n’y a pas de chansons en français dans votre album. N’avez-vous pas envie de chanter dans votre langue ?
La culture rock au sens large s’est développée aux États-Unis. L’anglais est donc naturel et la sonorité de cette langue va particulièrement bien avec cette musique, mieux que le français en tout cas. Je n’arrive pas à écrire en français et de toute façon, je ne veux pas jouer au petit “Frenchie” qui arrive aux États-Unis et qui fait du charme en chantant en français. Ce serait forcé. Peut-être que dans dix ans, je dirai le contraire, mais pour l’instant, je me vois faire encore plusieurs disques en anglais.

“New York est une espèce de bordel gigantesque équilibré”

C’est votre première fois aux États-Unis… qu’est-ce que cela vous fait ?
On m’a dit que je n’étais pas vraiment aux États-Unis mais que j’étais à New York (rires). C’est assez cosmopolite et c’est exactement ce à quoi je m’attendais. Il y a plusieurs villes dans la ville. J’ai l’impression que New York est une espèce de bordel gigantesque réellement équilibré. C’est une sensation bizarre car les gens ont tous l’air d’avoir eu une histoire particulière. Sans être dans la fascination, vivre une telle expérience me parait très naturel. Je me sens bien dans aux États-Unis.

Vous avez composé un album très dépouillé et vous avez signé avec Boxson, un label indépendant. Besoin de liberté ou de vous faire remarquer ?
Pour me faire remarquer, j’aurais pu employer des moyens qui me fassent vendre plus de disques (rires). C’est simplement ma conception artistique de la musique. Mon prochain album devrait être plus rock avec plus de grosses guitares, mais je cherche toujours à composer quelque chose d’intègre et honnête. J’aime que cela sonne artisanal et si cela doit rester confidentiel, tant pis. Je pense qu’on peut faire de la musique intimiste et vendre autant d’albums qu’un artiste formaté. Attention, je ne cherche pas à toucher le moins de monde possible et je ne pars pas dans un délire élitiste (rires). Je trouve cela ridicule et réducteur.

Peut-on qualifier votre style de folk intimiste ?
C’est vrai que si tu viens à l’un de mes concerts et que je suis seul à jouer avec ma guitare, tu me diras que ce que je fais est de la folk intimiste parce que les gens sont assis et qu’ils écoutent mes textes et mon univers. Par contre, quand je suis avec un batteur et un guitariste, ma musique prend un côté un peu plus rock. Ce qui est intimiste, c’est la façon d’écouter. Mais j’aime à dire que je fais de la folk/rock.

Comment s’est passé le processus de création de l’album ?
Cet album a été beaucoup plus réfléchi et mûri que le premier. Les morceaux ont été composés sur un an, maquettés et travaillés sur deux à trois mois avec Jonathan, et enregistré en une quinzaine de jours. C’était un processus classique de gestation de disque. J’avais plus d’instruments que pour le premier album, ainsi que des musiciens. Même si je voulais garder un côté spontané, dès qu’il y a des instruments et des musiciens supplémentaires, cela prend plus de temps.

Quels instruments retrouve-t-on sur votre album ?
Il y a une batterie pour donner un son plus rock que le premier album. Nous avons travaillé avec beaucoup d’instruments acoustiques comme la scie musicale, le clavier-basse, la mandoline, le banjo, le lap steel, la basse, le piano… Il y a quand même quelques guitares électriques. Sur le prochain album, il y aura beaucoup moins d’instruments acoustiques et plus de guitares électriques. J’ai réalisé deux disques très connotés acoustique et comme je ne souhaite pas refaire le même album à chaque fois, le prochain sera résolument plus rock.

“Mon accent est connoté bien malgré moi”

Vous avez fait un « Canadian/USA Tour » avec uniquement deux dates américaines et toutes les deux à New York…
Cela faisait bien de mettre un titre comme celui-ci pour la tournée (rires). En fait, c’était purement une question géographique car les distances ici sont grandes. Nous avions déjà les dates canadiennes de calées, ce qui nous a permis de pouvoir bouger un peu. New York était la ville où il fallait absolument venir jouer et ce n’était pas trop loin. Bien sûr, j’aimerais jouer ailleurs comme à Chicago, à Boston… Mais dans un premier temps, quand tu viens en découverte, le plus important est de venir à New York.

Comment s’est passée votre première rencontre avec le public américain cet été ?
Elle fut épique parce qu’au lieu de jouer à 21h, j’ai joué à minuit. Je suis resté coincé dans l’avion pendant cinq heures à cause d’un orage. Les gens qui étaient venus pour me voir et me découvrir à 21h n’étaient plus là à minuit, mais il y avait quand même des gens très attentifs et très réactifs. Quand je suis arrivé, je me suis présenté comme toujours : H-Burns du Sud de la France (rires). Je me suis tout de suite senti dans le bain new yorkais car dès qu’un morceau plaisait, le public me le faisait savoir et me parlait entre chaque titre. J’ai adoré ça.

D’où vous vient cet accent country américain ?
C’est vrai que je ne pense pas avoir un accent franchouillard (rires). Je pense que j’ai calqué mon accent sur les disques que j’ai écouté et j’ai du prendre un accent qui n’était pas le mien à la base. Après, quand je présente mes morceaux, parfois je vais mâcher un mot et on sent tout de suite que je ne suis pas anglophone. Mon accent est connoté bien malgré moi, mais il n’est pas du tout forcé.

Quelles sont vos influences ?
Pour les plus évidentes, il y a Bob Dylan et Neil Young. Après, il y a toute la folk indépendante américaine des années 90, comme Bonnie Prince Billy, Sonic Youth…

Quels sont vos projets du moment ?
Je vais continuer à tourner pour défendre l’album en France et essayer de chercher des licences à l’étranger. A côté, je compose des morceaux pour le prochain album. J’aimerais beaucoup sortir un album chaque année, comme cela se faisait à l’époque. Mon premier album est sorti en mars 2007 et le second en mars 2008, ce serait génial si j’arrivais à sortir le prochain en mars 2009, mais je pense plutôt à septembre 2009 car le délai est un peu trop court (rires). Je voudrais que mes disques soient disponibles dans les pays d’Europe de l’Est car ils réagissent bien au genre de musique que je propose, mais le plus important pour moi serait quand même d’exister aux États-Unis et au Canada.

 

Myspace de H-Burns :
http://www.myspace.com/hburnsmusic

 

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