Subscribe

Hélène Berr, une Anne Frank parisienne

La Maison française de Washington accueille pendant une semaine une exposition consacrée à Hélène Berr, jeune étudiante de Paris qui, dans son journal, a témoigné au quotidien du sort des Juifs sous l’Occupation avant d’être déportée.

« C’est l’histoire avec un grand H qui rencontre la petite histoire », résume Mariette Job à propos de l’exposition consacrée à Hélène Berr, sa tante déportée pendant l’Occupation.

Née en 1921, cette dernière, alors jeune étudiante en littérature anglaise à la Sorbonne, est témoin de la persécution progressive des juifs à Paris. Elle se met à écrire un journal dans lequel elle consigne son quotidien, confie ses peines, raconte les interdictions antisémites, jusqu’au moment d’une déportation dont elle ne réchappera pas, en 1944.

Plus d’un demi siècle plus tard, c’est sa nièce, Mariette Job, qui fait revivre le manuscrit. Publié et vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, ce témoignage rare est aujourd’hui l’objet d’une exposition accueillie pendant une semaine par la Maison française de Washington.

« Ce n’est pas anodin de faire connaître un texte de ce type, très personnel, surtout que la déportation restait un sujet difficile à aborder dans ma famille, explique Mariette Job. Cela a été un long cheminement, mais je me suis rendue compte qu’il était important de partager ce témoignage, qui est au départ familial mais se révèle en fait universel. Je devais le faire, il fallait faire exister Hélène Berr au-delà de sa famille. »

N’ayant qu’une copie du texte, celle-ci se met d’abord en quête de l’original, qui se trouve entre les mains de Jean Morawiecki, le fiancé d’Hélène entré dans la Résistance et devenu diplomate à qui cette dernière avait réussi à faire transmettre son journal. Celui-ci accepte de confier les écrits de la jeune fille à Mariette qui, forte de son passé de libraire, se replonge dans le manuscrit pour le retranscrire au mieux.

Une exposition itinérante

Un premier livre sort, à destination de la famille proche… puis l’histoire parvient jusqu’au Mémorial de la Shoah qui perçoit l’importance mémorielle et historique du journal d’Hélène Berr. Touchant et rare, ce témoignage exceptionnel finit par être publié en 2008 et connaît tout de suite un fort succès, en France mais aussi à l’étranger où il a été traduit en une vingtaine de langues.

C’est en personne et en compagnie de l’ambassadeur François Delattre et du directeur du Mémorial de la Shoah que, le 1er mars, Mariette Job a inauguré l’escale américaine de l’exposition itinérante consacrée à sa tante. Illustrés de photos d’époque et de clichés de famille, les écrits d’Hélène Berr ont été mis en parallèle avec l’évolution de la situation des juifs de France, qui, peu à peu mis à l’écart de la société, vont être nombreux à finir leurs jours, comme la jeune étudiante parisienne à Bergen-Belsen, en camp de concentration.

« En plus de donner un point de vue exceptionnel sur l’époque, ces textes sont d’une grande qualité littéraire, explique Déborah Farnault, responsable des expositions du Mémorial de la Shoah en Amérique du Nord, on sent la tension monter au fil des pages, et cela se perçoit même au niveau de l’écriture qui change peu à peu avec les événements. »

Terriblement révélateurs, les derniers mots qu’Hélène Berr confiera, en février 1944, à son journal – « horror, horror, horror », en écho à MacBeth de Shakespeare – témoignent de la lucidité de la jeune étudiante qui, un an plus tard succombera à Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération du camp nazi.

Hélène Berr – Une vie confisquée, exposition à la Masion Française de Washington D.C.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related