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Henri Dauman, fabricant d’icônes

On connaît tous, sans le savoir, ses clichés d’Elvis Presley ou de John Kennedy. Immigré aux États-Unis à 17 ans, le photographe français Henri Dauman est l’archétype du self-made man. Peu connu du grand public, il a écrit l’une des pages du photojournalisme américain. France-Amérique est heureux de vous faire (re)découvrir un pan de son œuvre.

Orphelin au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, Henri Dauman, né à Montmartre en 1933, embarque seul, muni de son appareil photo sur le paquebot Liberté, rejoindre son “oncle d’Amérique” en décembre 1950. Il n’a que 17 ans. Dégourdi, le jeune homme qui ne maîtrise pas encore l’anglais, devient correspondant pour le journal France-Amérique. “Je photographiais les personnalités politiques et culturelles de passage, et la vie de la communauté française à New York”.

Il transforme sa cuisine en chambre noire, effectuant ses reportages le jour, et les tirages la nuit, qu’il envoie ensuite par la poste aux différentes rédactions. Se définissant comme un “One-Man Agency“, il revendique une liberté totale d’action et se paie même le luxe de refuser un poste fixe au sein du prestigieux magazine Life. Créatif, Henri Dauman innove sans cesse : “pour le supplément du New York Times, qui était alors imprimé sur du papier journal gris de qualité médiocre, j’ai eu l’idée d’installer un flash électronique derrière mes sujets, afin d’éclairer les portraits pour qu’ils ressortent mieux une fois imprimés sur la page”. Un procédé largement utilisé depuis par les photographes.

Portraitiste de stars

De sa longue carrière, Henri Dauman aura collecté plusieurs centaines de portraits, une galerie impressionnante, du tout Paris aux acteurs d’Hollywood. Réinventant le glamour au naturel, sans effets de pose, il immortalise les regards sensuels de Liz Taylor, le panache de Marilyn Monroe, la profondeur de Jane Fonda, le dos nus de Brigitte Bardot (aux côtés de qui il fait une apparition en 1962 dans le film Vie privée de Louis Malle, dans le rôle d’un photographe), l’attitude fringante d’Elvis Presley, la fougue de Miles ­Davis, la classe d’Yves Saint Laurent, le visage juvénile d’Alain ­Delon et le regard étonnamment tendre de Godard.

Dans la course à l’image, il se démarque aussi par ses cadrages audacieux et assure lui-même la mise en scène de ses shootings. Expérimentateur, il s’adonne avec joie à l’exercice des “séquences”, ces séries de photos instantannées très cinématographiques, qui donnent l’impression d’assiter à une scène animée : l’une de ses meilleures saisit Liz Taylor en transe à un match de boxe. Cette audace séduit les Américains, et son travail est publié dans Newsweek, le New York Times et surtout Life Magazine, dont il devient le photographe vedette en 1958. Certains de ses clichés, influencés par le Pop art, inspireront à leur tour les maîtres, comme Andy Warhol et Roy Lichtenstein.

Outre les stars, ce photographe de rue infatigable signe des reportages fabuleux, captant aussi bien la bohème de Greenwich Village que la dure réalité du Bronx, l’Amérique noire, le combat pour les droits civiques ou la démesure de l’architecture locale. En 1963, le Museum Of Modern Art de New York acquiert sa série sur l’architecture américaine, “Looking up“, qui saisit la restructuration de la ville lors des grands travaux d’urbanisme. Outre sa technique et son instinct, c’est aussi un regard : celui d’un Français fasciné par la modernité de l’Amérique d’après-guerre, en pleine mutation.

Témoin privilégié d’un pays qui lui a ouvert grand ses portes, il possède dans son appartement de l’Upper East side, à New York, des milliers de négatifs, autant de planches-contacts et des centaines de tirages d’époque. Soit un demi-siècle d’histoire de l’Amérique en sommeil dans ses cartons ; un trésor que les Français commencent tout juste à découvrir, au lendemain de sa première rétrospective à Paris au Palais d’Iéna, “Manhattan Darkroom“, en décembre dernier.

Photos : copyright © Henri Dauman/ Daumanpictures.com / All rights reserved.

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