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Hervé Cassan

A le croiser dans les couloirs de l’ONU à New York, avec son teint hâlé, sa courtoisie parfaite, sa disponibilité permanente et son air "si français", on pourrait le juger intelligent mais dilettante, attentif mais distancié. À ces remarques, son ancienne assistante aux Nations unies, Jacqueline Haspil, s’insurge: "Quelle erreur! Je travaillais avec lui presque 24 heures sur 24. Il ne dormait jamais. Le jour, on travaillait avec l’Amérique, la nuit avec l’Europe. Je me souviens qu’il me dictait encore des textes au téléphone au moment de la naissance de sa fille Clara et il a failli se faire expulser de la salle d’accouchement. Mais c’est vrai qu’il n’aime pas se montrer laborieux. C’est sa coquetterie." Un membre du cabinet confirme. « Hervé Cassan fut, avec Charlie Hill, la véritable boîte à idées de Boutros Boutros-Ghali à l’ONU. Son discours de Vienne en 1993, lors de la Conférence des Droits de l’Homme reste un texte culte de l’ONU et la base de la réflexion internationale sur les rapports entre paix, démocratie, et droits de l’homme. » L’ambassadeur Hervé Cassan fit partie du premier cercle de Boutros Boutros-Ghali lorsque l’Égyptien dirigeait l’Onu de 1992 a 1996. « Il fallait les voir ensemble », se rappelle un ancien Secrétaire Général adjoint des Nations Unies. « Je l’ai beaucoup aimé » dit aujourd’hui sobrement l’ambassadeur Hervé Cassan qui préfère parler de Kofi Annan, son successeur, dont il dit joliment qu’il a donné à l’Onu la part d’humanité qui lui manquait. Après l’ONU et les tourbillons de la diplomatie mondiale, Hervé Cassan rejoint Paris et la Francophonie. « Nous avons dû en peu de temps transformer une agence de coopération culturelle et technique en véritable Organisation internationale et il a fallu bousculer beaucoup d’habitudes et de mentalités. Mais l’OIF est aujourd’hui une formidable aventure! » Hervé Cassan passe cinq ans comme Conseiller spécial du Secrétaire Général de l’OIF, dirige brièvement le Haut Conseil de la Francophonie avant d’être nommé ambassadeur de la Francophonie à Genève par le nouveau Secrétaire Général de la Francophonie Abdou Diouf. « Je suis résolument pour une Francophonie de la modernité, une Francophonie de l’ouverture, une Francophonie offensive. La Francophonie ce n’est pas un combat contre l’anglais, ce n’est pas une nostalgie coloniale, ce n’est pas un combat d’arrière-garde pour linguistes académiques et puristes. C’est un engagement en faveur du multilinguisme, de la diversité culturelle et de la démocratie internationale.» Pas étonnant donc que le président Abdou Diouf demande à Hervé Cassan d’accepter le poste d’ambassadeur de la Francophonie à New York. Il retourne donc à son tropisme américain en soulignant qu’il est aussi intéressé de représenter la Francophonie à l’ONU que d’expliquer la Francophonie aux Américains. La Francophonie des Amériques! Voilà la véritable passion de l’ambassadeur Cassan et il a durant ces dernières années tissé un impressionnant réseau francophone à travers les États-Unis (universités, milieux d’affaires, associations, groupes de pression). Il a multiplié les conférences, expliquant sans cesse la politique du président Abdou Diouf et ses grands combats pour la diversité culturelle. « Les Américains sont très ouverts et très sensibles aux valeurs de la Francophonie, à condition de venir les leur expliquer, souvent dans leur langue. » dit l’ambassadeur Hervé Cassan. « Et c’est une action essentielle pour la Francophonie que j’aimerais poursuivre ». Sans doute est-ce la raison pour laquelle il a décidé, à l’issue de sa mission diplomatique à New York de rester aux États-Unis. Hervé Cassan dit volontiers qu’il est avant tout un universitaire, un professeur agrégé de droit et de sciences politiques de la Sorbonne. Il vient d’être nommé à la chaire Phyllis Taylor dela Louisiana State University (LSU) et compte bien poursuivre son combat pour la Francophonie en Louisiane. « J’ai la chance de rejoindre the Department of French Studies, un pôle d’excellence à LSU. Faire rayonner le français et les valeurs francophones à partir de la Louisiane est évidemment un défi exaltant. J’en ai longuement discuté avec le président Abdou Diouf qui adhère pleinement à cette idée de la Francophonie des Amériques. D’autant que 2008 sera aussi l’année du Québec, celle du 400 e anniversaire de sa fondation et le lieu du prochain Sommet de chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie. Et que serait la Francophonie sans le Québec? » dit souvent l’ambassadeur. Curieusement, l’ambassadeur Hervé Cassan parle peu de la France et de son action. Il déplore ce qu’il appelle: le défaitisme francophone des Français et aime rappeler que « le français n’appartient pas à la France ». Lorsqu’on lui demande si le président Sarkozy aimera moins la Francophonie que le président Chirac, il est catégorique: « Chirac aimait la Francophonie à l’ancienne, une Francophonie émotionnelle et affective. Le président Sarkozy sera davantage sensible à la modernité de la Francophonie dont je vous parlais et qui est aussi ma vision de la Francophonie. Je suis donc très confiant ». Et l’Afrique dans tout ça? L’ambassadeur n’hésite pas à ce propos à développer un paradoxe: « Sans exagération, je dirai que la Francophonie a plus besoin de l’Afrique que l’Afrique de la Francophonie. Sans l’Afrique, il y a longtemps que le français ne serait plus une langue internationale, et je le vérifie tous les jours à l’ONU. Sans l’Afrique, la Francophonie perdrait cette dimension du Sud qui fait sa force, sa vitalité, son imagination, son avenir. Et la prestigieuse figure du président Abdou Diouf en témoigne parfaitement. » Autres dossiers? « Je souhaiterais vraiment que l’on puisse aborder sérieusement la question de l’immigration dans l’espace francophone. Je pense que la France d’aujourd’hui peut apporter une utile contribution à cette réflexion, en étant attentive aux expériences canadiennes et québécoises notamment. »

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