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Hillary Clinton sillonne l’Amérique

Pour une non-candidate, Hillary Clinton a la bougeotte: au moins 35 déplacements publics depuis janvier, un circuit qui l’emmène d’un bout à l’autre des Etats-Unis, et lui permet de roder tranquillement les thèmes d’une éventuelle candidature à la Maison Blanche.

Rien qu’en avril et mai “Hillary”, 66 ans, a prononcé un discours au salon du recyclage des métaux à Las Vegas, où une femme lui lança une chaussure sans l’atteindre; participé à une discussion avec Christine Lagarde au sommet Women in the World à New York, l’occasion de se faire prendre en photo avec les Pussy Riot; et elle s’est rendue à Washington, San Francisco, Portland, San Jose, Boston, à l’ONU, dans le Connecticut, dans le Kentucky et à Phoenix.

D’est en ouest, l’ancienne Première dame (1993-2001), sénatrice (2001-2009), secrétaire d’Etat (2009-2013) déroule son bilan, notamment de politique étrangère. Et livre des éléments autobiographiques qui dépeignent une femme d’Etat aux valeurs solides, engagée depuis deux décennies dans le combat pour l’égalité hommes-femmes et contre les inégalités sociales. Une biographie en forme de programme politique officieux. Un samedi d’avril, son agenda prévoit deux étapes: le congrès des femmes méthodistes, à Louisville dans le Kentucky, et un forum avec John McCain dans l’Arizona.

Dans le centre de convention comble de Louisville, devant 6 500 femmes, Hillary Clinton raconte son enfance, pétrie de religion, influencée par l’éthique de travail de ses ancêtres gallois et de sa grand-mère quasi-aveugle. Sans notes ni prompteur, équipée d’un micro-cravate, elle amadoue le public avec des anecdotes. “Je me souviens de mon père priant au pied de son lit tous les soirs, ça m’impressionnait énormément, car mon père était un footballeur, un ancien officier dans la marine pendant la guerre, c’était quelqu’un de très dur, de très indépendant, mais tous les soirs, il était là, humble, agenouillé devant Dieu”, raconte-t-elle. “J’adorais cette église”. Applaudissements à tout rompre. “Je suis prête pour une femme présidente, à condition qu’elle soit qualifiée, et en l’occurrence elle est hautement qualifiée”, dit une fan, Kathy Crone, qui assure bien connaître la maman de Bill.

“Madame la présidente”

Si Hillary Clinton est venue gratuitement à Louisville, son tarif s’élève vraisemblablement à 200 000 dollars, selon le Washington Post, lorsqu’elle intervient dans des conventions professionnelles (concessionnaires automobiles, salon des systèmes informatiques de santé…). Forcément, “la” question lui est systématiquement posée: sera-t-elle candidate à la succession de Barack Obama? Au facétieux John McCain, qui l’appelle à Phoenix “Madame la présidente”, elle répond: “Arrête, John! Tu vas me créer des problèmes!”

Mardi près de Washington, à un congrès de spécialistes de la santé mentale, elle déclenche une ovation en déclarant, dans un grand sourire: “C’est une très bonne question, car évidemment j’y pense beaucoup”. “Il faut juste que je décide si je suis prête ou non”, explique-t-elle. “Donc restez à l’écoute, quand je saurais, vous saurez!” En décembre, elle avait annoncé qu’elle se déciderait en 2014 (les primaires commenceront début 2016). Partout où elle parle, elle ne manque pas de citer les nombreux projets humanitaires de la Fondation Clinton, qu’elle a rejointe en 2013.

Elle prend surtout un soin méticuleux à défendre son bilan, que ses détracteurs jugent faible. A Phoenix, face à John McCain, elle énumère ses réussites comme dans un futur débat présidentiel. Naïveté face à la Russie ? Elle rétorque qu’elle n’a jamais ménagé Vladimir Poutine, qui en retour “m’a attaquée personnellement”. L’échec des négociations entre Israël et Palestiniens ? “J’ai travaillé très dur”. L’attaque terroriste de Benghazi ? Elle annonce qu’un chapitre entier de son prochain livre, “Des décisions difficiles” (“Hard Choices”, sortie le 10 juin en anglais et en français chez Fayard), y sera consacré.

“Est-elle prête à y aller, physiquement et mentalement ? J’ai l’impression que oui”, dit Joe Conason, auteur et journaliste, très lié à la sphère Clinton depuis les années 1990. “C’est en l’observant dans la tournée de promotion de son livre et dans la campagne des législatives de novembre qu’on comprendra la direction qu’elle prend”. En attendant, “il faut qu’elle construise un message positif sur elle-même, et sur ce qu’elle veut accomplir”.

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