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Hollande, roulé dans la farine par Obama

EDITO. Le voyage d’Etat, catégorie luxe, que Barack Obama vient d’offrir au président français (Washington, Monticello, San Francisco), devait compenser le camouflet infligé à Hollande en août dernier. On rappellera que Hollande avait alors annoncé solennellement une attaque militaire française contre les troupes de Assad en Syrie : pas un bouton de guêtre ne manquait aux soldats français. L’Etat-major américain avait donné son accord aux militaires français pour intervenir depuis les airs. Hélas ! Le lendemain, Barack Obama contredisait Hollande et annulait la frappe militaire : l’œil rivé sur les sondages qui montraient le peu d’intérêt des Américains pour la Syrie, et figé dans sa réputation de “pacifiste”, Obama se fichait et des victimes syriennes et de son allié français. “En politique, un pays n’a que des intérêts et pas d’amis”, disait Talleyrand (qui vécut à Philadelphie en 1793). Session de rattrapage donc du 10 au 12 février. Hélas ! Derrière les apparats, le seul dossier sur lequel Obama et Hollande auraient pu s’entendre et se rendre vraiment utiles – la Syrie – est resté en panne. A Alep ou Damas, les civils continueront de mourir en silence comme hier au Rwanda : l’Histoire jugera.

Autre camouflet : le dîner d’Etat à la Maison Blanche. On se sera beaucoup interrogé dans les médias américains et français sur le protocole à adapter au Président français soudain célibataire. On connaît la solution : Hollande fut placé entre Barack et Michelle Obama. Mais à côté de Michelle Obama, se trouvait l’humoriste Stephen Colbert qui, dans son show de Comedy Central, s’est moqué de Hollande avec une férocité que même en France, nul n’avait osé. Colbert serait-il un peu français ? Lui-même a précisé que son nom était d’origine allemande. Les Obama, il est vrai, ne brillent pas par leur intimité avec la culture française : dans son allocution de bienvenue, Barack Obama n’avait cessé d’appeler Tocqueville, Alex au lieu d’Alexis.

Plus embarrassant encore pour les Français fut le choix des invités à ce dîner d’Etat. La Maison Blanche octroya trente places seulement sur trois cents couverts, aux Français. L’ambassade de France à Washington, qui avait préparé une liste de Français résidant aux Etats-Unis et d’Américains impliqués dans la relation franco-américaine (dont le Prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel), a vu sa liste retoquée. Les Français à table furent principalement ceux qui étaient venus de Paris avec François Hollande. On notera néanmoins la présence de quelques chefs d’entreprise français installés aux Etats-Unis tels le CEO de Best Buy Hubert Joly et Philippe Dauman, le patron de Viacom. La communauté française aux États-Unis fut représentée par son député, Frédéric Lefebvre, par ailleurs conseiller régional en Ile-de-France : on appréciera.

Mais qui donc occupa l’essentiel des tables à ce fameux dîner ? Le petit monde des Obama : celui des donateurs du Parti démocrate, issus du monde des affaires et du show-business. En année électorale, François Hollande – sous couvert d’un dîner d’Etat – fut, en réalité, l’otage d’un “fund raising dinner” pour le Parti démocrate. Remarquablement absent parmi les invités, le monde de l’université et de la culture, en dépit d’échanges intensifs dans ce domaine entre la France et les Etats-Unis. Les temps changent : on se rappellera qu’au dîner de la Maison Blanche, les Kennedy invitaient des écrivains et que Mitterrand, en voyage aux Etats-Unis en 1983, était accompagné de celles et ceux qui symbolisaient la civilisation française. François Hollande, lui, est venu avec son nouveau meilleur ami et partenaire, Pierre Gattaz, président du Medef. La gauche n’est plus ce qu’elle était, ni en France, ni aux Etats-Unis.

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