Patrimoine

L’hôtel de la Marine : pleines voiles sur le XVIIIe siècle

Tour à tour dépôt luxueux du mobilier royal sous Louis XV et siège du ministère de la Marine, ce palais parisien, vitrine du savoir-faire français, ouvre enfin ses portes au public.
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© Benjamin Gavaudo/Centre des monuments nationaux

Les amoureux de l’architecture le surnomment « le petit Versailles ». Cet imposant édifice conçu par Ange-Jacques Gabriel, Premier architecte de Louis XV, est pourtant situé au cœur de Paris. Sa terrasse à colonnade donne sur la place de la Concorde, découvrant à droite les bosquets des Champs-Elysées et l’hôtel de Crillon, son frère jumeau, et à gauche, au-delà du jardin des Tuileries, la silhouette du palais du Louvre. Ouvert au public en juin dernier après deux siècles de réquisition par l’administration et cinq ans de travaux, l’hôtel de la Marine, vitrine du savoir-faire français, est un des lieux qui raconte le mieux le goût du siècle des Lumières, lorsque la France se parait du titre de mère des arts et des lettres.

Comme tous les palais mystérieux, son nom actuel, découlant de son occupation pendant près de deux siècles par le ministère de la Marine, n’est qu’un emprunt. En 1765, le bâtiment construit à la demande de Louis XV, successeur du Roi Soleil, accueille le Garde-Meuble royal. Rien à voir avec un banal entrepôt. Dans ce siècle de la distinction, où une société stratifiée mesure le rang d’une personne à son titre et son apparat, la décoration intérieure des résidences occupe une place de choix dans la représentation sociale. On entrepose dans le Garde-Meuble les plus belles possessions des résidences royales de Versailles, Fontainebleau, Compiègne et Marly : meubles, tapisseries, armes d’apparat et même les joyaux de la Couronne. L’intendant en charge de leur entretien et de leur restauration est par tradition un officier de la maison du roi, en relation directe avec le monarque. Pierre-Elisabeth de Fontanieu et Marc-Antoine Thierry de Ville-d’Avray, familiers des milieux artistiques et installés dans un édifice investi du rôle symbolique de représentation du pouvoir, y ont successivement aménagé de fastueux appartements témoignant du goût de l’époque. Ce sont ces pièces que l’on découvre aujourd’hui.

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© Benjamin Gavaudo/Centre des monuments nationaux
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© Benjamin Gavaudo/Centre des monuments nationaux

Une pure vitrine du XVIIIe siècle

La façade néo-classique, majestueuse, est surmontée de frontons sculptés et la colonnade corinthienne est aménagée en promenoir. Pour ce palais, Ange-Jacques Gabriel s’est inspiré des chefs-d’œuvre du classicisme édifiés un siècle plus tôt par Jules Hardouin-Mansart, l’architecte de Versailles, et Claude Perrault, celui du Louvre. Mais à l’intérieur, l’enfilade des appartements privés est une pure vitrine du XVIIIe siècle. Un siècle de grâce et d’élégance où les courbes du mobilier alternent avec des formes géométriques et symétriques pour finalement céder la place à des lignes droites inspirant douceur et délicatesse. Pour initier le visiteur à l’une des pages les plus raffinées des arts décoratifs français, l’hôtel de la Marine a eu l’idée de l’accompagner dans sa déambulation par Thierry de Ville-d’Avray lui-même, intendant de 1784 à 1789.

Casque audio sur les oreilles, vous voici dans son cabinet d’audience. Sur le parquet marqueté en acajou et chêne de Hollande se dresse un secrétaire à cylindre signé par Jean-Henri Riesener, l’ébéniste favori de Louis XV et de Marie-Antoinette. Réputé pour la subtilité de ses marqueteries et la qualité des bronzes de ses créations, Riesener jouissait à son époque d’une immense réputation. Les nobles s’arrachaient ses meubles, malgré leurs prix effarants. Entrez ensuite dans la salle à manger : le grand médaillier commandé par Louis XV – une splendeur – est le dernier exemple d’une collaboration ruineuse pour la famille royale. En passant par le salon d’angle, rehaussé de tapisseries des Gobelins, vous voilà dans le salon des amiraux, réplique de la galerie des Glaces à Versailles. A l’époque du Garde-Meuble royal, les plus belles étoffes et tapisseries de la Couronne y étaient rassemblées. En 1799, le ministère de la Marine et son état-major investissent les lieux et repensent le décor entièrement. Couverts de miroirs, les salons sont le théâtre de grands événements comme le bal donné lors du sacre de Napoléon Ier en 1804 ou la visite du roi Louis-Philippe en 1836 pour l’érection de l’obélisque de Louxor au centre de la place de la Concorde.

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© Benjamin Gavaudo/Centre des monuments nationaux
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© Ambroise Tézenas/Centre des monuments nationaux

Deux cent ans d’histoires

Au fil des ans, le Garde-Meuble transformé en hôtel de la Marine est devenu le balcon de l’histoire de France. En 1792, entrée par un volet fracturé, une bande de voleurs dérobe les bijoux de la Couronne qui ne furent qu’en partie retrouvés : c’est « le cambriolage du millénaire ». L’année suivante, la guillotine est dressée sous les fenêtres du palais pour l’exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette. En 1848, c’est dans son bureau de sous-secrétaire d’Etat chargé des colonies, au premier étage, que Victor Schœlcher prépare le décret d’abolition de l’esclavage, signé le 27 avril. En août 1944, lors de la libération de Paris, des fenêtres du bâtiment donnant sur la rue de Rivoli, les résistants tirent sur les troupes allemandes. Et en 1989, pour le bicentenaire de la Révolution française, la colonnade sert de tribune aux chefs d’État venus assister au défilé orchestré par le Franco-Américain Jean-Paul Goude.

La visite de ce monument historique méticuleusement restauré ouvre l’appétit. On choisira le Café Lapérouse ou la grande terrasse ensoleillée du Mimosa, le restaurant gastronomique dirigé par l’incontournable chef Jean-François Piège. Le premier est un hommage au navigateur Jean-François de La Pérouse, officier de marine durant la guerre d’indépendance américaine et explorateur du Pacifique (il a notamment créé la première carte de la baie de San Francisco, en 1786), et le second, un clin d’œil à « l’esprit Riviera au cœur de Paris ». Le thème de la mer n’est jamais loin!


Article publié dans le numéro de décembre 2021 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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