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Hugues Aufray : un « grand oublié » populaire

Hugues Aufray a beau avoir donné son nom à plusieurs écoles, offert à la chanson française certains de ses plus beaux classiques, continuer à balader, bon an mal an, de concerts en spectacles équestres, sa silhouette de chevalier country, il souffre, avoue-t-il, de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Pas par le public qui le suit depuis toujours mais, précise celui qui vient de fêter son 80e anniversaire et 50 ans de carrière, par ses pairs… Une note d’amertume qui ne viendra pas gâcher son plaisir de se produire à travers la France dès la fin du mois.
L’auteur de
« Santiano », « Stewball » et de « La terre est si belle », qui s’est  imposé depuis longtemps comme le traducteur attitré de Bob Dylan, sort également le troisième album consacré à l’icône américaine. Cette fois-ci, les copains, comme Johnny Halliday ou Eddy Mitchell, seront de la partie, ainsi qu’une guest star de choix, Carla Bruni.

 

Cet album qui va sortir en France est-il un retour aux sources ?
New Yorker, le titre de l’album est une référence au magazine The New Yorker que j’ai découvert lors de mon premier séjour aux États-Unis où j’avais été invité par Maurice Chevalier en 1961. Je trouvais ce magazine insolent et intelligent et c’est en le lisant que j’essayais d’apprendre l’anglais…

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?
J’ai vraiment pris un coup sur la tête… La vie à Greenwich Village, la musique, le rythme… On pouvait aller dans les clubs écouter Coltrane jouer pour 5 dollars en buvant un coca… Et il y avait tous ces jeunes, dont Robert Zimmerman (ndlr, Bob Dylan), qui n’étaient pas du tout connus alors. Je disais partout alors que je préferais être chauffeur de taxi a New York que jouer dans les cafés à Paris… mais

j’ai été en quelque sorte prisonnier de mon succès en France.

On sent une pointe de regret…
Non, il était temps. À l’époque, j’avais déjà 32 ans, j’étais marié avec deux enfants… J’ai fait ma carrière en France… Je dis toujours que le hasard et la nécessité ont fait de moi ce que je suis. Lorsque j’étais jeune, notre premier souci, mes frères et moi, c’était de gagner assez d’argent pour offrir un logement décent à ma mère, qui vivait dans une chambre de bonne, et payer les études de ma sœur…

Une fois lancé en France, il n’était plus question de retourner s’installer aux États-Unis, mais c’est vrai que Dylan, en 1965, m’avait invité à participer à plusieurs concerts, et je n’ai pas osé…

Dans New Yorker, vous reprenez des chansons de Bob Dylan que vous aviez déjà traduites. Avez-vous ajouté de nouveaux titres ?
J’interprète en solo deux chansons que je n’avais pas encore traduites, « Gotta Serve Somebody » (Tu dois servir quelqu’un) et « Ring the Bell » (Cloches sonnent). Mais j’ai décidé cette fois de rendre hommage à Bob Dylan en interprétant une douzaine de chansons en duo avec des grandes vedettes françaises de la génération de Dylan.

Avec Johnny on reprend « Forever Young » qui est une façon de se souhaiter une longue vie. Je sais qu’Eddy Mitchell aime beaucoup « Girl of the North Country » (La fille du Nord)… Pour Francis Cabrel, j’ai choisi « Blowing in the Wind », ce qui correspond bien à son esprit pacifique, que d’ailleurs je partage. Carla Bruni interprète « Don’ t think twice it’s alright ».

Comment Carla Bruni s’est-elle retrouvée associée à ce projet ?
Lors de la réception du 14 Juillet à l’Élysée, Nicolas Sarkozy m’a demandé sur quoi je travaillais… Carla Bruni est arrivée à ce moment-là. Elle a aussitôt dit qu’elle voulait chanter sur l’album et a choisi cette balade. C’est magnifique…

Quelle est la difficulté de traduire des chansons ?
C’est comme la poésie. En fait, il faut trouver la pensée et la philosophie du texte puis travailler sur le son… C’est pourquoi « Knocking on Heaven’s Door » est devenu « Ouvre-toi, Porte d’Or »
Je pense que le travail des traducteurs est sous-estimé alors qu’ils sont les instruments du métissage culturel. Leur rôle est déterminant. Et d’ailleurs, je n’ai jamais été récompensé dans ma carrière par mes pairs pour mon apport dans ce domaine… Jamais je n’ai été invité aux Victoires de la musique ou reçu un prix de la Sacem. Je suis un grand oublié mais j’en tire une sorte de fierté… d’autant que je joue devant des salles pleines.

Un album, une tournée… votre agenda est plein. Vous avez d’autres projets ?
J’ai la tournée, un nouveau spectacle équestre en préparation, et puis j’espère réaliser un projet aux États-Unis où habite une de mes filles et une de mes petites-filles qui ont en quelque sorte réalisé mon rêve… Je voudrais prendre contact avec les universités et faire une tournée pour défendre la francophonie.

 

Interview réalisée dans le cadre d’un concert prévu à Los Angeles le 21 août dernier et annulé. Aucune nouvelle date n’a été annoncée.

 

Infos pratiques

New Yorker, Mercury. Sortie en France en octobre.

Pour les lieux et dates de la tournée 2009 de Hugues Aufray :

www.huguesaufray.com

 

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