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« Il y a une volonté politique au plus haut niveau en Louisiane pour relancer le bilinguisme »

Dans le contexte difficile que connaît  actuellement la Lousiane, Olivier Brochenin, qui entame sa dernière année comme consul général de France à La Nouvelle-Orléans, souligne les efforts renouvelés de cet État bastion de la francophonie, pour faire du bilinguisme un atout – aussi- économique.

 

Il y a tout juste cinq ans, l’ouragan Katrina dévastait La Nouvelle-Orléans. Puis, en avril dernier,  il y a eu la  marée noire dans le golfe du Mexique. Quelle est la situation de la Louisiane ?

La Louisiane a des défis économiques importants à relever. Le développement de l’Etat dépend en effet d’un nombre restreint de vecteurs comme le pétrole ou le tourisme écologique.
Katrina a mis la Louisiane à plat. Mais, parce qu’il y avait tout à reconstruire,  elle connaît depuis cinq ans un taux de chômage moindre que celui des États-Unis, et un un taux de croissance plus fort. Lorsqu’en 2009 les États-Unis atteignaient 9,9 % de chômeurs, cet État était à 6. Elle n’atteint 6,5 % qu’en toute fin 2009. En dépit de la dureté de la situation, le secteur du tourisme se porte bien. Air Canada va rouvrir une liaison directe avec La Nouvelle-Orléans (ndlr, vol au départ de Toronto à partir du 30 octobre). J’observe que cet été, en principe la saison morte ici, les hôtels et les restaurants sont pleins… Ce sont des petits signes mais des signes…
Les paroisses côtieres du Sud vont indéniablement souffrir directement de la marée noire. C’est une  catastrophe écologique – et les experts en mesureront l’ampleur -, mais elle n’est pas visible comme pouvaient l’être les marées noires qui ont affecté les plages de Bretagne… Mais ce qui risque, en fait, d’avoir un impact plus durement et plus immédiatement ressenti, c’est le moratoire sur les forages en eaux profondes.

Comment la francophonie s’inscrit-elle dans le développement économique de la Louisiane ?

Les Louisianais regardent beaucoup ce qui se passe au Canada. En Louisiane, la francophonie est plus fragile qu’au Canada. Mais il y a une force francophone suffisante pour qu’on puisse parler de biculturalisme, voir de bilinguisme dans certaines paroisses, et pour que ce soit un atout de développement économique. Lafayette, par exemple,  est le siège du festival le plus francophone des États-Unis (ndlr, le Festival  International de  Lousiane en avril). Il attire 150 000 à 200 000 personnes – en termes de développement économique, c’est énorme ! Et ce qui est mis en avant dans cette manifestation, c’est la marque de fabrique bilingue. Lafayette est aussi la première ville des États-Unis membre de l’Association internationale des maires des municipalites francophones. L’inscription a un coût, mais Lafayette estime que le retour en terme de visibilité est assez  important pour le justifier. Par ailleurs, la Louisiane est devenue le troisième pôle de production audiovisuelle des États-Unis, après New York et la Californie. Il y a  tournages sur tournages à La Nouvelle-Orléans ! Toujours dans l’audiovisuel, le Louisiana Public Broadcasting, la télévision d’État de Louisiane est extrêmement engagée dans la diffusion de programmes francophones. Le succès de TV5 qui a été lancée dans le  le sud de la Louisiane en mars dernier est également parlant.

Le volet économique est également  très présent dans la réflexion qui a mené à la restructuration du Conseil pour le développement du français en Louisiane (Codofil).

Il y a désormais une volonté politique au plus haut niveau en Louisiane pour relancer la dynamique du bilinguisme en la greffant sur le développement économique et touristique de la région. En novembre 2009, le lieutenant-gouverneur Mitch Andrieu (ndlr, aujourd’hui maire de La Nouvelle-Orléans) et le sénateur de l’État de Louisiane, Éric La Fleur, ont rencontré notamment  Jean-Pierre Raffarin, le représentant personnel de Nicolas Sarkozy auprès du conseil permanent de la francophonie, Alain Joyandet, secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie et Abdou Diouf, le secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie. Le dialogue a été noué au plus haut niveau. C’était l’occasion parfaite pour rénover le Codofil qui venait de fêter ses 40 ans. Il fallait situer le Codofil, qui demeure le moteur de la francophonie, au milieu de cet engagement politique. Toujours dans cet esprit, le gouverneur Bobby Jindal a également fait par lettre et en français, une demande officielle pour que la Louisiane soit invitée au prochain sommet de la Francophonie à Montreux fin octobre. Clairement, les élus louisianais estiment qu’il est important de s’investir dans la francophonie. C’est un moment à saisir.

Le Codofil accompagne notamment les programmes d’immersion en français dans les écoles publiques de Louisiane. Comment se porte l’immersion ?

Ces trois dernières années dans  le bassin scolaire de  La Nouvelle-Orléans et de la paroisse de Jefferson, on a noté une augmentation de 10 % sur les chiffres de l’immersion. Mais il y a des paroisses où l’offre n’est certainement pas à la hauteur de leur niveau de bilinguisme. Le Codofil, justement, doit être à l’avant-garde des initiatives de création de programmes d’immersion.

Il y a un probleme de suivi de ces programmes au niveau lycée.

Les professeurs des classes d’immersion sont  à 97 %, voire plus, des francophones venus de l’étranger qui peuvent enseigner ici seulement jusqu’au niveau collège (ndlr, middle school) car la certification (ndlr, validation du diplôme) n’est pas la même pour enseigner en lycée (ndlr, high school). Mais nous sommes en discussion avec Paul Pastorek, l’équivalent, en Louisiane, du ministre de l’Éducation. Et si une école requiert le bénéfice d’un enseignant étranger francophone en lycée, cette demande pourra désormais être instruite. Le but serait d’amener  les élèves des classes d’immersion jusqu’à l’université.

La crise financière a entraîné des coupes sombres dans le budget des universités de Louisiane. Des départements de français en font les frais comme à la Southeastern Louisiana University ou à la Louisiana State University. Cela semble paradoxal.

À LSU, le centre d’études françaises et francophones n’a pas été supprimé. Il a été décidé finalement qu’il serait intégré au département de langue. Sous la pression budgétaire, les universités ont fermé des dizaines de programmes dont des cursus en français. Nous le regrettons bien sûr.  Il n’empêche qu’il y a un accroissement du nombre d’élèves en immersion en primaire et en collège et un souhait de développement au niveau des lycées. Pour un État de sa taille, la Louisiane a une offre francophone très forte autour de trois pôles importants : Tulane University à La Nouvelle-Orléans, la Louisiana State University à Bâton-Rouge  et la Louisiana University de Lafayette.

Vous vous préparez à recevoir une délégation sénatoriale le 12 septembre. Dans quel cadre se déroule cette visite ?

Elle est justement liée à la francophonie. Le sénateur Raffarin, président du groupe d’amitié américain de la chambre haute a été invité  par la sénatrice Mary Landrieu en visite officielle. Mary Landrieu est la sœur de Mitch Landrieu et aussi la présidente du groupe d’amitié français au sénat  américain. Le programme n’est pas encore arrêté mais il rencontrera notamment les élus de l’assemblée des parlementaires francophones de Lousiane, présidée par le sénateur Éric La Fleur. Et tout ceci à un mois du sommet de la Francophonie de Montreux.  Ce sera l’occasion de réaffirmer un soutien de la France à la délégation louisianaise qui se rendra en Suisse.

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