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In vino caritas !

VRP des temps modernes prêchant la bonne parole en soutane, le frère Marie Pâques, moine cistercien de l’Abbaye de Lérins au large de la Baie de Cannes, organise une série de dégustations à New York les 9 et 10 octobre, pour présenter le vignoble et les cuvées du monastère méditerranéen.

A un dîner officiel donné à la Maison Blanche en l’honneur du Président Hu Jintao en janvier 2011, on servit un Chardonnay américain du domaine DuMOL. Le propriétaire de ce vignoble californien estime que depuis, ses ventes en Chine ont quadruplé ! Ce n’est pas une surprise. La publicité entourant les raouts des puissants de ce monde garantit une promotion quasi immédiate des produits sélectionnés pour régaler les papilles des invités de marque. Aussi est-ce bien normal que l’on s’intéresse au producteur des deux vins français servis aux 26 chefs d’Etat à l’occasion du G20 à Cannes en novembre dernier, et qu’une série de dégustations soit organisée à New York les 9 et 10 octobre pour y présenter le vignoble et ses cuvées.

L’histoire prend un tour un peu plus original, fleurant bon la garrigue et les récits d’Alphonse Daudet ou de Marcel Pagnol, lorsque l’on décline l’identité du visiteur qui affronte la Grosse Pomme pour mieux faire connaître ses vins : ce VRP des temps modernes prêchant la bonne parole en soutane, urbi et orbi, (et on serait presque tenté de l’imaginer un bâton de pèlerin à la main), est… le frère Marie Pâques, moine cistercien gérant de la société Lérina Sarl créée par les moines de l’Abbaye de Lérins, située sur l’île Saint Honorat, en Méditerranée.

Dans un cadre azuréen idyllique à la nature préservée, au large de la baie de Cannes, vit en effet une communauté d’une vingtaine de moines qui perpétuent la loi du silence, de la prière et du travail, dictée par Honorat, le saint fondateur de l’abbaye en l’an 405. Ora et labora, prie et travaille ! La règle de Saint Benoît ne les a pas empêchés, depuis peu, pour des raisons de survie économique, de renouer avec un artisanat monastique traditionnel – la production viticole – lorsque la décision s’imposa d’engager d’urgents travaux de restauration des bâtiments et des toitures. Bénédiction divine: cette île d’une longueur de 1 500 mètres sur une largeur de 400 mètres, dotée d’un sol argilo-calcaire, comme on le trouve en Bourgogne et en Champagne, bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel et d’embruns marins qui assurent un taux d’humidité constant, toute l’année !

Aussi ces moines en tunique, vaquant entre les offices, se sont-ils remis à cultiver leurs vignes, avec amour et foi. Toutefois, adapter les règles monastiques aux exigences de la rentabilité n’est pas devenu leur credo. Vœu de pauvreté et de silence, profond respect de la terre et de l’environnement, souhait de ne pas altérer ce lieu de quiétude, ambition de produire de grands vins : ces motivations, pratiques autant que spirituelles, ont convaincu Frère Marie, maître de chai, le Frère Econome Marie Pâques, et toute la congrégation de mettre en pratique la vinification parcellaire – tradition inventée par les Cisterciens – de limiter volontairement le rendement à 45 hectolitres l’hectare, de supprimer l’usage de pesticides, herbicides et fongicides remplacés par des traitements phytosanitaires naturels, tout en réalisant la taille, l’ébourgeonnage et les vendanges à la main dans un vignoble de… huit hectares (dont quatre sont dédiés au vin rouge et quatre au vin blanc).

Les moines sont aux anges ! Assurant avec quelques employés toute la production, des vendanges à la mise en bouteille par Frère Marie, l’étiquetage et le stockage sous la conduite de Frère Antoine, la commercialisation prise en charge par Frère Marie Pâques, les expéditions sous la houlette de Frère Benoît, la communauté peut être fière de sa petite production annuelle d’environ 40 000 bouteilles, en sept cuvées différentes représentant 70% de leurs ressources. Leurs produits ont rapidement séduit une clientèle de choix (sommet du G20 ou, plus récemment, les convives du dîner du jury au festival de Cannes) et on trouve désormais leurs plus beaux millésimes sur les cartes des vins de grandes tables étoilées Michelin.

Artisanat monastique

“Lérins est une miette de prière au milieu de l’éternité qui l’entoure de toute part”, disait Paul Claudel de cette île, à quelques encablures de la célèbre Croisette. Ce grain de beauté dans la Méditerranée, boisé de pins maritimes, de palmiers, d’oliviers, de parasols et d’eucalyptus où il n’est pas rare de pouvoir observer des familles de faisans à tête rouge piétant entre lavandes et fleurs tropicales, s’est mis au diapason des touristes en proposant dorénavant une cuisine pleine de fraîcheur et d’inspiration méridionale, dans un nouveau restaurant, La Tonnelle. Des dégustations de vins y sont organisées par le sommelier et des visites guidées dans l’île sont offertes par les amis de l’Abbaye de Lérins. La congrégation n’en oublie pas pour autant sa vocation spirituelle : l’hôtellerie du monastère au confort spartiate continue d’accueillir les fidèles tout au long de l’année, proposant, à 15 minutes du brouhaha de la ville, des retraites de 3 à 8 jours dans un silence ponctué par l’appel aux offices, le murmure de la mer et le chant des oiseaux.

Mais comment réconcilier vie contemplative et contingences séculières ? Comment cumuler des fonctions aussi opposées que celle de chef d’entreprise et celle de prêtre ? Soucieux de ne pas laisser s’évincer le spirituel dans ce nouveau paradigme économique de l’Abbaye, Frère Marie Pâques sort du silence par l’écriture. Dans son premier livre, En quête de sens, qu’il dédicacera à l’occasion de son passage à New York, le moine partage une autre façon de voir le monde et d’analyser les crises récentes. Mondialisation, cupidité, orgueil, capitalisme, Dieu ! Des questions marquées d’un profond humanisme, des réponses dictées par une conviction puissante et pérenne : le don de soi, gratuit, désintéressé, au service des autres et des plus fragiles, reste source de bonheur et de joie.

“Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir.” C’est dans cette optique constante de générosité qu’est née en 2010 la dernière initiative des moines : une parcelle réservée à l’intérieur du monastère, le Clos de la Charité, a été plantée de 500 pieds de vigne parrainés par des donateurs locaux qui participent collectivement chaque automne aux vendanges. Les fonds récoltés à la vente aux enchères des vins produits sur le clos seront offerts à dix œuvres caritatives. In vino caritas ! Le public américain ne manquera pas de lever un verre, cuvée Saint Césaire ou Saint Salonius, à cette noble profession de foi. Avec la bénédiction de ces deux moines de Lérins, Césaire qui devint évêque d’Arles en l’an 503 et Salonius, évêque de Genève en l’an 440, ce sont maintenant les raisins de l’entraide que l’on cultive sur l’île.



Infos pratiques :

Mardi 9 octobre : Dédicace du livre En quête de sens à 14 heures 30

FIAF (French Institute Alliance Française)

22 East 60th Street

212 355 6100

www.fiaf.org

 

Mercredi 10 octobre : Dîner dégustation

Alliance mets-vins – 85 dollars par personne

Fig & Olive Meatpacking

420 W 13th Street (9th & Washington)

Réservations : 212 924 1200

Renseignements : ludovic.barras@figandolive.com

lerins-sainthonorat.com

abbayedelerins.com

excellencedelerins.com

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