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Jean Maurice Ripert interviewé sur le Darfour

France 24, RFI et la BBC Afrique ont interrogé l’Ambassadeur français Jean Maurice Ripert. Le Représentant permanent de la France auprès des Nations unies est revenu sur la déclaration de Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix à l’ONU, sur le déploiement de la Force hybride au Darfour.

Le 27 novembre, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix à l’ONU, Jean-Marie Guéhenno, faisait un point sur le déploiement de la Mission conjointe entre les Nations unies et l’Union africaine, prévue à la fin de l’année, à l’ouest du Soudan. Résultat d’une résolution adoptée le 31 juillet dernier par les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU, cette Force hybride, qui porte le nom de MINUAD (Mission des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour) recourt à la participation financière et humaine des pays volontaires. Le déploiement de cette union militaire sans précédent devait être fixé "au plus tard en décembre 2007", selon le rapport de l’ONU. Or, dans son bilan de la situation, M. Guéhenno a peint un tableau bien sombre de la situation. Les États tardent à apporter leur aide, notamment en ce qui concerne les capacités de transport aérien. Il relève, entre autres, l’absence de vingt-quatre hélicoptères, indispensables pour surveiller les régions en danger. Ce manque pourrait compliquer le rôle de la Mission qui doit "soutenir la mise en œuvre rapide de l’Accord de paix sur le Darfour [Accord d’Abuja signé le 6 mai 2006, ndlr]", contrer "les attaques armées et ainsi protéger les civils".

La MINUAD s’est engagée à ne pas porter préjudice à la "responsabilité du gouvernement" soudanais, mais le Secrétaire général adjoint note en retour "la réticence du gouvernement à faciliter les préparatifs sur le terrain". Par ailleurs, il dénonce les "déclarations publiques faites par les hauts représentants [du Soudan] qui remettent [leur] engagement en question". Cet engagement fait référence à l’"acceptation sans condition" du déploiement de la force conjointe, prononcée le 18 juin dernier par le gouvernement d’Omar El-Béchir, le président du Soudan. Réaffirmant cette volonté en septembre, le chef de l’État soudanais donnait aussi son "assurance personnelle" que les autorités faciliteraient l’opération. Pour autant, le rapport du 27 novembre fait état d’une attitude qui entrave "la mise à disposition de terrains, [des] visas et des autorisations de survol en passant par la tenue des troupes". À cinq semaines du transfert d’autorité entre l’Union africaine au Soudan (la MUAS) vers la MINUAD, Mr Guéhenno redoute la perte de crédibilité dont pourrait souffrir les Nations unies si l’Organisation ne réussissait pas à atteindre les objectifs prévus. Lors de la création de la Mission, fin juillet dernier, il invoquait une mission "sans précédent" en la décrivant entre autres comme "la plus coûteuse des opérations de maintien de la paix".

 

Interview de Jean Maurice Ripert, le 27 novembre 2007

M. l’Ambassadeur, est-ce que vous êtes inquiet de ce briefing qui a été délivré par Jean-Marie Guéhenno?

Nous ne sommes pas totalement rassurés par le briefing que nous avons entendu et qui fait état d’une procrastination continue de la part des autorités soudanaises qui, tout en réaffirmant leur volonté de faciliter le déploiement de la force des Nations unies, font pour l’instant ce qu’il faut pour que des retards s’accumulent et que la force ne soit pas en position d’être déployée. Nous sommes donc un peu inquiets.

Le transfert de l’autorité de la force africaine à la force des Nations unies doit se faire au 1er janvier et pour l’instant nous ne sommes pas sûrs d’y arriver. Alors, tout n’est pas de la faute du gouvernement du Soudan. Il est vrai aussi que nous avons toujours besoin de capacités notamment tactiques, qui n’existent pas, que le Département du maintien de la paix n’a pas encore pu trouver.

Mais il est vrai que le gouvernement du Soudan pour l’instant n’a pas encore fait tout ce qu’il fallait et pose de nombreuses questions, de pré-conditions aux Nations Unies, et veut imposer aux Nations unies des conditions qui feraient que la force ne serait pas opérationnelle.

Ce qui compte, je crois, aujourd’hui, c’est que nous avons entendu un rapport du Secrétaire général extrêmement explicite sur tous ces points. Il ne s’agit pas de reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit, il s’agit d’un compte-rendu factuel des difficultés rencontrées aujourd’hui par les Nations unies dans leurs relations avec le gouvernement du Soudan. Donc nous appelons à la coopération du gouvernement du Soudan et nous espérons que d’ici le 1er janvier, le gouvernement du Soudan, comme il s’y est engagé, et comme l’Ambassadeur l’a répété tout à l’heure, fera ce qu’il faut pour que la force puisse être déployée.

Il vous place aussi face à une situation difficile, à partir de janvier. Il vous dit que l’on prend le risque, à partir de janvier, de déployer une force qui pourrait être humiliée, être inefficace.

Le Secrétaire Général, dans son rapport, a dit très clairement qu’on risquait de se trouver dans une situation terrible où l’on aura à choisir entre déployer une force qui ne sera pas capable de remplir probablement son mandat ou bien arrêter l’opération, ce qui serait tout à fait catastrophique. Pour la sécurité des gens qui en ont besoin, les populations en détresse au Darfour, il faut organiser cette opération, il faut déployer la force hybride et nous en appelons au gouvernement du Soudan et à tous les pays qui peuvent aider le gouvernement du Soudan à comprendre que son intérêt est évidemment de tenir ses engagements sur le déploiement de la force.

En crise depuis 2003, le conflit entre les Janjawid (milice du gouvernement soudanais) et les organisations rebelles soutenues par les États-Unis (le SLA, Armée de libération du Soudan et le JEM : Mouvement pour la justice et l’égalité) a fait plus de 200 000 morts, selon le bilan de l’ONU publié en mai 2007. La situation, qui a aussi provoqué le déplacement de plus de 1,85 million de personnes et 230 000 réfugiés, favorise des climats de tension avec les pays limitrophes, en témoigne l’affaire de l’Arche de Zoé.

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