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Jean Mirvil : « le bilinguisme précoce est primordial dans le monde actuel »

Jean Mirvil, directeur depuis 3 ans de l’école PS73 dans le Bronx (New York) qui propose un programme bilingue français-anglais, fera partie de la délégation new-yorkaise qui visitera des écoles de la région de Montpellier du 8 au 13 février prochains. Ce projet de partenariat éducatif entre les deux villes est une premièr.

France-Amérique : Dans votre école, on peut apprendre le français au Kindergarden (ndlr, enfants de 5 ans) et en first grade depuis maintenant 2 ans. Vous avez été décoré de l’Ordre des Palmes académiques pour votre travail et allez bientôt vous envoler pour la France dans le cadre d’un partenariat entre les écoles de New York et celles de la région de Montpellier. Que représente ce voyage ?

Jean Mirvil : C’est tout d’abord l’occasion d’approfondir mes connaissances sur le programme que je dois mettre en place ici, à l’école PS73. C’est aussi un moyen d’échanger des idées avec les professeurs et les directeurs des écoles de l’académie de Montpellier (ndlr, certains sont en ce moment même en visite à New York). Cela va nous permettre de mettre en place une formation encore meilleure. J’ai également hâte de pouvoir fouiller de fond en comble dans une bibliothèque ! Et puis, je sais que notre programme, qui sera composé de différentes visites, va me permettre de découvrir une région qui est, j’ai cru entendre, très belle.

En France, l’apprentissage d’une langue étrangère se fait à partir de la 6e, ou dans certaines écoles en CM2, chez des enfants qui ont entre 10 et 11 ans. Dans votre école, on y goûte dès le Kindergarden. Qu’allez-vous dire aux professeurs ou parents d’élèves français?

En discutant avec des parents d’élèves français, j’ai découvert que ce goût pour l’apprentissage précoce d’une langue étrangère existe vraiment. Nous allons peut-être pouvoir promouvoir cette nécessité de favoriser une société multiculturelle ou simplement présenter la place de l’étranger, au sens large du terme, dans l’éducation. Plus les enfants sont habitués à évoluer tôt dans cet univers, plus ils sont réceptifs à ce genre d’idée.

Le multiculturalisme est-il le principal avantage du bilinguisme ?

Indéniablement, c’est la reconnaissance du multiculturalisme. On peut également parler d’espoir de choix de carrière à plusieurs ouvertures. Je préfère cette idée plutôt que celle d’attendre l’adolescence pour s’intéresser à une spécialisation ou une autre culture. Et puis cela n’empêche pas l’enfant de suivre l’enseignement de matières comparées. Un enseignement primordial dans le monde actuel.

Comment le projet de classe bilingue a-t-il été mis en place dans votre école ?

Au tout début, j’ai rencontré les autres directeurs d’établissements new-yorkais qui proposaient déjà un enseignement bilingue. J’ai également reçu beaucoup d’informations de la part des Services culturels de l’ambassade de France. Le concept m’a tout de suite plu et je m’y suis attelé avec courage et détermination. Ensuite, j’ai tout simplement monté le projet avec un professeur qui était intéressé, M. Marquez. Là encore, les services français ont été très présents en offrant du matériel didactique, des livres, et en proposant des aides diverses.

Comment avez-vous opéré votre recrutement d’élèves ?

Cela a été un peu difficile mais on y est quand même arrivé. On a fait des annonces dans toutes les réunions qui se tenaient à l’école, posté des affiches, abordé les parents francophones pour leur proposer de nous rejoindre dans ce projet. Et avec un peu de ténacité, il a eu le succès mérité.

Avez-vous eu un retour de l’ambassade de France ?

Oui, tout à fait. Les Services culturels ont rapidement développé avec nous un networking plutôt encourageant : des visites fréquentes au sein de notre école, des conseils aux professeurs et aux élèves, des échanges, des invitations dans les autres écoles qui ont le même projet. Nous avons beaucoup appris avec eux.

En octobre 2009, vous avez été élevé au rang de chevalier de l’Ordre des Palmes académiques. Que représente à vos yeux cette distinction ?

Cela a été une véritable consécration. Au départ, nous avons envisagé ce service d’une façon humanitaire. Être apprécié pour ce travail par les élèves, par  les parents, par d’autres professionnels de l’enseignement ou par les représentants français jusqu’à me donner cette décoration, est un encouragement indéniable et un moment agréable dans ma carrière.

Les parents vous sont donc reconnaissants…

Oui, souvent. En particulier ceux qui viennent d’arriver dans le Bronx et découvrent cet enseignement. Ceux qui arrivent des pays africains francophones notamment (ndlr, Sénégalais, Maliens, etc). On leur donne aussi, en français, beaucoup d’indications sur le système américain. C’est pour eux très rassurant.

Et les enfants ?

Oui, également. Encore hier, j’ai fait la visite d’une classe de Kindergarden où le professeur de français était absent. C’était donc le professeur d’anglais qui s’en occupait. Les élèves, qui me voient comme la personne qui parle régulièrement français avec eux, m’ont tout d’abord salué par quelques mots avant d’expliquer, les yeux émerveillés, que leur professeur de français leur manquait beaucoup ce jour là. Ils sont donc très intéressés par cette langue, mais c’est également une grande source d’amusement.

Sujet différent, mais tout aussi brûlant. Haïti vient d’être touché par un grave séisme. Vous qui êtes haïtien, quel regard portez-vous sur ce qui vient de s’y passer et sur la situation actuelle ?

Mon petit pays est blessé, mais il n’est pas mort. Après cette tragédie, je me sens d’abord obligé de faire tout ce qu’il faut pour aider à la reconstruction. Depuis le lendemain du séisme, nous avons mis en œuvre une collecte de dons, vêtements, nourriture et également affiché, sur nos murs, des dessins de nos élèves dédiés aux Haïtiens. Aujourd’hui, c’est la grande famille d’Haïti qui est touchée. Pas seulement les Haïtiens qui ont vécu le tremblement de terre, mais également ceux qui ont adopté Haïti pour son histoire, pour son art, et pour l’accueil chaleureux de sa population.

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