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Jean-Pierre Goy, le cascadeur français qui roule pour James Bond et Batman

Il est le spécialiste des cascades à moto réclamé par Hollywood. En 2012, la doublure iséroise apparaît dans les blockbusters The Dark Knight Rises, The Bourne Legacy et le nouvel opus de l’agent 007, le très attendu Skyfall.

Chaque fois qu’il voit son nom au générique d’un film, Jean-Pierre Goy à la larme à l’œil. “Nous sommes allés au cinéma, avec ma femme et ma fille, voir le dernier Batman”, raconte-t-il. Incognito, il s’émerveille en observant les réactions des jeunes spectateurs dans la salle. “Un garçon de 16-17 ans, à côté de moi, ne savait pas du tout qui j’étais. J’avais envie de lui dire que c’était moi sur la moto, mais il m’aurait sûrement ri au nez”. Le cascadeur français est en effet le seul à savoir manier la “Batpod”, cet engin futuriste sur deux roues, piloté par le héros de Gotham City.

“Quand j’arrive sur un tournage, je suis comme un gamin”, reconnaît Jean-Pierre Goy. Sur le plateau de The Dark Knight Rises, il se promème dans le costume de l’homme chauve-souris à 60 000 euros au milieu des centaines de techniciens. Il prodigue ses conseils de conduite à l’acteur principal Christian Bale, “un peu timide mais très sympa”. Comme pour le deuxième épisode de la saga, The Dark Knight, sorti en 2009, Jean-Pierre Goy a participé durant de longs mois à l’élaboration de la “Batpod”, en Angleterre. Le bolide de 500 kg, qui dépasse les 120 km/h, a marqué les esprits lors de ses courses nocturnes dans les rues de Chicago.

Sous les projecteurs d’Hollywood

Pour les besoins du tournage, le cascadeur français voyage aussi à Pittsburgh, New York et Los Angeles, qu’il découvre pour la première fois en 2011. Lorsque le réalisateur Christopher Nolan fait appel à lui deux ans plus tôt, c’est la surprise. “Le rêve”, surtout. Dans son petit village de l’Ain, les cris de joie font trembler la maison familiale. Son épouse Christine et sa fille Mélanie le suivent aux Etats-Unis. “Christopher Nolan m’a dit que j’avais réussi à réaliser en vrai ce dont il rêvait”, se rappelle Jean-Pierre Goy. “C’est le plus beau compliment que l’on pouvait me faire”. Suite à son impressionnante prestation, il remporte en 2009 un Taurus World Stunt Award à Hollywood. Et intègre la Screen Actor Guild, l’influente association professionnelle américaine. Sa réputation n’est plus à faire dans le milieu. Devant le succès, il pense même s’installer outre-Atlantique.

Entre temps, le Français rejoint le Maroc pour le tournage du film Inception du réalisateur anglo-américain. A son arrivée sur le plateau, Christopher Nolan l’appelle “mon Batman”. Spécialiste des poursuites rapides, Jean-Pierre Goy est également cameraman. Il embarque des caméras sur des quads pour réaliser des travellings “au millimètre près” lors des scènes d’action. Il prend ainsi en chasse l’acteur Leonardo DiCaprio dans les rues de Tanger. Grâce à ses inventions et son savoir faire, il collabore aux superproductions Captain America : First Avenger (2011), Knight and Day (2010) et The Wolfman (2010), dans lequel il filme à travers les yeux du loup-garou en mouvement. Et dire qu’il a failli rejoindre le casting de Mission Impossible III (2006) avec Tom Cruise.

Certains cascadeurs sont connus pour jouer les casse-cous. Malgré quelques fractures (il s’est cassé deux côtes sur le tournage de la saga Batman), Jean-Pierre Goy, lui, redouble de prudence. “Je ne suis pas une tête brûlée, je suis très calme et posé, j’évalue même un peu trop le risque”, souligne-t-il. La sécurité et la précision avant tout. Il apprécie le travail de préparation et le réglage des cascades sur des parkings tenus secrets. Pour The Dark Knight, il a répété cinq mois et demi, dont un mois et demi de tournage, pour seulement six minutes de film. “Je gère aussi l’euphorie des acteurs, comme Jeremy Renner dans The Bourne Legacy, qui voulait faire des roues arrière et des dérapages”. Ce sont des cascadeurs américains qui ont recommandé le pilote isérois au réalisateur.

James Bond, le rôle de sa vie

Formé par le célèbre Rémy Julienne, Jean-Pierre Goy a croisé tout le cinéma français : Belmondo, Delon, Ventura. “Mon nom était systématiquement changé au générique”, regrette le voltigeur. “Rémy se mettait toujours en avant et écrasait un peu les petits cascadeurs comme moi”. Pour sortir de l’ombre, il fonde en 1992 sa société de production. “Mon épouse m’a toujours encouragé dans ma passion”. En 1997, il décroche le rôle qui lance sa carrière, la doublure de James Bond alias Pierce Brosnan, dans le film Demain ne meurt jamais. Sa carte de visite glissée au frère du réalisateur aura été utile. Dans une scène, Vic Armstrong imagine l’agent secret britannique, sur une moto suspendue, sautant au-dessus d’un hélicoptère. Jean-Pierre Goy veut supprimer le câble. Les avocats et les compagnies d’assurance ont été les plus difficiles à convaincre. Après 200 sauts, il exécute la cascade – sans casque – entre deux immeubles de Bangkok en Thaïlande.

Vingt et un mètres de long pour quinze mètres de haut. Une seule prise a suffi. L’équipe bluffée l’applaudit à tout rompre. Il reçoit les remerciements de Pierce Brosnan en personne, qui lui offrira la montre officielle de 007. “L’un des plus beaux jours de ma vie”, avouera-t-il plus tard. Sur le tournage, Jean-Pierre Goy est chouchouté. Il est le seul cascadeur à posséder une loge personnelle. “Pierce est vraiment professionnel. Il m’est arrivé de doubler des comédiens moins importants qui se la jouaient plus que les grandes stars”, note-t-il. Comme un signe du destin, il fera son retour en novembre dans Skyfall, la nouvelle aventure de James Bond. Double-t-il Daniel Craig en personne lors d’une poursuite sur les toits d’Istanbul ? “Il paraît (rires). Mais je ne peux vraiment pas vous en dire plus…”

Le showman de BMW

“Des copains dans le cinéma m’ont dit à l’époque que j’avais tapé un peu trop fort et que j’allais impressionner tout le monde”, évoque-t-il aujourd’hui. Résultat : les réalisateurs rechigneront longtemps à l’embaucher, le croyant – à tort – hors de prix. Jusqu’en 2007, Jean-Pierre Goy tourne peu de films, travaille pour la télévision, se produit dans des publicités (pour la sécurité routière !) et des spectacles en Allemagne pour la marque BMW. Mais son rêve d’enfant s’est réalisé. “Depuis toujours, j’avais envie d’être cascadeur. J’ai commencé par l’équitation, puis j’ai vendu mon cheval à 16 ans pour acheter une moto”. Il remporte même la coupe du monde de trial indoor. Depuis les années 80, les films d’action en France sont rares, les opportunités aussi. A l’écran, son modèle s’appelle Bébel. Dans un autre genre, il finit par doubler Jackie Chan dans le film Opération Condor.

Quand il n’officie pas pour Hollywood, Jean-Pierre Goy enseigne dans son école de pilotage tout terrain près de Lyon et à Marrakech au Maroc. “Il s’agit de stages de mise en confiance pour des motards qui souhaitent par exemple partir en raid au bout du monde”, explique-t-il. La compagnie Holiday on Ice le réclame aussi. Il entraînera en octobre des patineurs à piloter sur la glace dans le cadre de leur tournée européenne. Mais pendant que sa femme gère son entreprise de pièces détachées pour deux roues, Jean Pierre Goy cultive une ambition secrète : devenir un jour “un acteur à part entière”. En attendant, le cascadeur prend un repos mérité et savoure sa chance. “La première fois que j’ai été contacté, c’était pour une cascade en motocrotte dans les rues de Montmartre à Paris pour la série télévisée Commissaire Moulin“, sourit-il. “Je crois que ça m’a porté bonheur”.

Bandes-annonces des films The Dark Knight Rises (actuellement en salles), The Bourne Legacy (sortie US le 10 août, sortie française le 19 septembre) et Skyfall (sortie US le 9 novembre, sortie française le 26 octobre) :

Site officiel de Jean-Pierre Goy : jpgoy.com

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